Analyse des politiques publiques et sciences historiques. Un tournant socio-historique dans lanalyse de laction publique ?
Date de publication :
13/12/2006
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
18 pages
Sommaire :
Sommaire
- La dimension de science historique des policy studies
- De l'étude de la décision à l'analyse des organisations : les bases d'une science historique de l'action publique
- De l'étude des cadres institutionnels à l'analyse des cadres intellectuels : les renouvellements d'une science historique de l'action publique ?
- Quel tournant socio-historique pour l'analyse de politiques publiques « à la française » ?
- Un tournant sociologique fondateur ?
- Historicité(s) et analyses de l'action publique
- Les enjeux d'une sociohistoire du gouvernement municipal : vers une science historique de l'action publique ?
- Un enjeu problématique : délocaliser l'analyse du pouvoir municipal
- Une exigence méthodologique et empirique comme gage de scientificité
Résumé :
Rendre compte de ce qui fonde la spécificité d'une analyse historique des politiques publiques, telle est la commande qui nous a été faite tout d'abord dans le cadre du séminaire du Pôle « action publique » du CEVIPOF , puis autour de ce numéro spécial de la Revue Française de Science Politique. A priori, la question semble légitime et elle paraît engager une série d'interrogations stimulantes autour des méthodes historiennes et de l'éventuelle singularité du regard historique, ou encore de la prise en compte de l'historicité de l'action publique. Pourtant, sans un minimum de précaution initiale, cette problématique peut également engager le chercheur sur une piste épistémologique pour le moins glissante, voire sans issue.
En effet, si l'on veut bien considérer les sciences sociales, au sens de Jean-Claude Passeron et dans une logique très wéberienne, comme des sciences fondamentalement historiques, il devient pour le moins difficile d'imaginer ce que serait un point de vue analytique, dans l'espace de sciences sociales, qui ne soit pas historiquement situé. La démonstration de Passeron repose, rappelons-le, sur la mise en évidence et la discussion des différences épistémologiques fondamentales entre sciences de la matière ou de la vie d'un côté, sciences sociales de l'autre. En particulier, il énonce que « la mise à l'épreuve empirique d'une proposition théorique ne peut jamais revêtir en sociologie la forme logique de la ''réfutation'' (''falsification'') au sens poppérien ». Reste alors des formes d'exemplification, notion connotée péjorativement chez Popper, mais qui dans des sciences historiques et empiriques - au sens de non-métaphysiques - peut garder, selon Passeron, toute sa pertinence heuristique, à condition notamment d'obéir à des protocoles d'enquête clairs et strictement établis permettant « aux sciences sociales de soumettre leurs assertions théoriques à une épreuve empirique ». C'est pourquoi la question du choix des terrains et des matériaux empiriques, de l'objectivation des protocoles d'enquête et de leurs conditions de réalisation, autrement dit la dimension proprement réflexive et critique du travail de recherche, revêtent, dans les sciences sociales, une importance tout à fait cruciale. Alors que l'on pourrait se croire quelquefois face à des critiques formalistes et tatillonnes portant notamment sur la posture de recherche, sur la capacité à présenter les sources utilisées ainsi qu'à objectiver leurs limites et biais éventuels, c'est en fait la scientificité même de la démarche - au sens passeronien -, et donc la capacité du chercheur à proposer un espace informé de controverse, qui est ici en jeu. Ce dernier ne peut en effet pas reposer sur un ensemble de lois et de savoirs circonscrits et communément partagés, comme cela existe en général dans les sciences dites dures :
« Or il n'existe aucun savoir nomologique de ce type [du type des sciences de la vie et de la matière] qui guiderait le questionnement historique des sciences sociales : l'histoire des sciences sociales suffit ici pour trancher, en nous montrant la déception de tous les espoirs naturalistes qui ont été placés dans le rôle fondatif d'une science nomologique-mère (successivement ou contradictoirement, économie, démographie, psychologie ou linguistique) »
Dans un cadre de sciences sociales ainsi défini, où histoire et sociologie sont « épistémologiquement indiscernables », il apparaît donc que toute interaction sociale à étudier est forcément située dans le temps ainsi que dans l'espace physique et social. La question des approches proprement historiques des politiques publiques n'a donc tout simplement aucun sens. Pour autant, il existe dans le vaste champ des science humaines et sociales des approches intellectuelles, des modes particuliers de construction des objets scientifiques, des méthodologies enfin qui se relient à des habitus professionnels, à des savoir-faire, à des impensés disciplinaires, à des « tours de main », différenciés et liés en bonne partie à des positions elles-mêmes différentes dans le champ académique.
En effet, si l'on veut bien considérer les sciences sociales, au sens de Jean-Claude Passeron et dans une logique très wéberienne, comme des sciences fondamentalement historiques, il devient pour le moins difficile d'imaginer ce que serait un point de vue analytique, dans l'espace de sciences sociales, qui ne soit pas historiquement situé. La démonstration de Passeron repose, rappelons-le, sur la mise en évidence et la discussion des différences épistémologiques fondamentales entre sciences de la matière ou de la vie d'un côté, sciences sociales de l'autre. En particulier, il énonce que « la mise à l'épreuve empirique d'une proposition théorique ne peut jamais revêtir en sociologie la forme logique de la ''réfutation'' (''falsification'') au sens poppérien ». Reste alors des formes d'exemplification, notion connotée péjorativement chez Popper, mais qui dans des sciences historiques et empiriques - au sens de non-métaphysiques - peut garder, selon Passeron, toute sa pertinence heuristique, à condition notamment d'obéir à des protocoles d'enquête clairs et strictement établis permettant « aux sciences sociales de soumettre leurs assertions théoriques à une épreuve empirique ». C'est pourquoi la question du choix des terrains et des matériaux empiriques, de l'objectivation des protocoles d'enquête et de leurs conditions de réalisation, autrement dit la dimension proprement réflexive et critique du travail de recherche, revêtent, dans les sciences sociales, une importance tout à fait cruciale. Alors que l'on pourrait se croire quelquefois face à des critiques formalistes et tatillonnes portant notamment sur la posture de recherche, sur la capacité à présenter les sources utilisées ainsi qu'à objectiver leurs limites et biais éventuels, c'est en fait la scientificité même de la démarche - au sens passeronien -, et donc la capacité du chercheur à proposer un espace informé de controverse, qui est ici en jeu. Ce dernier ne peut en effet pas reposer sur un ensemble de lois et de savoirs circonscrits et communément partagés, comme cela existe en général dans les sciences dites dures :
« Or il n'existe aucun savoir nomologique de ce type [du type des sciences de la vie et de la matière] qui guiderait le questionnement historique des sciences sociales : l'histoire des sciences sociales suffit ici pour trancher, en nous montrant la déception de tous les espoirs naturalistes qui ont été placés dans le rôle fondatif d'une science nomologique-mère (successivement ou contradictoirement, économie, démographie, psychologie ou linguistique) »
Dans un cadre de sciences sociales ainsi défini, où histoire et sociologie sont « épistémologiquement indiscernables », il apparaît donc que toute interaction sociale à étudier est forcément située dans le temps ainsi que dans l'espace physique et social. La question des approches proprement historiques des politiques publiques n'a donc tout simplement aucun sens. Pour autant, il existe dans le vaste champ des science humaines et sociales des approches intellectuelles, des modes particuliers de construction des objets scientifiques, des méthodologies enfin qui se relient à des habitus professionnels, à des savoir-faire, à des impensés disciplinaires, à des « tours de main », différenciés et liés en bonne partie à des positions elles-mêmes différentes dans le champ académique.
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