L'apprentissage de la citoyenneté : comment les Français ont-ils apprivoisé le suffrage universel ?
Date de publication :
25/06/2008
Langue :
Français
Format :
Nombre de pages :
11 pages
Sommaire :
Sommaire
- Le vote communautaire, un acte peu politisé qui ne bouscule pas les pratiques politiques habituelles
- Le vote communautaire...
- ... Reflet des relations de domination sociale...
- ... Confirme les élites et pratiques.
- La naturalisation du vote : contexte historique et processus de politisation
- Les modifications sociales, historiques et économiques...
- ... Couplées à des processus de politisation...
- ... Amorcent des changements dans le rapport au vote.
- La construction de la politique moderne : un citoyen autonome face à un marché politique repensé
- Les lois de 1913 consacrent un électeur autonome...
- ... Bousculent le rapport à l'élection...
- ... Et divisent le paysage politique.
Résumé :
En 2005, les Koweïtiennes ont obtenu le droit de vote. En 2006, elles ont participé pour la première fois à des élections, des législatives. Le résultat ? 40% de participation. Bien sûr, ce taux s'explique par les pressions masculines exercées sur elles, mais en partie seulement. Cet exemple montre surtout que voter n'est pas un acte naturel, et que lorsqu'on octroie des droits politiques à une population, les citoyens ne savent pas toujours quoi faire de leur citoyenneté.
Le vote ne correspond pas à des besoins vitaux de démocratie et comme toute
institution, le suffrage universel a une histoire complexe et non linéaire. Le rôle de l'électeur autonome et politisé est le fruit d'un apprentissage et d'une construction mobilisant tous les acteurs politiques. C'est le « processus d'accoutumance au vote », comme dit Michel Offerlé.
Pour comprendre comment les français ont apprivoisé le suffrage universel, on va très brièvement revenir sur ce qui l'a précédé, et son instauration. Jusqu'à la Révolution, il n'y a pas d'élection. Puis, le suffrage censitaire permet une acclimatation préalable. En dessous d'un certain seuil d'impôt, on ne peut pas voter, ce qui réduit le corps électoral à 250-260 000 citoyens en 1846. Les relations élus-électeurs sont très personnalisées : le clientélisme est de
rigueur. Les soutiens ne se donnent pas selon des considérations politiques mais en fonction des liens personnels et des promesses matérielles (décorations, positions, etc). Même si l'abstention est importante (de 50 à 80%, ce qui fait que 90% des députés sont élus avec moins de 400 voix), la pratique du vote, bien que restreinte, n'est donc pas étrangère à la vie politique, ce qui favorisera son appropriation.
En 1848, c'est l'instauration effective du suffrage universel, « effective » car il avait déjà été instauré mais non appliqué en 1793. Il est proclamé le 5 mars, mis en oeuvre les 23 et 24 avril. Il faut noter que ce n'était pas une réclamation du peuple. Les émeutes de février avaient renversé Louis-Philippe, mais la campagne des banquets ne demander que l'abaissement du cens, pas sa suppression. Le gouvernement provisoire n'instaure le suffrage universel que pour calmer les émeutiers et essayer de se doter d'une certaine légitimité.
Le corps électoral passe à 8,2 millions environ. Retenons que le suffrage universel est une abstraction qui dépend de la période historique : ce droit d'élire et d'être élu est restreint selon l'âge, la nationalité bien sûr, et à l'époque, le sexe.
La question qui se pose alors, c'est comment et pourquoi a-t-on réussi à faire voter des populations qui ne comprennent ni le sens ni l'intérêt de cet acte étranger ? Quels sont les processus qui ont participé à établir socialement le suffrage universel comme une réalité ? Comment le pouvoir politique s'est-il, lui aussi, réorganisé face à cette reprise du pouvoir par le peuple ?
On va d'abord voir les premières pratiques électorales, c'est-à-dire le vote
communautaire, ses causes et ses conséquences (I). Puis, on étudiera comment le contexte socio-historique permet la politisation (II). Enfin, on s'intéressera à l'émergence du concept moderne du vote, c'est-à-dire la division du travail politique entre électeurs autonomes et représentants professionnels.
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