Arrêt de rejet rendu le 13 octobre 1998 par la Première chambre civile de la Cour de cassation
Date de publication :
04/01/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
7 pages
Sommaire :
Sommaire
- Notion de résolution unilatérale du contrat
- La nature juridique de la résolution unilatérale du contrat
- Le domaine de la résolution unilatérale du contrat (hors clause de résiliation)
- Régime de la résolution unilatérale du contrat
- Les conditions de la résolution unilatérale du contrat
- Les effets du caractère unilatéral de la résolution du contrat
Résumé :
En l'espèce, dans le cadre d'un contrat affecté d'une durée déterminée de trente ans, un médecin anesthésiste-réanimateur jouissait, conjointement à d'autres médecins avec qui il était associé au sein d'une société civile de moyens, d'un droit personnel d'exercice exclusif de sa profession au sein de l'établissement de santé appartenant ou géré par son cocontractant (la clinique). A l'issue d'un conseil d'administration intervenu à l'issue du premier tiers de la durée du contrat, la clinique a notifié au médecin sa décision de rompre unilatéralement le contrat moyennant un préavis de six mois.
Le médecin assigna la clinique en déclaration abusive de la rupture unilatérale du contrat et, en conséquence, en paiement d'une indemnité supplémentaire de préavis et de dommages-intérêts. Par arrêt rendu le 11 septembre 1996, la cour d'appel de Rouen débouta le médecin de l'ensemble de ses demandes. Ce dernier forma un pourvoi en cassation.
A l'appui de son pourvoi, le médecin fit valoir, d'une part, que la cour d'appel ne pouvait, sans violer les articles 1134 du Code civil et 455 du Nouveau code de procédure civile, décider que la rupture était valable dans la mesure où le contrat, rompu en la seule personne du médecin, était un acte juridique conjonctif et que ses conclusions d'appel faisaient mention de ce que la clinique n'avait eu de cesse jusqu'alors de chercher à substituer à ce contrat une série de contrats individuels ce qui attestait de la nature conjonctive du contrat rompu ; d'autre part, que la cour d'appel ne pouvait, sans violer les articles 1134, 1147 et 1184 du Code civil, décider que la rupture était valable dans la mesure où la gravité des fautes reprochées au médecin était contredite par la faible gravité de la sanction (blâme) décidée par l'autorité ordinale, et, en tout état de cause, la rupture du contrat doit être demandée au juge ; de dernière part, que la cour d'appel ne pouvait, sans violer les articles 455 du Nouveau Code de procédure civile, 1315 du Code civil et 59 du Code de déontologie médicale, retenir, au vu des témoignages produit par le médecin, l'existence de manquements de sa part justifiant la rupture anticipée et unilatérale du contrat d'exercice.
Dans cette affaire, la cour de cassation a dû se prononcer sur le point de savoir si (seule la seconde branche du second moyen nous intéresse ici) une partie à un contrat affecté d'un terme extinctif peut, antérieurement à sa survenance, rompre unilatéralement ce contrat alors que la loi, article 1184 du Code civil, impose que la rupture anticipée du contrat soit demandée au juge ?
Aux termes de son contrôle en droit, la cour de cassation en se prononçant par le rejet du pourvoi, a estimé que « la gravité du comportement d'une partie à un contrat peut justifier que l'autre partie y mette fin de façon unilatérale et à ses risques et périls et que cette gravité, dont l'appréciation qui en est donnée par une autorité ordinale ne lie pas les tribunaux, n'est pas nécessairement exclusive d'un délai de préavis ».
Cette solution, nouvelle, de la cour de cassation consacre, sous conditions, le droit de résoudre unilatéralement le contrat, c'est-à-dire en dehors de l'office du juge, ce qui constitue une règle jurisprudentielle contra legem. Dans le cadre de ce commentaire, nous envisagerons successivement la notion de résolution unilatérale du contrat (I) puis son régime (II).
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