Bourdieu, Pierre, La domination masculine, 1998, Le Seuil

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Sommaire

  1. La construction sociale des corps
    1. La division de l'ordre social
    2. La construction sociale des corps
    3. L'acte sexuel ou la relation socialement construite des deux sexes
  2. La virilité ou l'identité masculine
    1. Virilité et violence
    2. La masculinité comme noblesse
    3. Les visions masculine et féminine de la masculinité
  3. Le champ symbolique
    1. La femme dans l'économie de biens symboliques
    2. La violence symbolique
  4. (Re)production de la structure de domination
    1. Par qui ?
    2. Comment ?
  5. Évolution de la structure
    1. Facteurs de changement
    2. Force de la structure et permanences
  6. La domination et l'amour
  7. Critique
  8. Bourdieu

Résumé de la fiche de lecture

Depuis l’essor du mouvement féministe au XX siècle et plus précisément depuis les années 1970, la « domination masculine » est de plus en plus attaquée et de nombreux auteurs ont écrit sur les relations entre les deux sexes ou sur la position de l’un ou l’autre dans la cité (Elisabeth Badinter XY. De l’identité masculine. L’un est l’autre; Geneviève Fraisse…). Pourtant selon Bourdieu, en ce début de XXI siècle, elle est loin d’avoir disparu, que se soit dans la société kabyle ou dans nos sociétés « modernes ». En effet, si Bourdieu préfère appuyer la majeure partie de son discours sur les exemples donnés par la société kabyle des années 1960 qu’il connait bien, ayant été envoyé en Algérie pendant la guerre, à partir de quoi il a réalisé plusieurs ouvrages sur le pays (cf. bibliographie de Bourdieu); il n’hésite pas à utiliser des exemples tirés de nos sociétés comme pour mieux nous prouver la persistance de la domination masculine. Certes, il contredit ainsi son objectif affiché d’éviter l’occultation involontaire de certains faits due à une trop grande familiarité avec l’objet étudié, objectif qui lui a fait choisir une société plus « exotique », mais cela nous montre bien à quel point les racines de cette domination sont profondes pour que des décennies de féminisme n’aient pas réussi à en affranchir l’Occident. Enfin, sa dernière raison pour avoir choisi comme objet d’étude la société kabyle de préférence à la notre est le fait que, contrairement à la société de la Grèce antique souvent prise comme modèle de comparaison, la société kabyle existe toujours. Sa position géographique fait qu’elle a été relativement épargnée par l’occidentalisation des pays issus de la décolonisation tout en étant suffisamment atteinte pour qu’elle puisse servir de référence même lointaine à nos sociétés et à la plupart des autres sociétés méditerranéennes en général.
P. Bourdieu utilise ici pour évoquer la domination masculine des notions qu’il a déjà définies dans des ouvrages précédents : l’habitus, les champs et l’économie des biens symboliques et, plus largement, tout ce qui concerne le symbolique (capital, entendu également pour des domaines autres que l’économie; violence symbolique…). Pour lui, l’habitus est la façon dont « l’extériorité s’intériorise », autrement dit comment les structures sociales s’inscrivent dans les corps et les esprits des agents. Au contraire les champs représentent une « extériorisation de l’intériorité » et deviennent ainsi des espaces relativement autonomes, organisés autour de relations, de ressources et d’enjeux qui leur sont propres (on a ainsi un « champ politique », un « champ culturel »…). Ce sont également des espaces de concurrence et de lutte pour l’appropriation des ressources spécifiques et des diverses formes de capital. Pour illustrer ces notions, Bourdieu n’hésite pas à employer un grand nombre d’exemples concrets.
Pour expliquer la domination, Bourdieu procède en trois étapes majeures qui correspondent au découpage des chapitres de son livre. Tout d’abord il analyse les manifestations, plus ou moins visibles, de la domination masculine (Une image grossie p.17-78), avant d’exposer les visions des deux sexes que cela engendre, en faisant référence notamment à Virginia Woolf (L’anamnèse des constantes cachées p.79-112), et de montrer par quels mécanismes se reproduit cette domination et son évolution (Permanences et changements p.113-152). Pour finir, il évoque plus particulièrement en annexe l’impact de cette domination sur les couples homosexuels, sujets de comparaison récurrents dans cet ouvrage (Quelques questions sur le mouvement gay et lesbien p.161-171).
On se détachera ici de la division formelle des chapitres que fait Bourdieu pour dégager les idées principales qui sous-tendent ce livre. D’abord, la façon dont les corps sont construits socialement, en insistant plus particulièrement sur les conséquences pour la gent masculine, avant d’aborder l’économie des biens symboliques, fondamentale puisqu’elle décide de la place de la femme dans le champ symbolique. Ensuite on analysera la façon dont la structure ainsi décrite se reproduit et son évolution dans le temps. Pour finir on fera un retour sur la définition de l’amour comme une trêve dans la domination masculine ainsi que sur l’homosexualité.
I. La construction sociale des corps

Cette construction des corps se fonde sur un système d’oppositions (grand/petit; chaud/froid; dehors/dedans ; clair/obscur ; droit/courbe…) qui lui donnent une apparence de nécessité à la fois objective et subjective. L’existence même de ce système et son acceptation par tous montre bien à quel point la domination masculine est dans « l’ordre des choses ». Et ce notamment grâce à un système mythico-rituel fortement développé. La division sexuelle se présente ainsi dans les choses et le monde social (état objectivé) et dans les habitus des agents (état incorporé, beaucoup plus pervers car pas toujours conscient et par conséquent pas toujours modifiable par une simple action de notre conscience).

[...] Enfin le fait que le pénis soit souvent associé à des mots comme outil, instrument rappelle aussi que l’un des piliers de la domination masculine est le fait que l’homme soit le seul à pouvoir et à savoir manipuler les objets techniques. Un autre avantage des hommes est la participation aux choses publiques. Sa manifestation corporelle est la monopolisation par les hommes des parties nobles : front faire face yeux regarder droit dans les yeux bouche au détriment des femmes (qui baissent les yeux, se taisent Quant aux parties privées elles sont honteuses et donc à cacher absolument. [...]


[...] Cette phrase résume admirablement bien l’idée de Bourdieu à propos de la place de l’Église dans le système de reproduction de la domination masculine. Pour lui, il ne fait aucun doute que l’Église a un rôle important et fortement négatif dans la reproduction de la domination. Cependant, il faut nuancer ce propos. En effet, il ne s’attaque ici qu’à l’Église issue de la révolution industrielle et surtout bourgeoise, et par là si fortement néfaste pour la femme, du XIXe siècle. [...]


[...] Le seul moyen, pour Bourdieu, de mettre à jour la permanence des structures invisibles de la domination masculine est de mettre en relation l’économie domestique (c'est-à-dire la division du travail) et les différents secteurs du marché du travail. Cela permet aussi de comprendre que la même relation de domination peut s’observer sous des formes différentes, depuis les conditions féminines les plus différentes. La domination et l’amour Bourdieu développe relativement peu cet aspect des choses, mais s’il le fait cependant assez pour que l’on devine son opinion sur ce sujet : l ‘amour est domination acceptée mais il représente aussi parfois une trêve dans cette domination. [...]


[...] La virilité ou l’identité masculine Virilité et violence Le privilège masculin de domination et de supériorité semble consister en lui-même un piège, car, en contrepartie, l’homme doit sans cesse assurer et affirmer sa virilité, au contraire de la femme, dont l’honneur ne peut qu’être défendu ou perdu. D’où sans doute le tel succès, quelle que soit la civilisation, des aphrodisiaques ou plus récemment la véritable ruée qui a eu lieu à la sortie du Viagra en 1998 et qui continue toujours milliards de $ en 2004). [...]


[...] La prise en compte de la dimension symbolique de la réalité sociale est donc nécessaire pour comprendre les modes de domination et pour y déceler les formes de violence symbolique qui produisent, chez le dominé, l'adhésion à l'ordre dominant. Cette adhésion est typiquement définie par un double processus de reconnaissance de la légitimité de l'ordre dominant et de méconnaissance des mécanismes qui font de cet ordre un mode de domination. La notion de symbolique est donc très importante chez Bourdieu, car elle permet notamment de reproduire, du moins partiellement, le système social où elle agit. [...]

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A propos de l'auteur
Declémy J.
étudiante
Niveau
Avancé
Etude suivie
Autres
Ecole, université
IEP lille
A propos du doc
Date de publication
29/06/2008
Langue
français
Format
.doc
Type
fiche de lecture
Nombre de pages
26 pages
Niveau
avancé
Consulté
99 fois
Validé par
le comité Oboulo.com
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