Le charity business ou les tam-tams de la philanthropie
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étude de cas
publié le 17/07/2007
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Résumé
Depuis environ 20 ans, entreprises, agences de marketing et de communication, font des affaires sur le marché de lhumanitaire. « La charité est devenue un produit de consommation de masse », souligne Bernard Kouchner en 1986. « Nous sommes habitués aux tam-tams de la philanthropie*, les instruments se sont lentement mis en place, année après année. Nous vivons à leur rythme.» (Bernard Kouchner, Charité business, 1986).
On pourrait penser que sen prendre à la charité, cest vraiment chercher le bâton pour se faire battre et vouloir se mettre tout le monde à dos, tant elle représente une valeur incontestée. Pourtant, mettre en cause les limites de lhumanitaire est devenu un exercice répandu Actuellement, nombreux sont ceux qui pointent du doigt ses dérives, et notamment ceux qui appartiennent ou qui ont appartenu au système humanitaire lui-même. Ainsi, Sylvie Brunel a récemment défrayé la chronique : après avoir quitté lOrganisation Non Gouvernementale* (ONG) Action Contre la Faim (ACF), dont elle avait été la présidente, elle en dénonce les abus, accusant notamment les ONG dêtre des « business soucieux des parts de marché ».
Si le phénomène humanitaire explose dans les années 1980-90, laide apportée à son prochain nest pas un phénomène nouveau. Elle senracine dans la tradition de la charité chrétienne, puis dans la pensée des philosophes du 18ème siècle, avant de se structurer progressivement au début de notre siècle. Le terme « humanitaire », lui, est récent. Il apparaît vers les Années 1830 dans lexpression « esprit humanitaire ». Littré définit ladjectif « humanitaire » comme « ce qui intéresse lhumanité toute entière », ladjectif sappliquant aux « partisans de lhumanité considérée comme un être collectif ». Cependant, cest dans son aspect concret daction, daide à tout être humain, que lhumanitaire sera amené à connaître le succès quon lui reconnaît. Dans les Années 1970-1980, il sert à décrire les associations spécialisées dans lintervention médicale durgence à létranger, avant de trouver une consécration institutionnelle avec la création en 1986 du secrétariat dEtat à lAction humanitaire.
Laction humanitaire connaît aujourdhui un développement sans précédent, au point de devenir une véritable industrie. Lhumanitaire est désormais partout : dans la boîte aux lettres, au coin de la rue, au salon, le soir, à lheure des informations télévisées. Il sengouffre dans le quotidien, dérangeant le confort frileux et inquiet de nos vies : sida, Bosnie, Rwanda, banlieues Inscrit dans une société hypermédiatisée, il tend à en épouser les formes et les excès en nous administrant une vision parfois schématique et donc faussée des problèmes. Comment prendre du recul par rapport aux images sélectives, réductrices et parfois trompeuses ? Que penser de la générosité spectacle ? Cet assaut dinformation ne risque t-il pas danesthésier toute velléité dintervention ? Voici certaines des questions auxquelles nous tenterons de répondre par lanalyse de ce que lon appelle le charity-business*.
Au sens le plus strict, le charity-business consiste, pour une entreprise, à sengager dans laction humanitaire par le biais dun partenariat avec une ONG. Les ONG sont des organisations privées oeuvrant à des tâches dintérêt général, elles sopposent aux organisations gouvernementales ou intergouvernementales comme les agences spécialisées de lOrganisation des Nations Unies (ONU)*. Laide passe par un versement dargent, un don matériel ou encore un prêt dinfrastructures. De même, nombreuses sont les « stars » (de la chanson, du cinéma, du sport ) qui utilisent leur célébrité au profit dactions humanitaires, autre facette du charity-business. Plus largement, le charity-business consiste à faire un marché de lhumanitaire, par lintermédiaire de sa médiatisation et de sa professionnalisation. Cest la naissance dun véritable marketing humanitaire.
Face à lapparition de ce phénomène de marketing humanitaire, et en raison des nombreuses critiques formulées à son égard, une question simpose : « Lhumanitaire, notamment depuis lintervention du charity-business, na-t-il pas dévié de son sens premier pour devenir un marché, un spectacle, une bureaucratie en dautres termes, tout sauf de lhumanitaire ? ».
Il semblerait en effet que lhumanitaire soit devenu un business, entre galas de charité, partenariats, publicité, détournements de fonds ou encore médiatisation fondée sur la pitié. Cette nouvelle forme, décorée de paillettes, recouverte de billets, tout ceci sous un zeste de théâtralisation, ne paraît pas compatible avec les valeurs prônées par laide humanitaire. Pourtant, à bien des égards, ce phénomène se fond dans la société de telle manière quil paraît être difficile à enrayer.
Le charity-business sest imposé avec lévolution globale de la société et des crises qui lont secouées : de la charité religieuse aux totalitarismes du 20ème siècle, la route de lhumanitaire fut longue, mouvementée, et ses mutations profondes. Face au besoin grandissant de financement, le charity-business devient le fidèle allié dun mouvement humanitaire qui prend de plus en plus dampleur. Cependant, nous verrons que les dérives actuelles du système, tant financières que médiatiques, ont des conséquences néfastes sur la perception de laide humanitaire. Lhumanitaire serait en passe de devenir un artifice médiatique plus quune valeur de solidarité, et il sagit de sinterroger sur lavenir de son action.
La remise en cause de laction humanitaire est, nous lavons vu, dactualité. Courante, elle est, peut-être de ce fait, un peu vaine. « Et vous, que proposez-vous de mieux ? » entend t-on couramment répliquer à ceux qui se lancent dans la dénonciation des excès de la pratique. Certes, la critique est aisée mais lart est difficile. Ainsi, il me semble dores et déjà nécessaire de signaler que ces paradoxes, auxquels il est urgent de réfléchir, ne peuvent en rien effacer la puissance et la raison dêtre de lhumanitaire. Le débat qui est le nôtre ne vise aucunement en la négation de laction humanitaire, nécessaire et légitime, mais en la dénonciation de ses limites. De même, cette dénonciation na pas pour but de critiquer purement et simplement un principe de nos jours très controversé, mais dobserver ses limites en vue de réfléchir à des pistes damélioration ou de mutations potentielles au sein du système.
On pourrait penser que sen prendre à la charité, cest vraiment chercher le bâton pour se faire battre et vouloir se mettre tout le monde à dos, tant elle représente une valeur incontestée. Pourtant, mettre en cause les limites de lhumanitaire est devenu un exercice répandu Actuellement, nombreux sont ceux qui pointent du doigt ses dérives, et notamment ceux qui appartiennent ou qui ont appartenu au système humanitaire lui-même. Ainsi, Sylvie Brunel a récemment défrayé la chronique : après avoir quitté lOrganisation Non Gouvernementale* (ONG) Action Contre la Faim (ACF), dont elle avait été la présidente, elle en dénonce les abus, accusant notamment les ONG dêtre des « business soucieux des parts de marché ».
Si le phénomène humanitaire explose dans les années 1980-90, laide apportée à son prochain nest pas un phénomène nouveau. Elle senracine dans la tradition de la charité chrétienne, puis dans la pensée des philosophes du 18ème siècle, avant de se structurer progressivement au début de notre siècle. Le terme « humanitaire », lui, est récent. Il apparaît vers les Années 1830 dans lexpression « esprit humanitaire ». Littré définit ladjectif « humanitaire » comme « ce qui intéresse lhumanité toute entière », ladjectif sappliquant aux « partisans de lhumanité considérée comme un être collectif ». Cependant, cest dans son aspect concret daction, daide à tout être humain, que lhumanitaire sera amené à connaître le succès quon lui reconnaît. Dans les Années 1970-1980, il sert à décrire les associations spécialisées dans lintervention médicale durgence à létranger, avant de trouver une consécration institutionnelle avec la création en 1986 du secrétariat dEtat à lAction humanitaire.
Laction humanitaire connaît aujourdhui un développement sans précédent, au point de devenir une véritable industrie. Lhumanitaire est désormais partout : dans la boîte aux lettres, au coin de la rue, au salon, le soir, à lheure des informations télévisées. Il sengouffre dans le quotidien, dérangeant le confort frileux et inquiet de nos vies : sida, Bosnie, Rwanda, banlieues Inscrit dans une société hypermédiatisée, il tend à en épouser les formes et les excès en nous administrant une vision parfois schématique et donc faussée des problèmes. Comment prendre du recul par rapport aux images sélectives, réductrices et parfois trompeuses ? Que penser de la générosité spectacle ? Cet assaut dinformation ne risque t-il pas danesthésier toute velléité dintervention ? Voici certaines des questions auxquelles nous tenterons de répondre par lanalyse de ce que lon appelle le charity-business*.
Au sens le plus strict, le charity-business consiste, pour une entreprise, à sengager dans laction humanitaire par le biais dun partenariat avec une ONG. Les ONG sont des organisations privées oeuvrant à des tâches dintérêt général, elles sopposent aux organisations gouvernementales ou intergouvernementales comme les agences spécialisées de lOrganisation des Nations Unies (ONU)*. Laide passe par un versement dargent, un don matériel ou encore un prêt dinfrastructures. De même, nombreuses sont les « stars » (de la chanson, du cinéma, du sport ) qui utilisent leur célébrité au profit dactions humanitaires, autre facette du charity-business. Plus largement, le charity-business consiste à faire un marché de lhumanitaire, par lintermédiaire de sa médiatisation et de sa professionnalisation. Cest la naissance dun véritable marketing humanitaire.
Face à lapparition de ce phénomène de marketing humanitaire, et en raison des nombreuses critiques formulées à son égard, une question simpose : « Lhumanitaire, notamment depuis lintervention du charity-business, na-t-il pas dévié de son sens premier pour devenir un marché, un spectacle, une bureaucratie en dautres termes, tout sauf de lhumanitaire ? ».
Il semblerait en effet que lhumanitaire soit devenu un business, entre galas de charité, partenariats, publicité, détournements de fonds ou encore médiatisation fondée sur la pitié. Cette nouvelle forme, décorée de paillettes, recouverte de billets, tout ceci sous un zeste de théâtralisation, ne paraît pas compatible avec les valeurs prônées par laide humanitaire. Pourtant, à bien des égards, ce phénomène se fond dans la société de telle manière quil paraît être difficile à enrayer.
Le charity-business sest imposé avec lévolution globale de la société et des crises qui lont secouées : de la charité religieuse aux totalitarismes du 20ème siècle, la route de lhumanitaire fut longue, mouvementée, et ses mutations profondes. Face au besoin grandissant de financement, le charity-business devient le fidèle allié dun mouvement humanitaire qui prend de plus en plus dampleur. Cependant, nous verrons que les dérives actuelles du système, tant financières que médiatiques, ont des conséquences néfastes sur la perception de laide humanitaire. Lhumanitaire serait en passe de devenir un artifice médiatique plus quune valeur de solidarité, et il sagit de sinterroger sur lavenir de son action.
La remise en cause de laction humanitaire est, nous lavons vu, dactualité. Courante, elle est, peut-être de ce fait, un peu vaine. « Et vous, que proposez-vous de mieux ? » entend t-on couramment répliquer à ceux qui se lancent dans la dénonciation des excès de la pratique. Certes, la critique est aisée mais lart est difficile. Ainsi, il me semble dores et déjà nécessaire de signaler que ces paradoxes, auxquels il est urgent de réfléchir, ne peuvent en rien effacer la puissance et la raison dêtre de lhumanitaire. Le débat qui est le nôtre ne vise aucunement en la négation de laction humanitaire, nécessaire et légitime, mais en la dénonciation de ses limites. De même, cette dénonciation na pas pour but de critiquer purement et simplement un principe de nos jours très controversé, mais dobserver ses limites en vue de réfléchir à des pistes damélioration ou de mutations potentielles au sein du système.
Sommaire
- L'évolution de l'humanitaire : de la charité religieuse au charity-business
- La longue histoire de l'humanitaire
- La naissance du Charity-Business
- L'Humanitaire en danger ?
- Les dérives de l'humanitaire : perversion de l'aide ?
- L'humanitaire, une espèce en voie de disparition ?
