Commentaire de l'arrêt de la 1ère chambre de la Cour de cassation en date du 3 mai 2000: l'affaire Baldus
Date de publication :
07/11/2003
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
5 pages
Sommaire :
Sommaire
- Une négation de l'obligation d'information
- Un refus de prise en compte du dol par réticence
- Un refus de prise en compte de l'obligation d'information entre particuliers
- La fragilisation du lien existant entre réticence dolosive et obligation d'information
- Vers une solution individualiste
- Une évolution jurisprudentielle
Résumé :
En l'espèce, en 1986 une dame a vendu aux enchères publiques cinquante photographies d'un certain baldus, au prix unitaire de mille francs. En 1989, après de longues recherches elle retrouve l'acquéreur, et lui vend successivement trente-cinq puis cinquante autres photographies du même artiste chacune au prix de mille francs, prix qu'elle avait elle-même fixé. Plusieurs années après cette dernière vente, la vendeuse apprend que baldus était un photographe de grande notoriété.
Cette dame porte donc plainte devant une juridiction pénale pour escroquerie, contre l'acquéreur des photographies. Une ordonnance de non-lieu ayant été rendue, la demanderesse assigne alors l'acquéreur devant la juridiction civile de première instance, en invoquant le dol dont elle estime avoir été victime.
Après avoir échoué devant le juge pénal du chef d'escroquerie, la demanderesse interjette appel, elle assigne son acheteur en nullité des ventes pour dol. La cour d'appel de Versailles, dans un arrêt du 5 décembre 1997, fait droit à ses demandes et condamne le défendeur à payer la somme de un million neuf cent quinze mille francs à la demanderesse. Cette somme représentant la restitution en valeur des photos vendues lors des ventes de gré à gré de 1989, déduction faite des quatre-vingt-cinq mille francs déjà encaissés par la demanderesse. Pour fonder leur décision les juges du fond relèvent qu'avant de conclure avec la demanderesse les ventes de 1989, le défendeur avait revendu des photos de baldus qu'il avait acquises en 1986, et à des prix sans rapport avec leur valeur d'achat de sorte "qu'il savait en 1989, qu'il contractait à un prix dérisoire". Le défendeur, par sa réticence à lui faire connaître la valeur exacte des photos aurait donc manqué à son obligation de contracter de bonne foi, et "avait incité la demanderesse à conclure une vente qu'elle n'aurait pas envisagée dans ces conditions".
Un pourvoi en cassation est alors formé par le défendeur en appel (l'acheteur).
La question de droit qui est posée à la Haute juridiction est donc de savoir si le silence de l'acheteur sur la valeur de l'objet de la transaction est constitutif d'une réticence dolosive.
A cette question, la cour de cassation répond négativement en cassant l'arrêt rendu par la cour d'Appel. La Haute juridiction estime qu' "en statuant ainsi alors qu'aucune obligation d'information ne pesait sur l'acheteur, la cour d'appel a violé l'article 1116 du Code Civil ».
Par l'arrêt d'espèce la cour de cassation a eu un double impact sur la jurisprudence civile, elle a posé le principe de la négation de l'obligation d'informer (I), et elle a fragilisé le lien existant entre l'obligation d'information et la réticence dolosive ( II).
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