Cour de Cassation, 1ère Chambre civile, arrêt du 11 mai 1999, Mobil North Sea
3.95€
commentaire d'arrêt
publié le 06/07/2007
avis client : non évalué
niveau : expert
consulté 2 fois
Résumé
« Tout fait quelconque de lhomme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer ». Tels sont les termes de larticle 1382 du code civil que de nombreux systèmes juridiques étrangers nous envient, tant le phénomène actuel de victimologie rend aisé la réparation du préjudice subi.
Cest dans ces circonstances qua été rendu larrêt mobil north sea par la première chambre civile de la cour de cassation le 11 mai 1999.
En lespèce, la société mobil north sea (MNS), dont le siège est à Londres, demande à des entreprises françaises dédifier une plate-forme pétrolière dans une zone de la Mer du Nord soumise au droit écossais (équivalence avec le droit anglais). Une dizaine dannées après son installation, une colonne de lédifice rompt à cause de la faible épaisseur de lun des tubes la composant, et provoque leffondrement de lensemble de la plate-forme.
La société MNS engage, en premier lieu, une action en responsabilité contractuelle contre les constructeurs français. Cette action est présumée prescrite en application du droit anglais que les parties ont choisi dappliquer au sein de leur contrat, du fait de la loi dautonomie. Dans cet arrêt du 16 janvier 1997, la cour dappel de Paris se posait la question de savoir quelle loi était applicable en matière de délit complexe? En dautres termes, devait elle retenir une prescription de nature procédurale ou substantielle en lespèce?
En matière de prescription, il sagissait de choisir entre la loi du fond ou la loi du tribunal saisi selon que la prescription revêt lune des deux natures. Les exigences entre pays existent puisquil nexiste pas duniformité internationale sur cette question. Ainsi le débat placé sous langle du droit international privé consistait à choisir entre la loi du contrat (loi anglaise) et la loi du tribunal saisi (loi française, du for). Laction était prescrite sur la base du droit anglais alors quelle restait recevable vis-à-vis du droit français. La solution retenue par la cour dappel de la nature substantielle ne peut quêtre approuvée car dune part le lien avec le fond était très fort et dautre part une telle solution est de nature à éviter le « forum shopping ».
Ainsi, ne pouvant obtenir de réparation du préjudice sur le terrain contractuel, la société MNS cherche un autre responsable et introduit une action en responsabilité civile extra contractuelle sur le fondement des articles 1382 et 1383 du code civil contre le Llyods Register of shipping (le LRS), organisme chargé au moment des travaux de contrôler le travail accompli par les constructeurs. La société MNS lui reproche davoir commis des négligences importantes en Angleterre, en France, en Allemagne et en Belgique dans laccomplissement de sa mission: la société défenderesse aurait du déceler, selon elle, le défaut affectant la colonne à lorigine de leffondrement de toute la plate-forme. Le LRS réplique en revendiquant la compétence du droit anglais (loi du lieu du dommage), plus favorable à son égard, puisque lengagement de la responsabilité civile du défendeur est subordonné à la démonstration dun manquement du défendeur à une obligation spécifique de soin (« a duty of care ») dont les conditions ne sont pas réunies en lespèce.
En matière de délit complexe, quelle est la loi que les tribunaux doivent retenir?
Ainsi pour déterminer quelle loi est applicable, la cour de cassation, dans son arrêt du 11 mai 1999, reprend le principe de proximité (I) et en profite par la même pour le justifier (II).
Cest dans ces circonstances qua été rendu larrêt mobil north sea par la première chambre civile de la cour de cassation le 11 mai 1999.
En lespèce, la société mobil north sea (MNS), dont le siège est à Londres, demande à des entreprises françaises dédifier une plate-forme pétrolière dans une zone de la Mer du Nord soumise au droit écossais (équivalence avec le droit anglais). Une dizaine dannées après son installation, une colonne de lédifice rompt à cause de la faible épaisseur de lun des tubes la composant, et provoque leffondrement de lensemble de la plate-forme.
La société MNS engage, en premier lieu, une action en responsabilité contractuelle contre les constructeurs français. Cette action est présumée prescrite en application du droit anglais que les parties ont choisi dappliquer au sein de leur contrat, du fait de la loi dautonomie. Dans cet arrêt du 16 janvier 1997, la cour dappel de Paris se posait la question de savoir quelle loi était applicable en matière de délit complexe? En dautres termes, devait elle retenir une prescription de nature procédurale ou substantielle en lespèce?
En matière de prescription, il sagissait de choisir entre la loi du fond ou la loi du tribunal saisi selon que la prescription revêt lune des deux natures. Les exigences entre pays existent puisquil nexiste pas duniformité internationale sur cette question. Ainsi le débat placé sous langle du droit international privé consistait à choisir entre la loi du contrat (loi anglaise) et la loi du tribunal saisi (loi française, du for). Laction était prescrite sur la base du droit anglais alors quelle restait recevable vis-à-vis du droit français. La solution retenue par la cour dappel de la nature substantielle ne peut quêtre approuvée car dune part le lien avec le fond était très fort et dautre part une telle solution est de nature à éviter le « forum shopping ».
Ainsi, ne pouvant obtenir de réparation du préjudice sur le terrain contractuel, la société MNS cherche un autre responsable et introduit une action en responsabilité civile extra contractuelle sur le fondement des articles 1382 et 1383 du code civil contre le Llyods Register of shipping (le LRS), organisme chargé au moment des travaux de contrôler le travail accompli par les constructeurs. La société MNS lui reproche davoir commis des négligences importantes en Angleterre, en France, en Allemagne et en Belgique dans laccomplissement de sa mission: la société défenderesse aurait du déceler, selon elle, le défaut affectant la colonne à lorigine de leffondrement de toute la plate-forme. Le LRS réplique en revendiquant la compétence du droit anglais (loi du lieu du dommage), plus favorable à son égard, puisque lengagement de la responsabilité civile du défendeur est subordonné à la démonstration dun manquement du défendeur à une obligation spécifique de soin (« a duty of care ») dont les conditions ne sont pas réunies en lespèce.
En matière de délit complexe, quelle est la loi que les tribunaux doivent retenir?
Ainsi pour déterminer quelle loi est applicable, la cour de cassation, dans son arrêt du 11 mai 1999, reprend le principe de proximité (I) et en profite par la même pour le justifier (II).
Sommaire
- Le principe de proximité : un élément de rattachement
- La notion de liens étroits avec le fait dommageable
- Une solution contestée par une partie de la doctrine
- Un principe légitime apparaissant nécessaire d'être consacré par la jurisprudence
- La consécration définitive du principe de proximité avec l'arrêt du 5 mars 2002
- Une justification du principe de proximité par le respect de l'ordre public
