Culture plastique et création littéraire dans luvre de Mohamed Aziza / Chems Nadir
Date de publication :
06/04/2008
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
14 pages
Sommaire :
Sommaire
- Eloge des racines : enchantement et célébration
- Le chercheur enchanté
- L'amateur amoureux
- Les vertus esthétiques et spirituelles de l'image
- Irréductibilités et signification
- Iconoclasme
Résumé :
Quoiqu'elle soit légitime, cette démarche extérieure ne nous paraît pas à même de rendre compte du système éthico-esthétique que l'oeuvre construit. Compte tenu des effets de distorsion et d'altération qu'une telle méthode peut entraîner, il serait plus judicieux, à notre sens, de lui préférer une approche immanente, attentive non pas aux modèles culturels constitués mais à ceux que l'oeuvre édifie et aux racines dont elle se réclame, même si elles sont étrangères à sa sphère culturelle historique ; car ne sont vivantes que les racines qui nourrissent l'imaginaire de l'écrivain et suscitent en lui le désir de créer. L'oeuvre de qualité serait celle qui réinvente, recrée, dans un mouvement d'enthousiasme et de tension extrême, ses propres racines culturelles. Tahar Ben Jelloun ne déclare-t-il pas au sujet de l'écrivain : « ...ses racines, il les porte en lui » . Memmi ne célèbre t-il pas sa « terre intérieure » et mohamed aziza n'évoque-t-il pas avec admirations, ce potier qui « façonne le visage de ses ancêtres » .
Pour éclairer cette problématique des racines intérieures choisies, conquises, dirait Malraux, nous nous proposons de réfléchir sur l'oeuvre de l'écrivain tunisien mohamed aziza, chems nadir. Ce choix ne s'explique pas seulement par le fait que cette oeuvre n'a pas été suffisamment analysée par les critiques, mais aussi et surtout parce qu'elle présente l'avantage d'exhiber ses sources, de les offrir à l'admiration du lecteur et à l'expertise du critique. En effet, sous le feuillage dru de l'oeuvre narrative et poétique, poussent de puissantes racines noueuses qui fécondent de l'humanité. Ces racines multiples que l'oeuvre s'est donnée, sont longuement décrites et célébrés dans les essais esthétiques de l'auteur. Il serait sans doute intéressant d'examiner la manière dont ces racines viennent nourrir l'oeuvre, comment le discours poétiques transpose, transforme le discours analytique des essais. La problématique des racines intérieures viendrait ainsi éclairer la poétique de chems nadir en nous dévoilant le mode de fonctionnement d'une intertextualité interne.
Il semble à première vue, que par le truchement du pseudonyme, le scripteur ait cherché à tracer comme une ligne de partage qui sépare nettement l'oeuvre de réflexion de l'oeuvre de fiction. La première est signée de son patronyme mohamed aziza, auteur de « plusieurs travaux universitaires sur les cultures arabes, africaines et méditerranéennes, et sur les processus de l'interculturalité », comme le précise la prière d'insérer des portiques de la mer. La seconde est signée d'un pseudonyme aussi rare qu'étrange dans l'onomastique arabe « chems nadir » : soleil des antipodes que l'on peut-être rapprocher de l'oxymore nervalien du « soleil noir ». Par le choix de ce pseudonyme, mohamed aziza semble vouloir signifier que c'est toujours un autre qui écrit, un « alter ego » libéré du corrélat objectif et se jetant à corps perdu dans l'aventure de la création.
Néanmoins, il convient de souligner que ce « moi » profond. -si l'on nous permet cette terminologie proustienne- n'a pas créé son oeuvre « ex nihilo » mais qu'il en a puisé l'essentiel dans l'expérience et la culture d'un « moi social » qui présente ici la particularité d'être un intellectuel, auteur d'un certain nombre d'ouvrages traitant de l'art et de la culture. En effet, à partir des années soixante-dix -si l'on en croit les dates de publication- la production intellectuelle de mohamed aziza s'est déployée sous le signe de la dualité. D'une part, il a développé une riche et profonde réflexion sur la culture arabo-islamique, africaine et méditerranéenne dans des ouvrages comme :
- La Calligraphie arabe, STD, Tunis, 1973.
- Le Chant profond des arts de l'Afrique, STD, Tunis, 1972.
- Les Formes traditionnelles du spectacle, STD, Tunis, 1975.
- L'Image et l'Islam, Editions Albin Michel, Paris, 1978.
D'autre part, il a entrepris sous le pseudonyme de chems nadir la composition d'une oeuvre littéraire dont les premiers titres ont été accueillis favorablement par la critique. La puissance de son souffle poétique, la profusion de son imaginaire ouvert aux grands mythes fondateurs, son sens de « l'image analogique » se sont pleinement exprimés dans deux recueils de poésie qui font entendre le même écho, le même appel des lointains. Ce sont :
- Silence de Sémaphores, MTE, Tunis, 1978.
- Le livre des célébrations, Publisud, Paris, 1983.
Mais chems nadir est aussi un brillant conteur. Dans ses « histoires » il réinvente, à partir de légendes populaires et de récits allégoriques, un merveilleux moderne où l'histoire n'est jamais absente.
Ce sont :
- L'Astrolabe de la mer, édition Stock, Paris, 1980.
- Les Portiques de la mer, éditions M.K. Littérature, Paris, 1990.
Cette manière de classer les différents textes, si elle est fondée sur le plan générique, ne nous paraît pas très heureuse au plan poétique, car elle méconnaît le processus créateur qui transforme la référence plastique en objet esthétique.
Les effets de résonance, d'écho, de répétition, suggèrent la présence d'un motif initial, d'un schéma organisateur à partir duquel tout découle, tout se déroule ; c'est à la recherche de cette source commune, de cette racine nourricière, que nous voudrions consacrer le présent travail. chems nadir ne nous y invite-t-il pas indirectement par la prééminence qu'il accorde au thème de la genèse et par la célébration de la « graine mère génitrice des veines d'or » et de la « graine Sama, placenta du monde » ? La poétique de chems nadir, bien que tournée vers le devenir historique des légendes et des mythes fondateurs, demeure attentive à l'origine dont les textes poétiques et narratifs apparaissent comme la trace transfigurée. Mais l'origine, ici, est le plus souvent une image ou un texte, une oeuvre d'art qui suscite l'admiration et la célébration.
Les deux archithèmes qui nous paraissent aptes à rendre compte à la fois de la problématique des racines, du processus de création et de l'imaginaire de l'auteur, ce sont la fascination par les oeuvres esthétiques du passé et la foi en valeur salvatrice de l'image.
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