La dynamique de l'Occident de Norbert Elias
Date de publication :
12/01/2007
Langue :
Français
Format :
Nombre de pages :
11 pages
Sommaire :
Sommaire
- La sociogenèse de l'Etat
- Esquisse d'une théorie de la civilisation
Résumé :
«Jusqu'à aujourd'hui, confiait norbert elias à 87 ans, je n'ai pas le sentiment d'être totalement
compris. » Les travaux d'elias subvertissent les découpages institutionnels. Uber den Prozess der Zivilisation a un objet, central à défaut d'être exclusif, l'histoire, une problématique, la sociologie, et une orientation, une théorie de la politique. L'histoire des Etats relève de l'enquête historique mais elle est analysée selon une théorie de la monopolisation de la violence physique qu'elle sert à construire comme celle-ci sert à comprendre les histoires singulières. L'histoire des manières met au jour des faits et des changements mais s'analyse comme les éléments d'une économie psychique dont les transformations sont produites par l'instauration de monopoles étatiques. Le but des recherches d'elias est de comprendre à travers l'histoire les schémas de comportement actuels. Né en Allemagne dans une famille juive, mort aux Pays-Bas, norbert elias (1897-1990) passa l'essentiel de sa carrière en Angleterre où, fuyant l'Allemagne nazie, il s'était réfugié avant la Seconde Guerre mondiale. Sa thèse sur la société de cour (Die Höfische Gesellschaft), soutenue en 1933, tout comme son premier grand ouvrage sur le « processus de socialisation » (Uber den Prozess der Zivilisation, dont La dynamique de
l'occident est le deuxième volume), paru en catimini à la veille de la guerre, ne furent publiés qu'en 1969. La théorie des « procès de civilisation » constitue le coeur des travaux produits par elias jusqu'aux années quarante.
Il y souligne le rôle clé joué par la construction graduelle d'un appareil d'Etat capable de se doter d'un double monopole du prélèvement fiscal et de la violence légitime. Si la parenté wébérienne est évidente, la singularité d'elias vient de ce qu'il déplace le regard : le monopole de la violence légitime est certes un outil de domination, mais il est aussi un instrument de pacification des rapports sociaux. Avec La dynamique de l'occident, elias s'attache à démonter les mécanismes qui ont conduit les Européens, sous l'influence déterminante de la France, à exercer un contrôle croissant sur leurs pulsions. Il analyse le passage d'une société traditionnelle à une société complexe où la monopolisation par l'Etat de la violence engage un mouvement d'autonomisation des normes, de prise en charge des individus par eux-mêmes. Cette étude des processus de civilisation est d'emblée et
constamment installée dans une dimension comparative. Dans La dynamique de l'occident, elias ne cesse de formuler des comparaisons entre pays et strates sociales des sociétés européennes occidentales, par exemple au travers de ses Remarques sur quelques différences entre les évolutions en Angleterre, en France et en Allemagne.
Il s'interroge sur les causes et les modalités des rapports qui lient la structure des fonctions psychiques, les normes du contrôle des comportements particulières à chaque époque, aux structures des fonctions sociales, aux transformations des interrelations humaines. En associant à la notion de civilisation non la célébration d'un modèle culturel ou d'une sorte de foyer national, mais des indicateurs objectifs relatifs à la structure des réseaux d'interdépendance sociale, à la curialisation des guerriers, à la construction de dispositions qui refoulent la violence ou rendent sa présence inconfortable, le modèle ouvre d'ailleurs la possibilité de faire échapper un questionnement sur cette notion à sa malédiction anthropocentrique.
La société que nous appelons la société moderne est caractérisée, surtout en Europe occidentale, par un
niveau bien déterminé de la monopolisation. Deux monopoles jouent un rôle clé : le monopole militaire et policier et le monopole fiscal. La caractéristique des sociétés fondées sur une division très poussée des fonctions est l'existence d'un appareil administratif permanent et spécialisé chargé de la gestion de ces monopoles. C'est à la suite de la formation progressive de ce monopole permanent du pouvoir central et d'un appareil de domination spécialisé que les unités de domination prennent le caractère d'Etats. Quel rapport peut-on déceler entre l'organisation de la société en Etat, entre la monopolisation et la centralisation des contributions et de l'emploi de la force d'une part, et la civilisation de l'autre ?
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