Enfants tyrans, parents souffrants
Date de publication :
07/05/2008
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
80 pages
Sommaire :
Sommaire
- Les enfants font la loi !
- Elias et Franck, deux enfants qui poussent à bout les adultes
- Enfant « roi », enfant « tyran » : quelques définitions
- Le phénomène de tyrannie infantile confronté aux réalités de terrain
- La pré enquête téléphonique : première confrontation au terrain
- Mes observations de stage en première année au C.M.P.P
- L'enquête exploratoire : démarche et principaux résultats
- Construction de la grille d'entretien
- Exposé des principaux résultats de l'enquête exploratoire
- Des parents en mal d'autorité...
- L'étymologie du mot « autorité »
- L'évolution historique de la relation éducative
- Parents en difficultés : comment les aider ?
- ... des enfants en quête de limites
- La tyrannie infantile : radiographie d'une escalade
- Le « drame » de l'enfant sans limites
- Renforcer les compétences parentales à travers une évaluation médico-psycho sociale et un travail interdisciplinaire
- Fondement de cette première hypothèse
- L'échantillon de professionnels
- Les outils préconisés pour le recueil de données
- Le groupe de parole de parents : un outil de prévention pertinent en matière de protection de l'enfance
- Fondement de cette seconde hypothèse
- Rencontres avec les parents d'un groupe de parole
- Rencontres avec les professionnels
Résumé :
Sensible aux questions éducatives et au soutien à la fonction parentale, j'ai réalisé, en 2003, dans le cadre de ma licence en sociologie, un travail de recherche intitulé « démissionnaires, les parents d'élèves ? » où j'ai pu appréhender le rôle et l'implication des parents dans la scolarité de leur(s) enfant(s). J'ai également, durant la première année de formation d'assistant de service social, mené un travail de réflexion autour de l'homoparentalité pour approfondir mes connaissances sur cette nouvelle réalité familiale. Enfin, j'ai choisi de rédiger, en fin de première année, une note centrée sur « les parents face à la mort de leur enfant » en lien avec mes observations de stage de première année au sein d'un C.M.P.P . J'ai, à cette occasion, analysé l'évolution de la place de l'enfant dans la société et fait état de la souffrance des parents ayant vécu la mort de leur premier enfant. C'est au cours de ce stage, que j'ai eu envie de poursuivre mes recherches relatives aux problématiques familiales et d'explorer un autre thème : celui de la tyrannie infantile.
La « tyrannie infantile » n'est pas un phénomène récent. Ceci étant, elle trouve aujourd'hui, un écho de plus en plus manifeste, dans les nombreux ouvrages qui lui sont consacrés. De même, l'intérêt porté à « l'enfant tyran » dans les médias est relativement visible. Malgré tout, l'aspect quantitatif d'un tel phénomène est difficile à définir. En effet, si la littérature est riche d'articles ou de livres traitant de violences intrafamiliales, c'est souvent de la maltraitance subie par les enfants dont il est question et rarement de la violence exercée par les enfants à l'égard de leurs parents. Or, pour le sociologue Michel Fize : « il y a autant d'enfants martyrs que tyrans ». Et, la violence des enfants envers les parents est bel et bien une réalité. D'ailleurs, les époux Chartier , psychanalystes, ont mis en évidence en 1982, un phénomène encore passé sous silence : la maltraitance des parents. Ces auteurs parlent de « parents martyrs » pour désigner « ces parents réellement menacés, insultés, battus et terrorisés par leurs enfants mineurs ». Cette forme de violence intrafamiliale reste encore tabou. En effet, les parents éprouvent souvent de grandes difficultés à témoigner de leur souffrance : admettre que l'on est martyrisé par son propre enfant est pour eux, un terrible aveu d'échec.
Cette forme de violence intrafamiliale m'interpelle : comment un enfant, quelque soit son âge, peut-il parvenir à exercer une emprise totale sur ses parents au point de les maltraiter ? Cette interrogation me renvoie à des expériences professionnelles, en tant qu'animatrice puis directrice adjointe d'un accueil de loisirs. En effet, j'encadre depuis 1998, des mineurs âgés de 3 à 16 ans et j'observe qu'il est très difficile pour certains parents d'asseoir leur autorité auprès de leurs enfants. La sortie du centre est un moment privilégié où je peux échanger avec les parents : lorsque j'évoque le comportement de leur enfant (insultes, coups de pieds, désobéissance...), ils sont rarement surpris et déclarent avoir les mêmes difficultés à la maison. Les parents expriment alors leur incompréhension : « je ne comprends pas, il a tout, je ne sais pas quoi faire de plus ! ». Ces comportements s'apparentent-ils à ce que l'on nomme « tyrannie infantile » ? Qu'est-ce qu'un enfant tyran ?
Lors de mon stage de découverte au C.M.P.P, j'ai rencontré des parents complètement désemparés et culpabilisés par leur entourage, se considérant comme de « mauvais parents ». Ils étaient très inquiets quant au comportement de leur enfant (agressivité, colères fréquentes, enfant contestataire...) et ne savaient plus quelles réponses y apporter. Une mère nous a déclaré, une fois, qu'elle craignait les colères de sa fille et pour les éviter, elle cédait à la moindre contrariété. Très souvent, les difficultés étaient liées à l'autorité : « il n'obéit pas, il ne respecte aucune limite » ou bien « c'est lui qui commande, il fait ce qu'il veut ». Le jeune âge de l'enfant (très souvent 2-3 ans) et la souffrance exprimée par les parents m'interpellait : Comment expliquer que certains parents rencontrent de telles difficultés pour se faire respecter et pour poser des limites à leur enfant ? Comment expliquer qu'un tel renversement de situation ait pu s'opérer au sein de la cellule familiale ?
Au C.M.P.P, la prise en charge médico-psychosociale est essentiellement centrée sur l'enfant, seuls les assistants de service social formés aux entretiens familiaux travaillent avec l'ensemble des membres de la famille pour « soulager leur souffrance et individualiser chaque membre, pour modifier la représentation que chacun des membres de la famille a du problème » . Comment se manifeste cette souffrance ? Quelles sont les limites d'intervention de l'assistant de service social pour répondre à cette souffrance ? A partir de quel moment doit-il solliciter les partenaires, et quels partenaires ?
J'ai souhaité réfléchir à la place et au rôle de l'assistant de service social dans l'accompagnement qu'il pouvait proposer à ces familles : Comment accompagner les parents en difficulté dans l'éducation de leur enfant ? Quel rôle peut-il jouer auprès des enfants opposants ? Avec quelle légitimité peut-il intervenir auprès des parents pour les aider à tenir ou reprendre leur rôle auprès de leur enfant ?
L'accompagnement des familles en difficulté n'est pas une nouveauté, il figure parmi les missions des départements depuis les premières lois de décentralisation en 1982. C'est au service de l'Aide Sociale à l'Enfance que revient plus particulièrement cette mission « d'apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique aux mineurs, à leur famille ... confrontés à des difficultés sociales susceptibles de compromettre gravement leur équilibre » . Et, depuis la conférence de la famille en 1998, les pouvoirs publics ont mis en place les R.E.A.A.P considérant alors que la cellule familiale, qui est le premier lieu de socialisation de l'enfant, devait être soutenue. Ce dispositif national permet la mise en réseau d'actions visant à conforter, à travers le dialogue et l'échange, les compétences des parents. Comment les professionnels de terrain se saisissent-ils de cet outil pour accompagner les parents ? Comment font-ils pour redonner confiance, révéler et valoriser les compétences parentales ? Quelle forme peut prendre le travail réalisé avec les familles ?
Le travail en partenariat est au coeur des réflexions actuelles en matière de la protection de l'enfance. En effet, l'évaluation des situations familiales nécessite très souvent des regards croisés pour apprécier la notion de danger encourue par les enfants. Toutefois, le secret professionnel auquel sont soumis les assistants de service social les oblige à rester vigilants quant aux informations qu'ils délivrent sur les familles. Ainsi, pour faciliter le travail partenarial, deux lois ont été votées le 5 mars 2007 : « l'une se préoccupe de l'enfance en danger, l'autre de l'enfance dite dangereuse » . Quelle loi concerne « l'enfant tyran » ?
Enfin, les travailleurs sociaux sont quelquefois repérés comme des personnes qui détiennent les clés de la « normalité ». Ainsi, je me demande comment font-ils pour rester neutres et objectifs alors qu'ils constituent le premier outil essentiel à l'exercice de cette profession ? Comment ne pas transposer ses propres façons de faire et ne pas « normaliser » un certain nombre de pratiques éducatives ? Comment poser le recul nécessaire par rapport à sa propre histoire et ses propres représentations ?
A partir de ce cheminement, j'ai pu dégager une question initiale en lien direct avec ma future profession d'assistant de service social : « enfants tyrans, parents souffrants : comment l'assistant de service social peut-il accompagner et orienter au mieux ces familles ? »
Pour développer ces différents points, je vais dans un premier temps, présenter la partie exploratoire de ce travail au cours de laquelle j'ai interpellé plusieurs professionnels de terrain afin qu'ils me fassent part de leurs expériences et réflexions sur le thème de l'enfant tyran. A partir de mes recherches bibliographiques et de mes observations de stage, j'exposerai le cheminement de la réflexion qui m'a permis de reformuler ma question initiale en une véritable question de départ.
J'aborderai, dans une seconde partie, le concept d'autorité et ses conséquences sur le développement de l'enfant afin d'apporter un éclairage théorique à l'approche empirique. Je présenterai alors la construction du modèle conceptuel et les auteurs de référence sur lesquels je me suis appuyée. A l'issue de cette partie, j'énoncerai les deux hypothèses qui découlent de ce travail de réflexion.
Dans une troisième partie, j'évoquerai la manière dont je conçois vérifier mes hypothèses en présentant l'outil utilisé et le public concerné. Cette démarche méthodologique sera explicitée afin de démontrer que mes propositions sont abordables et réalistes.
Je conclurai ce travail en insistant sur les apports professionnels mais aussi personnels de cette recherche.
La « tyrannie infantile » n'est pas un phénomène récent. Ceci étant, elle trouve aujourd'hui, un écho de plus en plus manifeste, dans les nombreux ouvrages qui lui sont consacrés. De même, l'intérêt porté à « l'enfant tyran » dans les médias est relativement visible. Malgré tout, l'aspect quantitatif d'un tel phénomène est difficile à définir. En effet, si la littérature est riche d'articles ou de livres traitant de violences intrafamiliales, c'est souvent de la maltraitance subie par les enfants dont il est question et rarement de la violence exercée par les enfants à l'égard de leurs parents. Or, pour le sociologue Michel Fize : « il y a autant d'enfants martyrs que tyrans ». Et, la violence des enfants envers les parents est bel et bien une réalité. D'ailleurs, les époux Chartier , psychanalystes, ont mis en évidence en 1982, un phénomène encore passé sous silence : la maltraitance des parents. Ces auteurs parlent de « parents martyrs » pour désigner « ces parents réellement menacés, insultés, battus et terrorisés par leurs enfants mineurs ». Cette forme de violence intrafamiliale reste encore tabou. En effet, les parents éprouvent souvent de grandes difficultés à témoigner de leur souffrance : admettre que l'on est martyrisé par son propre enfant est pour eux, un terrible aveu d'échec.
Cette forme de violence intrafamiliale m'interpelle : comment un enfant, quelque soit son âge, peut-il parvenir à exercer une emprise totale sur ses parents au point de les maltraiter ? Cette interrogation me renvoie à des expériences professionnelles, en tant qu'animatrice puis directrice adjointe d'un accueil de loisirs. En effet, j'encadre depuis 1998, des mineurs âgés de 3 à 16 ans et j'observe qu'il est très difficile pour certains parents d'asseoir leur autorité auprès de leurs enfants. La sortie du centre est un moment privilégié où je peux échanger avec les parents : lorsque j'évoque le comportement de leur enfant (insultes, coups de pieds, désobéissance...), ils sont rarement surpris et déclarent avoir les mêmes difficultés à la maison. Les parents expriment alors leur incompréhension : « je ne comprends pas, il a tout, je ne sais pas quoi faire de plus ! ». Ces comportements s'apparentent-ils à ce que l'on nomme « tyrannie infantile » ? Qu'est-ce qu'un enfant tyran ?
Lors de mon stage de découverte au C.M.P.P, j'ai rencontré des parents complètement désemparés et culpabilisés par leur entourage, se considérant comme de « mauvais parents ». Ils étaient très inquiets quant au comportement de leur enfant (agressivité, colères fréquentes, enfant contestataire...) et ne savaient plus quelles réponses y apporter. Une mère nous a déclaré, une fois, qu'elle craignait les colères de sa fille et pour les éviter, elle cédait à la moindre contrariété. Très souvent, les difficultés étaient liées à l'autorité : « il n'obéit pas, il ne respecte aucune limite » ou bien « c'est lui qui commande, il fait ce qu'il veut ». Le jeune âge de l'enfant (très souvent 2-3 ans) et la souffrance exprimée par les parents m'interpellait : Comment expliquer que certains parents rencontrent de telles difficultés pour se faire respecter et pour poser des limites à leur enfant ? Comment expliquer qu'un tel renversement de situation ait pu s'opérer au sein de la cellule familiale ?
Au C.M.P.P, la prise en charge médico-psychosociale est essentiellement centrée sur l'enfant, seuls les assistants de service social formés aux entretiens familiaux travaillent avec l'ensemble des membres de la famille pour « soulager leur souffrance et individualiser chaque membre, pour modifier la représentation que chacun des membres de la famille a du problème » . Comment se manifeste cette souffrance ? Quelles sont les limites d'intervention de l'assistant de service social pour répondre à cette souffrance ? A partir de quel moment doit-il solliciter les partenaires, et quels partenaires ?
J'ai souhaité réfléchir à la place et au rôle de l'assistant de service social dans l'accompagnement qu'il pouvait proposer à ces familles : Comment accompagner les parents en difficulté dans l'éducation de leur enfant ? Quel rôle peut-il jouer auprès des enfants opposants ? Avec quelle légitimité peut-il intervenir auprès des parents pour les aider à tenir ou reprendre leur rôle auprès de leur enfant ?
L'accompagnement des familles en difficulté n'est pas une nouveauté, il figure parmi les missions des départements depuis les premières lois de décentralisation en 1982. C'est au service de l'Aide Sociale à l'Enfance que revient plus particulièrement cette mission « d'apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique aux mineurs, à leur famille ... confrontés à des difficultés sociales susceptibles de compromettre gravement leur équilibre » . Et, depuis la conférence de la famille en 1998, les pouvoirs publics ont mis en place les R.E.A.A.P considérant alors que la cellule familiale, qui est le premier lieu de socialisation de l'enfant, devait être soutenue. Ce dispositif national permet la mise en réseau d'actions visant à conforter, à travers le dialogue et l'échange, les compétences des parents. Comment les professionnels de terrain se saisissent-ils de cet outil pour accompagner les parents ? Comment font-ils pour redonner confiance, révéler et valoriser les compétences parentales ? Quelle forme peut prendre le travail réalisé avec les familles ?
Le travail en partenariat est au coeur des réflexions actuelles en matière de la protection de l'enfance. En effet, l'évaluation des situations familiales nécessite très souvent des regards croisés pour apprécier la notion de danger encourue par les enfants. Toutefois, le secret professionnel auquel sont soumis les assistants de service social les oblige à rester vigilants quant aux informations qu'ils délivrent sur les familles. Ainsi, pour faciliter le travail partenarial, deux lois ont été votées le 5 mars 2007 : « l'une se préoccupe de l'enfance en danger, l'autre de l'enfance dite dangereuse » . Quelle loi concerne « l'enfant tyran » ?
Enfin, les travailleurs sociaux sont quelquefois repérés comme des personnes qui détiennent les clés de la « normalité ». Ainsi, je me demande comment font-ils pour rester neutres et objectifs alors qu'ils constituent le premier outil essentiel à l'exercice de cette profession ? Comment ne pas transposer ses propres façons de faire et ne pas « normaliser » un certain nombre de pratiques éducatives ? Comment poser le recul nécessaire par rapport à sa propre histoire et ses propres représentations ?
A partir de ce cheminement, j'ai pu dégager une question initiale en lien direct avec ma future profession d'assistant de service social : « enfants tyrans, parents souffrants : comment l'assistant de service social peut-il accompagner et orienter au mieux ces familles ? »
Pour développer ces différents points, je vais dans un premier temps, présenter la partie exploratoire de ce travail au cours de laquelle j'ai interpellé plusieurs professionnels de terrain afin qu'ils me fassent part de leurs expériences et réflexions sur le thème de l'enfant tyran. A partir de mes recherches bibliographiques et de mes observations de stage, j'exposerai le cheminement de la réflexion qui m'a permis de reformuler ma question initiale en une véritable question de départ.
J'aborderai, dans une seconde partie, le concept d'autorité et ses conséquences sur le développement de l'enfant afin d'apporter un éclairage théorique à l'approche empirique. Je présenterai alors la construction du modèle conceptuel et les auteurs de référence sur lesquels je me suis appuyée. A l'issue de cette partie, j'énoncerai les deux hypothèses qui découlent de ce travail de réflexion.
Dans une troisième partie, j'évoquerai la manière dont je conçois vérifier mes hypothèses en présentant l'outil utilisé et le public concerné. Cette démarche méthodologique sera explicitée afin de démontrer que mes propositions sont abordables et réalistes.
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