Commentaire des tableaux des origines socioprofessionnelles des candidats à lENA et des élèves
6.95€
sociologie
exposé
publié le 23/11/2006
évaluation : non évalué
niveau : avancé
consulté 2 fois
"Aujourdhui, le renouvellement des cadres de ladministration exige la création dune école supérieure de politique et dadministration qui, sans avoir le monopole du recrutement des fonctions publiques, offre au service de lEtat une élite de jeunes gens choisis dans toutes les classes de la nation, sans distinction de rang ni de fortune, sans cooptation ni favoritisme". Cest en ces termes que sexprime Michel Debré au lendemain de la seconde guerre mondiale dans Refaire la France . Lexigence de démocratisation du recrutement des hauts fonctionnaires y est largement perceptible. Et lordonnance du 9 octobre 1945 créant la très célèbre Ecole nationale dadministration lENA y répond clairement, en instaurant un concours daccès unique à la Fonction publique fondé sur le principe de légalité des chances.
Après soixante années dexistence et le passage à lENA de plus de 6 000 élèves, deux grandes opinions la concernant se dégagent. Dune part, elle est considérée comme "lun des plus beaux fleurons de notre méritocratie républicaine", affirme Jean-Michel Gaillard dans LENA, miroir de lEtat de 1945 à nos jours . Elle est, dans la plupart des esprits, synonyme de réussite, de grandeur et dexcellence. LENA constitue ainsi la voie royale daccès aux plus hautes fonctions étatiques, ouverte à tous grâce à trois concours distincts.
Dautre part, lENA est lobjet de vives critiques. Le grief le plus courant serait celui de son "échec", nétant pas parvenue à assurer la démocratisation dans le recrutement. Elle est ainsi perçue comme une caste, lEnarchie, qui monopolise le pouvoir et forme un groupe social homogène. A cet égard, Pierre Bourdieu parle même de la noblesse dEtat . Celle-ci serait lhéritière en France de la noblesse de robe.
Par soucis douverture, le recrutement de lENA a lieu aujourdhui selon trois concours daccès : le concours externe ouvert aux étudiants justifiant dun bac +3 ; le concours interne pour les fonctionnaires ou les agents publics ayant une expérience professionnelle dau moins quatre ans ; et enfin le troisième concours pour les élus, les syndicalistes ou les salariés du privé après huit années de mandat ou dexpérience professionnelle.
Toutefois, lENA recrute pour lessentiel dans les catégories sociales privilégiées. Les chiffres à ce sujet sont éloquents . Entre 1987 et 1996, 64,4% des élèves sont issus de la catégorie socioprofessionnelle (CSP) "cadres et professions intellectuelles supérieures". Au contraire, les enfants dagriculteurs ou douvriers sont presque absents des effectifs, avec 2,4% des élèves de lENA pour les uns, et 5,5% pour les autres. Par ailleurs, la plupart des élèves serait originaire, au regard de leur lieu de résidence, de la région parisienne. Le rapport De Silguy sur La réforme de lENA et la formation des cadres supérieurs des fonctions publiques énonce que 74% des élèves des promotions 1998 à 2003 déclarent une domiciliation en Ile-de-France à la date dentrée à lENA .
Certes, depuis quelques années, le nombre délèves issus de milieux populaires augmente légèrement, mais la "sélectivité sociale " à lENA semble bien réelle. Il convient de se demander dans quelle mesure, au regard de chiffres relevant des origines sociale et géographique des candidats et des élèves, lEcole nationale dadministration a échoué dans son idéal de démocratisation.
Ce constat dhérédité sociale à lENA appelle à fournir des explications de plusieurs ordres (première partie). Par ailleurs, il est opportun ici dexposer certaines solutions proposées pour remédier à ce phénomène, et leur impact réel sur la composition sociale tant des candidats à lENA, que de ses élèves (deuxième partie).
Après soixante années dexistence et le passage à lENA de plus de 6 000 élèves, deux grandes opinions la concernant se dégagent. Dune part, elle est considérée comme "lun des plus beaux fleurons de notre méritocratie républicaine", affirme Jean-Michel Gaillard dans LENA, miroir de lEtat de 1945 à nos jours . Elle est, dans la plupart des esprits, synonyme de réussite, de grandeur et dexcellence. LENA constitue ainsi la voie royale daccès aux plus hautes fonctions étatiques, ouverte à tous grâce à trois concours distincts.
Dautre part, lENA est lobjet de vives critiques. Le grief le plus courant serait celui de son "échec", nétant pas parvenue à assurer la démocratisation dans le recrutement. Elle est ainsi perçue comme une caste, lEnarchie, qui monopolise le pouvoir et forme un groupe social homogène. A cet égard, Pierre Bourdieu parle même de la noblesse dEtat . Celle-ci serait lhéritière en France de la noblesse de robe.
Par soucis douverture, le recrutement de lENA a lieu aujourdhui selon trois concours daccès : le concours externe ouvert aux étudiants justifiant dun bac +3 ; le concours interne pour les fonctionnaires ou les agents publics ayant une expérience professionnelle dau moins quatre ans ; et enfin le troisième concours pour les élus, les syndicalistes ou les salariés du privé après huit années de mandat ou dexpérience professionnelle.
Toutefois, lENA recrute pour lessentiel dans les catégories sociales privilégiées. Les chiffres à ce sujet sont éloquents . Entre 1987 et 1996, 64,4% des élèves sont issus de la catégorie socioprofessionnelle (CSP) "cadres et professions intellectuelles supérieures". Au contraire, les enfants dagriculteurs ou douvriers sont presque absents des effectifs, avec 2,4% des élèves de lENA pour les uns, et 5,5% pour les autres. Par ailleurs, la plupart des élèves serait originaire, au regard de leur lieu de résidence, de la région parisienne. Le rapport De Silguy sur La réforme de lENA et la formation des cadres supérieurs des fonctions publiques énonce que 74% des élèves des promotions 1998 à 2003 déclarent une domiciliation en Ile-de-France à la date dentrée à lENA .
Certes, depuis quelques années, le nombre délèves issus de milieux populaires augmente légèrement, mais la "sélectivité sociale " à lENA semble bien réelle. Il convient de se demander dans quelle mesure, au regard de chiffres relevant des origines sociale et géographique des candidats et des élèves, lEcole nationale dadministration a échoué dans son idéal de démocratisation.
Ce constat dhérédité sociale à lENA appelle à fournir des explications de plusieurs ordres (première partie). Par ailleurs, il est opportun ici dexposer certaines solutions proposées pour remédier à ce phénomène, et leur impact réel sur la composition sociale tant des candidats à lENA, que de ses élèves (deuxième partie).
- Lâhérédité sociale à lâENA et ses explications
- LENA attire les catégories sociales élevées
- Les catégories sociales privilégiées réussissent mieux aux concours dentrée
- Les réformes proposées pour favoriser la démocratisation et leur impact
- Réformer les conditions daccès à lENA
- La délocalisation de lENA à Strasbourg
