Fêtes galantes (1869) et Romances sans paroles (1874) de Paul Verlaine
Date de publication :
22/11/2006
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
10 pages
Sommaire :
Sommaire
- De la littérature orale à la littérature écrite: évolution et musicalité
- L'évolution et l'éternel retour
- Verlaine: disparition de la parole, du sens des mots, au profit des sonorités et de la mélodie
- Verlaine et l'art de la suggestion
Résumé :
Dans un article sur « l'âme et le corps » dans l'Energie spirituelle, Bergson fait une courte digression et écrit ceci : « En réalité, l'art de l'écrivain consiste surtout à nous faire oublier qu'il emploie des mots. » Pour ce philosophe, l'esprit peut « déborder » en quelque sorte les limites du corps, « rayonner » au-delà de frontières matérielles, tout comme la littérature peut « dépasser » le cadre des mots, des contraintes techniques qui en règlent l'ordre. Ainsi, lorsque l'on sait que la littérature était à ses origines un art de la parole, notamment la poésie qui a longtemps été dite dans l'intimité d'une assemblée réduite, on peut se demander si les mots ne sont pas « dépassés » par leurs sonorités, par les sons qui sont émis et entendus et qui transmettent à la fois un sens et une mélodie. C'est ce que semble penser paul Valéry, pour qui la poésie et la littérature plus généralement ont perdu ce « quelque chose » lors de leur évolution vers une transcription écrite, vers une lecture des yeux plus confidentielle :
« Longtemps, longtemps, la voix humaine fut base et condition de la littérature...
Un jour vint où l'on sut lire des yeux, sans épeler, sans entendre et la littérature en fut altérée...
Evolution de l'articulé à l'effleuré - du rythmé et enchaîné à l'instantané - de ce que supporte et exige un auditoire à ce que supporte et emporte un oeil rapide, avide, libre sur la page. »
Valéry utilise ici la répétition qui est de l'ordre de la littérature orale, le passage à la ligne et les points de suspensions marquant le silence de l'écrit et un certain art oratoire par l'emploi de la phrase nominale ; il nous montre ainsi plusieurs caractéristiques de la littérature qu'il semble pourtant vouloir opposer. Or, c'est au XIXème siècle que furent publiés les premiers recueils de poèmes, qui rassemblaient par écrit des productions choisies par leur auteur qui attribuait à l'ensemble un titre chargé de s'accorder à toutes, tel que fêtes galantes et romances sans paroles de paul verlaine. Ce dernier est par ailleurs très connu pour avoir voulu faire de son art « de la musique avant toute chose », ce qui pourrait être pour lui une manière de concilier les différents aspects de la poésie évoqués par Valéry, et ce qui pourrait nous amener à nous interroger : Comment ce poète, qui a choisi de publier ses poèmes dans plusieurs recueils, a-t-il réussit à mêler les dimensions orale et écrite de la poésie pour dépasser le cadre des mots par la musique ? Comment a-t-il pu faire entendre un texte en musique et dans quelle mesure peut-on dire qu'il a ainsi participé à l'« évolution » de la poésie ?
Pour répondre à ce problème, nous adopterons une démarche synthétique autour de ce terme d'« évolution » employé par paul Valéry et de celui de musicalité. Nous verrons que verlaine s'inspire de l'histoire de la poésie française et de ses modifications récentes pour construire du sens à partir des mots et de leur mélodie. Mais il ajoute à la suite de ces évolutions ses propres innovations : il choisir de laisser le son effacer la parole et son message et finit par montrer qu'une évolution peut-être à la fois infinie et « éternel retour » lorsque les sonorités parviennent à souligner un message.
« Longtemps, longtemps, la voix humaine fut base et condition de la littérature...
Un jour vint où l'on sut lire des yeux, sans épeler, sans entendre et la littérature en fut altérée...
Evolution de l'articulé à l'effleuré - du rythmé et enchaîné à l'instantané - de ce que supporte et exige un auditoire à ce que supporte et emporte un oeil rapide, avide, libre sur la page. »
Valéry utilise ici la répétition qui est de l'ordre de la littérature orale, le passage à la ligne et les points de suspensions marquant le silence de l'écrit et un certain art oratoire par l'emploi de la phrase nominale ; il nous montre ainsi plusieurs caractéristiques de la littérature qu'il semble pourtant vouloir opposer. Or, c'est au XIXème siècle que furent publiés les premiers recueils de poèmes, qui rassemblaient par écrit des productions choisies par leur auteur qui attribuait à l'ensemble un titre chargé de s'accorder à toutes, tel que fêtes galantes et romances sans paroles de paul verlaine. Ce dernier est par ailleurs très connu pour avoir voulu faire de son art « de la musique avant toute chose », ce qui pourrait être pour lui une manière de concilier les différents aspects de la poésie évoqués par Valéry, et ce qui pourrait nous amener à nous interroger : Comment ce poète, qui a choisi de publier ses poèmes dans plusieurs recueils, a-t-il réussit à mêler les dimensions orale et écrite de la poésie pour dépasser le cadre des mots par la musique ? Comment a-t-il pu faire entendre un texte en musique et dans quelle mesure peut-on dire qu'il a ainsi participé à l'« évolution » de la poésie ?
Pour répondre à ce problème, nous adopterons une démarche synthétique autour de ce terme d'« évolution » employé par paul Valéry et de celui de musicalité. Nous verrons que verlaine s'inspire de l'histoire de la poésie française et de ses modifications récentes pour construire du sens à partir des mots et de leur mélodie. Mais il ajoute à la suite de ces évolutions ses propres innovations : il choisir de laisser le son effacer la parole et son message et finit par montrer qu'une évolution peut-être à la fois infinie et « éternel retour » lorsque les sonorités parviennent à souligner un message.
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