La fictivité essentielle du roman, citation de Barbara Herrnstein-Smith, On the Margins of Discourse

Date de publication :

06/02/2007

Langue :

Français

Format :

.doc

Nombre de pages :

6 pages

Niveau :

avancé

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Sommaire :

 
 

Sommaire La fictivité essentielle du roman, citation de Barbara Herrnstein-Smith, On the Margins of Discourse
 Sommaire

 
  1. L'acte de relater est fictif
  2. La fictivité dans le système énonciatif propre au roman
  3. Le niveau fictif essentiel: l'acte d'énonciation de la voix narrative
  4. L'acte de relater lui-même est en effet codifié par le genre romanesque

Résumé :

Au début du Père Goriot, on peut lire, en manière de mise en garde : « Ah ! Sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true []." Au contraire, Flaubert dira au sujet de Madame Bovary : « tout est inventé », « Madame Bovary est une pure invention ». Ou encore on peut affirmer que le roman contient forcément une part d'éléments réels, ne serait-ce que pour être lu : le monde qu'il présente doit être possible. Enfin, Julien Gracq affirme (En lisant, en écrivant, Corti, p110), étant très sensible à l'observation des « unités » dans une oeuvre d'art, qu'il ne lui est pas possible « dans un ouvrage de fiction [...] de laisser subsister un seul nom de réel » ; il donne en exemple, La Chartreuse de Parme, où « la ville fort authentique de Parme se trouve déréalisée subtilement pas l'implantation de la tour Farnèse ». Ces perspectives sur le caractère fictif ou réel du contenu du roman sont pour le moins hétéroclites. Faut-il donc vraiment rechercher la fictivité du roman dans « l'irréalité des personnages, des objets, des événements mentionnés », ou même dans ce « petit jeu » de déréalisation que souligne Julien Gracq ? C'est la question que pose barbara herrnstein-smith (On the margins of discourse). D'ailleurs, comment expliquer que l'on considère encore Le Père Goriot comme un roman, malgré l'affirmation de Balzac ? Il semble qu'il ne suffise pas, pour échapper à la fictivité, de se contraindre à n'utiliser que des personnages, des objets ou des événements réels et que le dosage d'éléments réels et d'éléments fictifs ne soit pas ce qui permet d'évaluer le « degré de fictivité » d'un roman. barbara herrnstein-smith recherche donc la « fictivité essentielle des romans », non dans le contenu mais dans le dispositif du roman, c'est-à-dire « dans l'irréalité de la mention même ». Ainsi, « c'est l'acte de relater des événements, de décrire des personnes et de se référer à des lieux, qui est fictif ». Il est donc aussi vain d'opérer un tri entre ce qui est réel et ce qui est fictif dans le contenu d'un roman que de faire de grandes déclarations liminaires sur la réalité des événements racontés ou au contraire d'en assumer audacieusement le caractère fictif. Que le roman fonctionne en effet, en tant que récit de fiction, d'une façon particulière qui le distingue du récit de réalité, c'est ce que nous tenterons tout d'abord de justifier en réfutant ainsi le postulat de la narratologie. Cependant, il nous faudra aussi comprendre comment le propos de barbara herrnstein-smith inverse la relation fictionnalisante entre le contenu du roman et l'acte de le relater : au premier abord, il semble en effet que la relation s'effectue en sens inverse, que l'acte de relater est fictif parce qu'il ne réfère qu'à des éléments fictifs. Mais cette relation, envisagée dans ce sens, ne permet pas de rendre compte du caractère fictif de l'ensemble du roman : si barbara herrnstein-smith parle de « fictivité essentielle » du roman, c'est que le caractère fictif du contenu, ou de la majorité des éléments du contenu, ne suffit pas à rendre compte de la « déréalisation » de l'ensemble de son contenu. Le roman est essentiellement fictif quelle que soit la part d'éléments réels qu'il contienne. Pour cela, il ne faut pas analyser le contenu qui est variable, mais le dispositif. Enfin, ce dispositif fictionnalisant ne doit pas faire oublier l'acte réel de communication dans lequel s'inscrit la production du roman. Un acte d'énonciation réel mais codé unit en effet le lecteur et l'auteur. « L'acte de relater » n'est pas fictif pour le plaisir d'être fictif, il s'agit ici de se donner les moyens de passer et de faire oeuvre.

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A propos de l'auteur :

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