Les identités nationales dans les Etats post-soviètiques
Date de publication :
23/04/2008
Langue :
Français
Format :
Nombre de pages :
5 pages
Sommaire :
Sommaire
- Si les identités nationales ont le plus souvent des fondements réels et historiques...
- Les fondements socilogiques et historiques de la conscience nationale
- Les accélérateurs récents de l'émergence d'une conscience nationale
- ...elles ont le plus souvent été instrumentalisées, que ce soit par les peuples eux-mêmes
- Les indentités nationales sont aujoud'hui l'objet d'instrumentalisation de la part des Etats
- ... de même que les peuples eux-mêmes les utilisent leplus souvent pour faire valoir leur droit à disposer d'une terre.
Résumé :
L'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), proclamée par Lénine en 1922, agglomérait à la
suite de la Révolution de 1917 plusieurs dizaines de républiques « satellites » de taille plus ou moins grande, réunissant ainsi des nations qui n'avaient en commun que leur appartenance à cette entité politique socialiste. En effet, qui pourrait dire que les traditions polonaises, biélorusses et kazakhes étaient similaires à cette époque où la mondialisation n'avait pas même entamé son processus d'uniformisation des cultures ? L'URSS, face à ces
différentes nationalités, avait adopté une attitude à la fois simple et ambiguë, qui consistait à la fois à reconnaître les différentes nationalités, comme le démontrent les recensements de l'époque, où, comme l'écrit Juliette Cadiot, plus de 150 « désignations nationales » étaient admises, et à la fois à tenter, pour des raisons d'unité politique, d'assimiler chaque nationalité au sein de la grande URSS, en essayant de les unifier les unes par rapport aux
autres. Mais, comme le montre l'introduction en 1932 d'un passeport intérieur qui mentionnait la nationalité de chaque ressortissant, ce qui visait à restreindre les déplacements au sein même de l'URSS, l'heure était surtout, à cette époque là, aux contrôles permanents des russes afin d'éviter tout risque de soulèvement, mais surtout pour augmenter le taux de pénétration du parti dans les villes et les campagnes. La chute de l'URSS, en 1991, a causé un brusque retournement de la situation dans laquelle vivaient les différentes nations qui composaient l'URSS. En effet, l'effondrement de l'URSS a permis la renaissance ou la création des états dit « post soviétiques » parmi lesquels on trouve l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Tous ces états, c'est-à-dire selon Max Weber repris par Ernest Gellner, « ces groupements, au sein de la société, qui détiennent le monopole de la violence légitime » ont permis la construction de nationalités, c'est-à-dire l'instauration d'une « appartenance juridique des habitants d'un état à celui-ci ». Mais ces nationalités, nées d'états qui sont eux-même issus de l'éclatement d'une fédération gigantesque, correspondent-elles aux identités nationales de leurs possesseurs ? En d'autres termes, les détenteurs d'une nationalité ressentent-ils toujours, intimement, que celle-ci est la leur et qu'ils n'en ont pas d'autre, qui serait par exemple issue de leurs origines ethniques ? Il semble bien que non, étant donné l'émergence rapide de mouvements nationalistes, comme le montre par exemple le soulèvement de 100 000 « nationalistes » à Tbilissi dans la nuit du 8 au 9 avril 1989, qui revendiquaient un nationalisme arménien face au projet de nouvelle Constitution russe qu'ils qualifiaient « d'anti nationaliste ». De la même manière, comment ne
pas envisager l'existence de nationalismes quand, comme le rappelle Benedict Anderson, au XIXè siècle, « les Romanov régnaient sur des Tatars et des Lettons, des Allemands et des Arméniens, des Russes et des Finnois. [...] La légitimité fondamentale de la plupart de ces dynasties n'avait rien à voir avec la nation ». Ainsi, l'existence d'identités nationales distinctes des nationalités administratives peut elle conduire à l'émergence de nationalismes qui, selon Ernest Gellner, sont « un principe politique qui affirme que l'unité politique et l'unité nationale doivent être congruentes ». Ces mouvements naissent, selon lui, du « sentiment nationaliste, sentiment de colère que suscite la violation de ce principe ». En effet, « le principe nationaliste » peut être bafoué de multiples manières : on peut par exemple imaginer le cas d'états dont les frontières n'englobent pas tous leurs ressortissants, ou englobent des ressortissants d'autres pays, qui pourraient alors eux aussi invoquer des principes nationalistes
afin de faire reconnaître leur identité singulière. En somme, les mouvements nationalistes souhaitent faire reconnaître à l'état dont ils dépendent leur appartenance à une nation commune mais distincte de celle proposée par leur état, c'est-à-dire leur appartenance, selon Benedict Anderson, à « une [autre] communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine ».
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