L'insoluble question de la main d'uvre à Madagascar (1922-1927)
Date de publication :
04/10/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
8 pages
Sommaire :
Sommaire
- Le recrutement de la main-d''uvre vu par un chef de province de Madagascar (1922)1
- Réponse de l'inspecteur des colonies Décieux (1921-1923)
- Le point de vue du ministère (1927)
- Le travail forcé est une nécessité selon l'administrateur en chef de la province d'Ambositra : pour procurer de la main d''uvre aux services publics (l 1) la fermeté dans le recrutement de la main d''uvre est nécessaire
- Le fardeau de l'Homme blanc (R. Kipling) : un regard paternaliste et bienveillant (l 7) du colon face à l'autochtone. « Il faut tendre à [l'] amener par la persuasion » au travail. (L 49)
- Un rapport de force entre colon et indigène comparé aux rapports hiérarchiques au sein de l'armée entre colonel et soldat : « l'agriculteur malgache n'est pas un soldat mais il doit être traité de la même façon » (l 14-15)
- Le regard capitaliste de nombreux colons : la colonisation doit être source de profit, de création de principales exploitations européennes (l 6), quelque soit le coût humain (c'est le principe de retour sur investissement)
- Le travail forcé refusé : l'obligation morale du travail [n'implique pas] qu'il faille rendre législativement le travail obligatoire, le travail forcé (l 48-49)
- Un raisonnement logique : la comparaison entre 'théorique' et 'pratique'. Au devoir du travail correspondent d'ailleurs pour le travailleur des droits, dont on doit lui assurer le respect absolu si l'on veut qu'il comprenne la nécessité du travail et en sente les bienfaits (l 51-52)
- Les valeurs morales contre le travail forcé de la main d''uvre : l'indigène est un être humain, il est considéré comme un « travailleur » (l 51), un « ouvrier ». D'où une volonté de reconnaissance
- La voix des indigènes malgaches : une opinion sous entendue derrière cet affrontement des colons sur la question de la main d''uvre
- La position assez ambiguë de l'Etat : concilier les deux pôles sur cette question de la main d''uvre et du travail forcé. Pour l'Etat, le travail est un des principes généraux qui pourraient être dégagés (l 47-48)
- Les valeurs de la République s'opposent au travail forcé : La République est la garante des droits et des devoirs des individus. Elle ne peut se permettre d'avoir une action contradictoire avec les principes qu'elle défend, les idées essentielles d'humanité et de progrès (l 66)
- Une main d''uvre abondante est nécessaire : pour un essor et un développement des infrastructures
- L'Etat connaît un contexte économique difficile : le problème de la main d''uvre dans les colonies est donc un problème de plus à résoudre
Résumé :
Dans ces années 1921 à 1923, les fonctions de gouverneur général sont exercées par Garbit, l'ancien secrétaire du gouverneur général Picquié. A cette date, la France vient juste de sortir de la Première guerre mondiale, où 4000 engagés volontaires malgaches ont péri. Les vétérans malgaches de cette guerre soutiennent alors le mouvement embryonnaire nationaliste. Pendant ces années 1920, les nationalistes (Vy Vato Sakelika) insistent sur la réforme du travail et l'égalité du statut civil et politique des malgaches. madagascar est alors divisée en vingt-quatre districts et en 1922, le chef de province d'Ambositra est Talvas, successeur de Marchand et à la politique différente : pour lui, il s'agit de faire obéir l'indigène « avec fermeté », ce qu'il explique dans cette lettre (doc 1), probablement adressée à la mission d'Inspection Henri. A cette même date, l'inspecteur des colonies à madagascar est Décieux. Il est un agent de l'Etat français chargé d'une mission de surveillance et de contrôle des colonies, pour maintenir l'ordre et éviter d'éventuel abus des administrateurs en place. L'extrait de son rapport (doc2) montre une position contraire sur la question du recrutement de la main d'oeuvre. Ce rapport est un texte officiel destiné au Ministère des Colonies. Il est précis : chiffres, noms d'entrepreneurs, dates etc.
De 1924 à 1929, le nouveau gouverneur général est Marcel Olivier. Il favorise l'activité des grandes compagnies commerciales et crée la Banque de madagascar (22 novembre 1925) et une organisation de crédit agricole. A cette date, les exportations de produits primaires sont excédents, c'est le contexte de prospérité passagère du début des années 20. De grands travaux d'infrastructures sont donc mis en place ; le 3 juin 1926 est alors créé le SMOTIG (travaux forcés), à la fin de l'année c'est le début des travaux de la ligne Fianarantsoa (ville au sud -est de madagascar) à Manakara (ville sur la côte, au sud-est). Face au problème de la main d'oeuvre dans les colonies, et aux divergences d'opinion sur cette question, le ministère de l'économie rédige une note le 23 mai 1927 (doc 3). Cette note est sensée énoncer l'avis du ministère et mettre en place une sorte de programme, à l'attention des administrateurs, chargé de réglementer le travail des indigènes dans les colonies. En 1927, le contexte est délicat pour l'Etat. Même si la France est au sommet de sa puissance coloniale, le contexte économique était morose. La valse constante des gouvernements est à l'origine du rappel de Poincaré en juillet 1926 : il incarne l'orthodoxie financière et rétablit la confiance.
Selon Talvas, la contrainte est plus efficace que la persuasion pour « se procurer de la main d'oeuvre » (l 1-3). Pour lui, la contrainte a permis la création des infrastructures (l 4-6). Pour lui, le colon est supérieur à l'autochtone, il doit donc se faire obéir (l 6-12), comme le colonel se fait obéir du soldat (l 12-14). Pour Talvas, c'est un procédé qui fonctionne et qui est accepté des indigènes (l 14-16). Selon l'inspecteur Décieux, la contrainte est différente en théorie et en pratique (l 19-24). Il fait ensuite la comparaison entre deux entrepreneurs (l 24-29) : l'un « bon », l'autre « mauvais », puis il prend l'exemple de Orsini « bon entrepreneur » désavoué des employeurs (l 29-33). Pour le gouvernement, le travail forcé est un devoir nécessaire mais par la persuasion, non la contrainte (l 44-50). Le devoir s'accompagne donc des droits (l 51-56), qui existent en partie dans les colonies (l57-58). De plus, il est utile et bienvenu que les administrateurs d'Outre-mer et d'Indochine se réfèrent aux anciennes lois, qui organisaient le travail (l 59-65). De même, le droit d'opinion est réaffirmé (l 66-67) ainsi que le devoir de l'Etat français (l 68-69) celui de « veiller à développer la natalité ». La place de la médecine et de la santé des indigènes est prépondérante pour le ministère (l 70-77). L'emploi des ouvriers est strictement réglementé (l 78-89), les mesures sanitaires occupent une place importante, que ce soit la santé (l 82-86) ou la nourriture (l 87-89). Le ministère rapproche ces mesures d'autres circulaires (l 90-92). Enfin, il tente de combattre le fléau de l'alcoolisme chez les ouvriers indigènes (l 93-96).
La question de la main d'oeuvre est délicate à cette date. Elle démontre les enjeux des différentes forces qui s'affrontent ; les administrateurs coloniaux, les colons, les défenseurs des valeurs républicaines, l'Etat et une voix absente ici, celle des indigènes eux-mêmes.
D'une part, la vision du travail forcé comme une contrainte est justifiée par l'administration locale. D'autre part, deux voix s'élèvent contre ce travail forcé contraint, celle de Français et celle des indigènes. Enfin, la position ambiguë de l'Etat, qui oscille entre le système colonial et les valeurs républicaines.
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