"Juger ladministration, cest encore une fois administrer". Henrion de Pansey : De lautorité judiciaire en France, 1827
Date de publication :
03/01/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
13 pages
Sommaire :
Sommaire
- Affirmer que juger l'administration est une phase du processus administratif a permis de justifier la création d'une juridiction administrative indépendante mais au statut ambigu
- La création d'un ordre administratif séparé justifie la citation ' juger l'administration c'est encore administrer '
- Mais dire que ' juger l'administration, c'est encore administrer ' pose aussi le problème de l'ambiguïté du rôle de juge administratif
- Cependant, juger l'administration signifie-t-il aujourd'hui forcément administrer ?
- Malgré l'ambiguïté du rôle de juge administratif, l'existence d'un ordre administratif séparé ne remet pas en cause son statut de magistrat
- Juger l'administration aujourd'hui, c'est de moins en moins administrer
Résumé :
« juger l'administration, c'est encore une fois administrer » : cette citation, en justifiant la création d'une juridiction administrative parallèlement à la juridiction judiciaire, pose la question de la dualité des ordres de juridiction inventés par la france. Ce n'est en effet pas le cas en Angleterre où l'administration est soumise à la Common Law ou en Allemagne ou il n'y a qu'un seul ordre de juridiction mais à l'intérieur une séparation des contentieux.
juger signifie se prononcer sur une affaire en qualité d'arbitre, c'est-à-dire de manière neutre. Et administrer signifie gérer les affaires publiques, gouverner. On ne voit donc pas comment on peut à la fois juger, c'est-à-dire être neutre, et administrer c'est-à-dire prendre des décisions forcément subjectives. C'est pourquoi à première vue la citation paraît antinomique. Mais en fait, juger l'administration n'est pas une prérogative neutre. Car l'administration représente l'Etat et son pouvoir, qui doit être soumis au droit selon le principe de légalité, mais qui en théorie est au-dessus de tous car il prend ses décisions en fonction de l'intérêt général. Il faut donc que l'administration soit soumise à un droit spécifique et donc à une juridiction spéciale.
En effet, dans son ouvrage De l'autorité judiciaire en france, pansey, ancien ministre de la Justice (1814), réfléchit sur le pouvoir administratif envisagé dans ses rapports avec l'autorité judiciaire. Il considère que « l'influence de l'autorité judiciaire sur la Constitution de l'Etat bien organisé, tempère et corrige cette Constitution lorsqu'elle est vicieuse », voulant ainsi faire de l'autorité judiciaire une branche de l'exécutif, dans le but de mieux contrôler l'administration pour régler les litiges avec les usagers. C'est pourquoi on peut interpréter la citation comme une justification à la création d'un ordre administratif indépendant, puisque pour lui « la juridiction est le complément de l'action administrative ». De plus, en dehors de l'argument de rationalisation de l'action administrative, on peut voir se profiler dans la phrase de pansey un second argument qui est celui de la séparation des pouvoirs. En effet, si juger l'administration revient indirectement à administrer, alors cette prérogative ne doit pas être confiée au pouvoir judiciaire, au nom de la séparation des pouvoirs. D'où la nécessité de créer une juridiction interne à l'administration.
C'est pour ces deux raisons que dire « juger l'administration c'est encore une fois administrer » fait écho aux décisions des 16-24 Août 1790 et du décret du 16 fructidor an III (affirmant le principe de la nécessaire indépendance de l'administration vis-à-vis des tribunaux), et justifie la création d'une juridiction administrative indépendante, qui surviendra par la suite avec la décision fondatrice prise dans l'arrêt Blanco en 1873.
juger signifie se prononcer sur une affaire en qualité d'arbitre, c'est-à-dire de manière neutre. Et administrer signifie gérer les affaires publiques, gouverner. On ne voit donc pas comment on peut à la fois juger, c'est-à-dire être neutre, et administrer c'est-à-dire prendre des décisions forcément subjectives. C'est pourquoi à première vue la citation paraît antinomique. Mais en fait, juger l'administration n'est pas une prérogative neutre. Car l'administration représente l'Etat et son pouvoir, qui doit être soumis au droit selon le principe de légalité, mais qui en théorie est au-dessus de tous car il prend ses décisions en fonction de l'intérêt général. Il faut donc que l'administration soit soumise à un droit spécifique et donc à une juridiction spéciale.
En effet, dans son ouvrage De l'autorité judiciaire en france, pansey, ancien ministre de la Justice (1814), réfléchit sur le pouvoir administratif envisagé dans ses rapports avec l'autorité judiciaire. Il considère que « l'influence de l'autorité judiciaire sur la Constitution de l'Etat bien organisé, tempère et corrige cette Constitution lorsqu'elle est vicieuse », voulant ainsi faire de l'autorité judiciaire une branche de l'exécutif, dans le but de mieux contrôler l'administration pour régler les litiges avec les usagers. C'est pourquoi on peut interpréter la citation comme une justification à la création d'un ordre administratif indépendant, puisque pour lui « la juridiction est le complément de l'action administrative ». De plus, en dehors de l'argument de rationalisation de l'action administrative, on peut voir se profiler dans la phrase de pansey un second argument qui est celui de la séparation des pouvoirs. En effet, si juger l'administration revient indirectement à administrer, alors cette prérogative ne doit pas être confiée au pouvoir judiciaire, au nom de la séparation des pouvoirs. D'où la nécessité de créer une juridiction interne à l'administration.
C'est pour ces deux raisons que dire « juger l'administration c'est encore une fois administrer » fait écho aux décisions des 16-24 Août 1790 et du décret du 16 fructidor an III (affirmant le principe de la nécessaire indépendance de l'administration vis-à-vis des tribunaux), et justifie la création d'une juridiction administrative indépendante, qui surviendra par la suite avec la décision fondatrice prise dans l'arrêt Blanco en 1873.
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