"Lecture de Proust", Gaëtan Picon
Date de publication :
03/07/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
12 pages
Sommaire :
Sommaire
- Quel est le rapport de l'auteur à ses personnages ?
- Les personnages, par la dimension que le roman leur confère, semblent réduits à un second rôle et le roman proustien souligne l'éternelle fugacité d'êtres insaisissables
- Le ''je'' du Narrateur, confronté à cette expérience d'un extérieur qui se dérobe à son moindre pas pour tenter de le cerner et à l'érosion du temps qui semble détruire son rapport magique au monde, comprend dès lors l'impossible saisie d'une réalité qui serait dite ''objective''
- Se repliant sur lui-même, le Narrateur décide d'effectuer son voyage pour Venise et se distancie moralement des choix d'Albertine qui selon lui, avait été un motif qui l'avait poussé à ne pas y aller
- Face à cette perte d'Albertine, à cet arrachement d'un réel fugace et imperceptible, et à travers la quête du sens de son identité et de son propre moi, le Narrateur se trouve donc confronté à l'aporie constante de ne pas pouvoir accéder à cette objectivité tant désirée
Résumé :
« Il est le premier qui ait affirmé en toute clarté et montré par l'exemple, que l'oeuvre romanesque est une projection de l'univers intérieur du romancier, dans des situations et des personnages qui n'ont qu'une fonction et qu'un rang de médiateurs après tout révocables. « Comme brusquement on voit dans la lanterne magique une grande ombre qui devait être cachée, effacer la projection des personnages, et qui est celle de la lanterne elle-même, ou celle de l'opérateur... » L'ombre jusqu'alors dissimulée, le roman proustien l'éclaire. Il semble même qu'elle veuille suggérer qu'elle est la seule réalité. »
Ce jugement de gaëtan picon semble tout d'abord devoir être précisé, pour ne pas faire de contresens majeurs sur la lecture de l'oeuvre proustienne. En effet, faire du roman proustien, le simple reflet de l'univers intérieur du romancier, peut apparaître trompeur en de nombreux sens. Albertine Disparue, comme en réalité la cathédrale de A la Recherche du Temps Perdu, a souvent été étudiée, et mise en rapport avec les expériences vécues par son auteur. Reprenant la théorie de Sainte-Beuve, de nombreux critiques se sont penchés sur l'autobiographie de proust pour saisir selon un plan caché derrière cette oeuvre, les clés de ses personnages et des situations présentées. Il serait vain de nier les ressemblances entre certains éléments de l'oeuvre et la vie de son auteur : bien des épisodes de la vie sont passés dans l'oeuvre. L'expérience enfin concrétisée après tant d'hésitations du voyage à Venise se retrouve dans sa vie comme un des éléments majeurs qui l'a profondément influencé. De même la ressemblance semble frappante entre le destin mondain de Marcel, le Narrateur d'Albertine disparue, (« Les relations mondaines ayant tenu jusqu'ici une place dans ma vie quotidienne ») et celui du romancier. C'est enfin dans le domaine littéraire que ces ressemblances sont les plus évidentes et en même temps les plus trompeuses : la publication inespérée de l'article du Narrateur dans le Figaro, rappelle les premiers articles de Marcel proust dans sa carrière d'écrivain. Aussi proust ne s'en cache pas et rappelle que ces ressemblances sont conscientes : « il est vrai que par excès de fatigue, pour des détails purement matériels, je me dispense d'inventer pour mon héros et prends des traits vrais de moi. » Cependant, si proust affirme que ces comparaisons sont certes justifiées, il en nie pourtant l'importance, rappelant à tout moment que son oeuvre comme toute autre, ne se limite pas aux faits qu'elle décrit : même une vie admirable ne peut faire à elle seule une oeuvre digne de ce nom. Ces emprunts à la vie, ces vacances de l'invention pourraient être plus nombreux encore : la véritable création est ailleurs. Car au-delà de ces analogies qui semblent anodines au romancier, les différences entre ce Narrateur qui dit « je » et proust sont essentielles et significatives, parce que quant à elles, réfléchies et recherchées. C'est en réalité comme le soulignait le Contre Sainte-Beuve, l'élimination des traits autobiographiques importants et l'accumulation de traits inventés qui semblent essentielles. proust ne cessait de se distinguer du Narrateur : « Le Narrateur qui dit « je », et qui n'est pas toujours moi. » malgré ces ressemblances communes, car certaines « métamorphoses existent entre la vie d'un écrivain et son oeuvre, entre la réalité et l'art... » Déniant l'existence de « clés du Narrateur », proust souligne que sa vie n'est pas celle de l'oeuvre : « un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vies.. » Il n'a pas quant à lui effectué un seul séjour à Venise mais plusieurs, et le voyage de sa vie concrète a été déformé, déplacé au sein même de l'oeuvre après la mort d'Albertine, changeant ainsi de sens : la portée de cet événement n'est pas la même dans sa vie, que dans celle du Narrateur. De même, sa vocation d'écrivain a été permanente et la parution inattendue de l'article de Marcel dans le Figaro montre avec justesse un héros paresseux, doutant en permanence, à l'inverse du romancier, de sa vocation. « Ces pages [...] étaient si faibles auprès de ma pensée [...] que leur lecture était pour moi une souffrance, elles n'avaient fait qu'accentuer en moi le sentiment de mon impuissance et de mon manque incurable de talent. » Aussi rien ne reflète exactement sa vie. Le « je » de la narration correspond à un personnage infiniment plus complexe et plus vaste que celui de la biographie. proust a toujours souligné sa volonté de ne pas apparaître dans son roman : cette hostilité mêle le refus de se livrer, même par fragments, la peur de rester à la surface des choses, la volonté de faire une oeuvre construite. Le romancier tente ainsi de se distancier autant que possible de son oeuvre et s'efforce de peindre du dehors, un spectacle lointain auquel il reste étranger tout au long du roman.
Dernières nouveautés dans la catégorie : Littérature
Commentaire de texte | 05/11/2009 | fr | .doc | 2 pages
Exposé | 03/11/2009 | fr | .doc | 6 pages
Exposé | 02/11/2009 | fr | .doc | 1 page
Exposé | 30/10/2009 | fr | .doc | 2 pages
Commentaire de texte | 30/10/2009 | fr | .doc | 4 pages
Les plus consultés sur 30 jours en : Littérature
Fiche | 19/08/2009 | fr | .pdf | 4 pages
Exposé | 12/09/2009 | fr | .doc | 3 pages
Du même auteur : Littérature
Exposé | 25/06/2006 | fr | .doc | 9 pages
Fiche de lecture | 16/03/2006 | fr | .doc | 3 pages
