Le miroir dans la littérature française du XVIIIème au XXème siècle
Date de publication :
11/01/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
39 pages
Sommaire :
Sommaire
- Strates 17
- La stratification des usages spéculaires au XIXº siècle
- Le dandy et le sujet virtuose
- Les premières fêlures du sujet spéculaire : Maupassant, Poe, Dostoïevski, Rilke
- La psychiatrie du double
- L'inquiétante étrangeté
- Le lieu contemporain du spéculaire
- Narcissisme et spécularité
- La genèse du miroir contemporain
- Le moi, cet étrange objet
Résumé :
Le miroir reste longtemps un objet coûteux. Bien heureux celui qui put, durant des siècles, où qu'il soit, un jour de sa vie s'y voir: la surprise qui attend le novice est immense. « La femme défait le paquet, sort le miroir, regarde dedans. Surprise ! Pak [son mari le marchand] semblait être rentré seul ; mais une gonzesse se tient debout auprès de lui. Qui est cette putain? [] C'était la première fois qu'elle se voyait dans un miroir. Furieuse de voir une femme auprès de son mari, car elle ignorait que c'était elle-même ». Dans ce conte coréen, chacun croit voir un autre individu, un inconnu, sous prétexte que personne ne s'y reconnaît. Des disputes s'ensuivent, jusqu'au juge lui-même qui croit voir dans le miroir son successeur, lui laisse sa place et part, laissant le couple sans solution: « Voilà le jeu du miroir » affirme la morale de ce conte, à laquelle nous pourrions ajouter « quand on le découvre »!
Cela dit, le connaître, mais ne le rencontrer que rarement, ou jamais, durant une longue période de sa vie, peut à jamais la marquer: « Aujourd'hui encore j'éprouve parfois quelque inquiétude entre les glaces combinées des tailleurs ». Florian, au XVIIIº siècle, nous conte aussi cet étonnement: « Un enfant élevé dans un pauvre village revint chez ses parents, et fut surpris d'y voir un miroir ». Il s'amuse avec l'objet pour la première fois et s'inquiète qu'il réponde à toutes ses menaces. Si cette surprise est en ce siècle de bon aloi dans les milieux ruraux, elle y est tout autant possible en cette fin de XIXº siècle, où semble se situer l'action du Tour d'écrou: l'institutrice, parvenant à sa palatine destination, dit: « Tout me frappait [] les hautes glaces dans lesquelles, pour la première fois, je me voyais de la tête aux pieds ». Ce qui nous reste encore compréhensible de ces étonnements, pour le moins, c'est une distinction sociale bien réelle longtemps, recouverte par la distinction entre un usage bourgeois - habitant du bourg, de la ville - et son absence rurale, que la distinction entre les grands et les petits miroirs viendra ensuite maintenir jusqu'à son homogénéisation. Ce terme de « bourgeois », dans le cas du miroir, explique de lui-même la place qui lui est imputée: à la fois un rôle fondamental dans la socialisation citadine, puis dans la hiérarchie communautaire close des villes. Le miroir est enfin, sinon la preuve, du moins un indice de la richesse de son possesseur et de sa position contemplatrice et satisfaite de lui-même. Ce qu'il voit de lui dans son miroir l'oblige à être le garant du cadre de cette possibilité de vision par la conservation des institutions qui l'on ainsi fait. C'est à grand prix, à savoir celui de sa personne, que la bourgeoisie a racheté cette part aristocratique qui se trouvait dans l'usage du miroir. Et lorsque la bourgeoisie se développera à partir du XVIIº siècle, c'est également la possession et l'usage du miroir qui s'étendra.
En effet, si se voir dans son entier reste longtemps la preuve d'un certain statut, se voir, tout simplement, est jusqu'au XVIIº siècle, un noble privilège.
Cela dit, le connaître, mais ne le rencontrer que rarement, ou jamais, durant une longue période de sa vie, peut à jamais la marquer: « Aujourd'hui encore j'éprouve parfois quelque inquiétude entre les glaces combinées des tailleurs ». Florian, au XVIIIº siècle, nous conte aussi cet étonnement: « Un enfant élevé dans un pauvre village revint chez ses parents, et fut surpris d'y voir un miroir ». Il s'amuse avec l'objet pour la première fois et s'inquiète qu'il réponde à toutes ses menaces. Si cette surprise est en ce siècle de bon aloi dans les milieux ruraux, elle y est tout autant possible en cette fin de XIXº siècle, où semble se situer l'action du Tour d'écrou: l'institutrice, parvenant à sa palatine destination, dit: « Tout me frappait [] les hautes glaces dans lesquelles, pour la première fois, je me voyais de la tête aux pieds ». Ce qui nous reste encore compréhensible de ces étonnements, pour le moins, c'est une distinction sociale bien réelle longtemps, recouverte par la distinction entre un usage bourgeois - habitant du bourg, de la ville - et son absence rurale, que la distinction entre les grands et les petits miroirs viendra ensuite maintenir jusqu'à son homogénéisation. Ce terme de « bourgeois », dans le cas du miroir, explique de lui-même la place qui lui est imputée: à la fois un rôle fondamental dans la socialisation citadine, puis dans la hiérarchie communautaire close des villes. Le miroir est enfin, sinon la preuve, du moins un indice de la richesse de son possesseur et de sa position contemplatrice et satisfaite de lui-même. Ce qu'il voit de lui dans son miroir l'oblige à être le garant du cadre de cette possibilité de vision par la conservation des institutions qui l'on ainsi fait. C'est à grand prix, à savoir celui de sa personne, que la bourgeoisie a racheté cette part aristocratique qui se trouvait dans l'usage du miroir. Et lorsque la bourgeoisie se développera à partir du XVIIº siècle, c'est également la possession et l'usage du miroir qui s'étendra.
En effet, si se voir dans son entier reste longtemps la preuve d'un certain statut, se voir, tout simplement, est jusqu'au XVIIº siècle, un noble privilège.
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