Les Mondes Imaginaires
Date de publication :
19/05/2008
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
11 pages
Sommaire :
Sommaire
- Le fonctionnement et le but général de l'utopie et de l'imagination à l''uvre dans les textes
- Les divers procédés critiques et niveaux interprétatifs et la posture de réception que ceux-ci postulent
- Les limites du concept même d'utopie comme alternative sociétale réelle
Résumé :
Depuis la publication de l'oeuvre majeure de Thomas More en 1516, les utopies littéraires se sont multipliées dans le champ romanesque. Reprenant rigoureusement son mode de description de la société idéale comme Campanella dans sa fameuse Cité du Soleil en 1613, ou inscrivant plus globalement son schéma dans un processus satirique, les auteurs de fiction n'ont dès lors eu de cesse de traquer ces « pays de nulle-part » dans lesquels règnent l'harmonie et l'équité entre les hommes. Cyrano puis Swift se comptent ainsi, chacun à leur façon, au nombre de ces écrivains, qui, témoins de profonds bouleversements socio-culturels dans leur pays respectif, se sont employés à décrire en contrepoint, par la projection fictionnelle dans un ailleurs d'un narrateur voyageur, différentes organisations sociétales susceptibles de représenter des modèles en terme de politique, culture et morale pour l'humanité en devenir. Publiés anonymement en 1657, Les Etats et Empire de la Lune et du Soleil, oscillant entre roman d'anticipation, conte philosophique libertin et récit épistémologique, proposent ainsi, comme le titre l'indique deux voyages ascensionnels vers les autres mondes de la galaxie tandis que Les Voyages de Gulliver, parus en Angleterre en 1726 sous couvert d'une mystification littéraire, se composent de quatre voyages distincts relatés sur le mode du récit d'aventures par un narrateur également à la première personne. Aussi, ces diverses explorations fantaisistes, bien qu'ancrées dans des contextes très différents, se rejoignent dans leur choix d'une projection utopique sous la forme d'une rêverie autours de contrées lointaines. Cependant, ne faut-il y voir là que caprices cathartiques d'une imagination débridée ? Telles était la justification de Thomas More lors de sa publication d'Utopia en 1516, déclarant qu'« Il ne s'agit là que d'un récit de fiction, sans importance, une « bagatelle littéraire échappée comme à son insu » à la plume de l'auteur ». Comme l'écrivent ainsi Voirin et Receveur dans leurs considérations sur les utopies littéraires, « Il ne faut cependant point faire trop preuve de naïveté face à ces déclarations [...]. Sous l'apparente légèreté se cache en fait une critique sociale sans concession, car les sociétés imaginaires mettent bien en valeur les sociétés réellement existantes et se présentent comme de possibles alternatives. » Il est vrai, cette rêverie autour des mondes de nulle-part mise en oeuvre dans nos deux romans permet de façonner des modèles culturels et politiques spécifiques venant éclairer les défaillances effectives de leurs propres modèles de référence. A travers eux se pose alors le statut de la fiction : simple moyen de faire passer des idées hétérodoxes et de transposer des débats idéologiques ? Simulacre de divertissement masquant une pensée réformatrice ? En outre, l'utopie s'inscrivant de façon complexe dans le processus global de la satire interroge l'enjeu même du texte : la critique destructrice du texte laisse-t-elle le lecteur face à une terre dévastée ou bien jette-t-elle les bases d'un édifice propre à abriter une société idéale ? Peut-elle finalement réellement prétendre à l'exemplarité ?
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