Montesquieu et son lecteur
Date de publication :
18/02/2008
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
5 pages
Sommaire :
Sommaire
- En quoi Montesquieu ''cultive'' un art du ''laisser à penser'' ?
- Le rôle dévolu par Montesquieu au ''suffisant lecteur''
- Le ''suffisant lecteur'' peut-il s'affranchir cette ''intention'' de l'auteur pour mieux la dépasser ?
Résumé :
« montesquieu a délibérément laissé à penser au lecteur en cultivant l'ellipse et l'asyndète : la sobriété nerveuse, la densité intellectuelle et affective de sa prose répondent à une insertion pédagogique et il revient au « suffisant lecteur » de rétablir les transitions, de reconstituer la logique du raisonnement, bref de reformer les maillons manquants de la « chaîne », J. Ehrard
« Il ne s'agit pas de faire lire, mais de faire penser » explique montesquieu comme une dernière sentence au livre XI de l'Esprit des Lois. La démarche didactique de montesquieu se pose en ces termes, ce que J. Ehrard explicite bien : « montesquieu a délibérément laissé à penser au lecteur en cultivant l'ellipse et l'asyndète : la sobriété nerveuse, la densité intellectuelle et affective de sa prose répondent à une insertion pédagogique et il revient au « suffisant lecteur » de rétablir les transitions, de reconstituer la logique du raisonnement, bref de reformer les maillons manquants de la « chaîne ». L'Esprit des Lois étant une somme de toute la pensée de l'auteur, nous nous contenterons d'étudier cet avis au travers des livres XXIV, XXV et XXVI. Par « laissé à penser », J. Ehrard semble expliquer que la démarche de montesquieu est une démarche qui implique le lecteur dans sa lecture de l'oeuvre, un lecteur « suffisant », au sens où Montaigne l'a défini : le lecteur doit pouvoir à l'aide de ce qu'il sait découvrir des « sens et des visages » « autres que ceux que l'auteur y a mis ou aperçu ». Le lecteur doit ainsi être un acteur de la genèse de l'oeuvre, il doit « rétablir » - établir de nouveau - « les maillons manquants de la chaîne », c'est-à-dire qu'il se doit de recomposer ou du moins de mettre à jour l'unité de l'ensemble de l'oeuvre, dont la perception est brisée par un jeu de l'auteur, par ce « laissé à penser » qui se caractérise par l'usage de figures de l'épure comme « l'asyndète » - absence de liaison entre deux mots - ou « l'ellipse » - omission syntaxique ou stylistique - que l'on se doit de comprendre aussi en un sens plus général comme un art du raccourci et du sous-entendu. Cet art oratoire devient alors le socle d'une « intention pédagogique », d'une volonté ferme et préméditée d'instruire, d'un but énoncé d'apprendre au lecteur ; apprendre au travers d'une certaine « densité intellectuelle » qui ressort de la multiplication des exemples et des innombrables connaissances recueillies par ce spiritus - au sens de souffle - moderne qu'inspire montesquieu à travers sa langue et ses idées ; apprendre enfin par la « densité affective », expression de la sensibilité de l'auteur qui semble s'exprimer au fil de ses pages. Ces densités consacrent une certaine « sobriété nerveuse », réserve énergique qui fait de montesquieu un auteur qui souhaite rester hors de toute polémique, ce qui ne l'empêche pas d'exprimer ce qu'il a à dire. L'affirmation de J. Ehrard permet de se demander dans quelle mesure « le suffisant lecteur » peut-il « rétablir la chaîne » du « penser » de l'auteur quand c'est montesquieu lui-même qui par une « prose » épurée de toute fioriture crée les « maillons manquants » du « raisonnement » ?
« Il ne s'agit pas de faire lire, mais de faire penser » explique montesquieu comme une dernière sentence au livre XI de l'Esprit des Lois. La démarche didactique de montesquieu se pose en ces termes, ce que J. Ehrard explicite bien : « montesquieu a délibérément laissé à penser au lecteur en cultivant l'ellipse et l'asyndète : la sobriété nerveuse, la densité intellectuelle et affective de sa prose répondent à une insertion pédagogique et il revient au « suffisant lecteur » de rétablir les transitions, de reconstituer la logique du raisonnement, bref de reformer les maillons manquants de la « chaîne ». L'Esprit des Lois étant une somme de toute la pensée de l'auteur, nous nous contenterons d'étudier cet avis au travers des livres XXIV, XXV et XXVI. Par « laissé à penser », J. Ehrard semble expliquer que la démarche de montesquieu est une démarche qui implique le lecteur dans sa lecture de l'oeuvre, un lecteur « suffisant », au sens où Montaigne l'a défini : le lecteur doit pouvoir à l'aide de ce qu'il sait découvrir des « sens et des visages » « autres que ceux que l'auteur y a mis ou aperçu ». Le lecteur doit ainsi être un acteur de la genèse de l'oeuvre, il doit « rétablir » - établir de nouveau - « les maillons manquants de la chaîne », c'est-à-dire qu'il se doit de recomposer ou du moins de mettre à jour l'unité de l'ensemble de l'oeuvre, dont la perception est brisée par un jeu de l'auteur, par ce « laissé à penser » qui se caractérise par l'usage de figures de l'épure comme « l'asyndète » - absence de liaison entre deux mots - ou « l'ellipse » - omission syntaxique ou stylistique - que l'on se doit de comprendre aussi en un sens plus général comme un art du raccourci et du sous-entendu. Cet art oratoire devient alors le socle d'une « intention pédagogique », d'une volonté ferme et préméditée d'instruire, d'un but énoncé d'apprendre au lecteur ; apprendre au travers d'une certaine « densité intellectuelle » qui ressort de la multiplication des exemples et des innombrables connaissances recueillies par ce spiritus - au sens de souffle - moderne qu'inspire montesquieu à travers sa langue et ses idées ; apprendre enfin par la « densité affective », expression de la sensibilité de l'auteur qui semble s'exprimer au fil de ses pages. Ces densités consacrent une certaine « sobriété nerveuse », réserve énergique qui fait de montesquieu un auteur qui souhaite rester hors de toute polémique, ce qui ne l'empêche pas d'exprimer ce qu'il a à dire. L'affirmation de J. Ehrard permet de se demander dans quelle mesure « le suffisant lecteur » peut-il « rétablir la chaîne » du « penser » de l'auteur quand c'est montesquieu lui-même qui par une « prose » épurée de toute fioriture crée les « maillons manquants » du « raisonnement » ?
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