La musique dimages. Quelques exemples de musique « picturale » française pour piano
Date de publication :
31/03/2008
Langue :
Français
Format :
Nombre de pages :
16 pages
Sommaire :
Sommaire
- Liszt, le sfumato
- Debussy, le motif et l'impression
- Messiaen, la couleur, la fresque et le vitrail
Résumé :
Au sein des mutations qu'un art peut connaître, il est toujours difficile de déterminer la part des facteurs endogènes et des causes exogènes, pour autant que la distinction soit pertinente.
Pertinente, en effet, elle ne l'est pas toujours : ce dont on se nourrit est toujours nécessairement initialement exogène puis endogène, et finalement, rien ne peut venir différencier les composants intériorisés et assimilés de l'ensemble qui les a faits siens.
Distinction pertinente, avec précautions et nuances ; distinction commode, assurément. Il y a parfois, chez les artistes, l'intention affichée de prendre à une discipline voisine son bien. Un artiste décide parfois sciemment de délaisser sa muse et de chérir une étrangère, plus belle, plus suave, mais inaccessible. Autrement dit, dans l'histoire d'un art, l'horizon régulateur que l'artiste se prescrit se trouve parfois situé dans un autre domaine que le sien.
L'attirance de la musique pour la peinture est étrange. Plus étrange que les prétentions musicales ou picturales de la littérature : il semble naturel d'affirmer qu'un auteur a « peint » les hommes tels qu'ils sont, ou qu'ils devraient l'être, qu'il va dépeindre la société... ou qu'un poète veuille « reprendre à la musique son bien ». La littérature semble s'accommoder assez aisément des ambitions picturales ou musicales, et n'a que peu de difficulté à faire admettre qu'elles sont aussi les siennes. Il n'en est pas de même pour la musique. La musique accompagne des vers mais ne les exprime pas. Elle accompagne et exprime l'intrigue d'un livret, mais elle ne la raconte pas.
Lorsqu'elle se confronte à la peinture, à l'image, à un objet hors du monde, descriptible par des mots, elle doit faire appel à une autre sorte d'intellection que la pensée par concepts : l'évocation, l'impression.
Il ne faut pas naïvement penser que les rapports de la musique et de la peinture soient ceux de la grenouille et du boeuf : aucun compositeur sérieux n'a espéré égaler la peinture, la poésie, l'architecture dans leur domaine propre. Il ne s'agit pas de faire de la peinture avec de la musique, mais de faire de la musique qui puisse évoquer une peinture et ce que la peinture évoque... ce qui est sensiblement différent. Ajoutons même que lorsque la musique est le plus musicale, elle n'est plus uniquement musicale, mais elle rejoint dès lors les autres arts. La vraie musique est aussi poétique ; la vraie musique est aussi picturale. Il y a une qualité qui, à un certain degré de perfection musicale, se surajoute à la musicalité, et qui ouvre sur le système des beaux-arts tout entier.
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