Passion et raison
Date de publication :
24/01/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
5 pages
Sommaire :
Sommaire
- Contradiction irréductible entre la passion et la raison
- Ne pas refouler ses passions et essayer de faire en sorte qu'elles demeurent soumises à l'examen de la raison
- Caractère hétéronome de la passion
Résumé :
Selon Karl Marx, la bourgeoisie aurait « noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. » Au-delà de l'aspect évidemment idéologique de cette citation, on retrouve une opposition séculaire, que bien des penseurs ont soulignée, à savoir la contradiction censément évidente entre le domaine du sentiment et celui de la raison. Il faut en effet voir, derrière l'expression « les eaux glacés du calcul égoïste », la raison elle-même, c'est-à-dire la raison calculatrice : étymologiquement, le terme « raison » vient du latin ratio, qui signifie la faculté de calculer. Si l'on a aujourd'hui élargi le sens du terme, pour finalement définir la raison comme la faculté de connaître, de juger, il conserve ce sens ancien d'un outil de calcul, qui s'opposerait donc nécessairement à toute action réalisée sous l'emprise du sentiment. Cette opposition classique est particulièrement prégnante lorsqu'il s'agit d'analyser les passions - il faut ici entendre « passion » dans son sens commun, c'est-à-dire comme une très forte inclination de l'esprit vers un objet, comme un intérêt insatiable qui finit par dominer la volonté et la raison du passionné. L'exemple du Cid, de Corneille, illustre parfaitement ce conflit interne entre passion et raison : d'une part avec le personnage de l'Infante, qui se passionne pour Rodrigue, mais dont la raison lui indique que, en tant que fille du roi, elle ne peut laisser libre cours à ses sentiments - « Ah ! Qu'avec peu d'effet on entend la raison / Quand le coeur est atteint d'un si charmant poison ! », s'écrie-t-elle à la scène 6 de l'acte II ; et d'autre part à travers le dilemme cornélien devant lequel se trouvent les deux amants, Rodrigue et Chimène, qui doivent tous deux choisir entre sauvegarder leur honneur personnel ou vivre leur amour, la raison les poussant à opter pour la première solution tandis que leur passion réciproque les conduits à choisir la deuxième option...
Chaque individu se trouve a priori confronté à ce dilemme entre passion et raison, communément tenu pour évident. En effet, cette idée est partout : des titres de journaux où la dernière décision d'un homme politique est vue comme se trouvant « entre passion et raison », jusqu'à certains jeux télévisuels où « il s'agit de choisir entre la passion et la raison », tout le monde reprend l'apparente contradiction à son compte. Pourtant, ne pourrait-on pas reposer la question des liens entre passion et raison sous un autre angle ? Si l'on déconstruit cette approche traditionnelle sur le mode derridien, afin de dépasser ces présupposés, peut-on voir autre chose qu'une opposition irréductible entre passion et raison : une articulation des deux aspects, au sein d'un même individu, est-elle possible ? En d'autres termes, la passion est-elle nécessairement irréfléchie et irrationnelle ? De prime abord, il semble indéniable que raison et passion soient en contradiction, du fait de l'opposition évidente entre un certain nombre de caractéristiques de la passion et certaines spécificités de la raison.
Chaque individu se trouve a priori confronté à ce dilemme entre passion et raison, communément tenu pour évident. En effet, cette idée est partout : des titres de journaux où la dernière décision d'un homme politique est vue comme se trouvant « entre passion et raison », jusqu'à certains jeux télévisuels où « il s'agit de choisir entre la passion et la raison », tout le monde reprend l'apparente contradiction à son compte. Pourtant, ne pourrait-on pas reposer la question des liens entre passion et raison sous un autre angle ? Si l'on déconstruit cette approche traditionnelle sur le mode derridien, afin de dépasser ces présupposés, peut-on voir autre chose qu'une opposition irréductible entre passion et raison : une articulation des deux aspects, au sein d'un même individu, est-elle possible ? En d'autres termes, la passion est-elle nécessairement irréfléchie et irrationnelle ? De prime abord, il semble indéniable que raison et passion soient en contradiction, du fait de l'opposition évidente entre un certain nombre de caractéristiques de la passion et certaines spécificités de la raison.
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