Les peuples ont-ils leur mot à dire en politique étrangère ?
Date de publication :
30/03/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
10 pages
Sommaire :
Sommaire
- De Lycurgue à Rousseau
- La prérogative aristocratique en politique extérieure
- A travers les siècles
- Léviathan, un complexe difficile à dépasser
- Considérations institutionnelles et historiques contemporaines
- Renouvellement du postulat de `l'incompétence populaire'
- Pour un renouvellement de l'approche des questions internationales
- `Ne pas se tromper d'époque'(Dario Batistella)
- Pour une réhabilitation de la société civile/opinion publique
Résumé :
On pourrait penser que l'exclusion des citoyens du processus décisionnel en politique étrangère est un héritage des régimes non démocratiques imposés par des considérations d'ordre pratiques mais aussi théoriques : le souverain disposerait seul de la capacité de déterminer ce qui est bien ou mal pour la cité, il lui revient de déclarer la guerre ou de faire la paix.
En fait la prérogative institutionnelle en matière de politique étrangère apparaît très tôt dans l'histoire. En 682 av.J.C, lorsque l'oligarchie supplante la monarchie à Athènes, le pouvoir politique est réparti entre trois magistrats : les archontes : l'archonte-roi ou « basileus », l'archonte éponyme et surtout l'archonte polémarque qui exerce l'intégralité des fonctions militaires. Bien que cette charge fût annuelle, l'archonte n'avait pas à rendre compte de sa gestion, ce qui excluait donc toute possibilité d'intervention des citoyens dans le processus décisionnel. En 501 av J.C, Clisthène remplace cette charge par celle de « stratège » qui est élu démocratiquement et doit rendre compte de ses actes mensuellement à l'ecclésia. Mais très rapidement le commandement suprême est confié à un seul stratège qui peut monopoliser les pouvoirs politiques et militaires comme l'illustre un titre fréquemment appliqué à Périclès, celui de Stratège autokrator.
Paradoxalement la seule cité grecque à établir un gouvernement d'assemblée en matière de politique étrangère est justement celle qui s'est distinguée par sa plus grande aliénation vis-à-vis des citoyens à savoir Sparte. Dans cette cité qui est donc régie selon les lois de Lycurgue, très souvent cité par Rousseau dans son Contrat Social, la politique étrangère est répartie entre plusieurs institutions à savoir les deux rois de Sparte et les 5 éphores élus pour un an par l'assemblée du peuple. En théorie, la politique étrangère est une prérogative royal mais du fait du caractère partagé du pouvoir royal (les deux rois viennent d'une maison distincte), et de la responsabilité judiciaire du monarque devant les assemblées (qui peut aller jusqu'à la condamnation à mort), les éphores s'approprient au fur et à mesure le privilège de mise en oeuvre de la politique étrangère.
Deux constats s'imposent : le premier c'est que dès l'Antiquité, la participation directe des citoyens au processus décisionnel en politique étrangère est exclue mais les citoyens ont la capacité de nommer la ou les personnes responsables de la mise en oeuvre de la politique étrangère (archonte polémarque/stratège/éphore).
Le second constat c'est que la spécialisation en politique étrangère apparaît donc très tôt et semble consister en un héritage aristocratique (au sens de « gouvernement des meilleurs ») bien que les mécanismes de contrôle ne soient pas absents (responsabilité judiciaire du stratège et du roi).
Mais dans tous les cas, l'opinion publique ne dispose d'aucun moyen institutionnel direct pour faire entendre sa voix dans le processus décisionnel alors que comme le souligne Rousseau, les citoyens seront toujours les premiers à subir les coûts de la guerre.
A la même époque Platon semble obéir au même principe aristocratique de compétence lorsqu'il cherche un « philosophe-roi » en la personne de Denys le Jeune de Syracuse. Dès les prémisses de la philosophie politique, le principe de prérogative s'affirme.
En fait la prérogative institutionnelle en matière de politique étrangère apparaît très tôt dans l'histoire. En 682 av.J.C, lorsque l'oligarchie supplante la monarchie à Athènes, le pouvoir politique est réparti entre trois magistrats : les archontes : l'archonte-roi ou « basileus », l'archonte éponyme et surtout l'archonte polémarque qui exerce l'intégralité des fonctions militaires. Bien que cette charge fût annuelle, l'archonte n'avait pas à rendre compte de sa gestion, ce qui excluait donc toute possibilité d'intervention des citoyens dans le processus décisionnel. En 501 av J.C, Clisthène remplace cette charge par celle de « stratège » qui est élu démocratiquement et doit rendre compte de ses actes mensuellement à l'ecclésia. Mais très rapidement le commandement suprême est confié à un seul stratège qui peut monopoliser les pouvoirs politiques et militaires comme l'illustre un titre fréquemment appliqué à Périclès, celui de Stratège autokrator.
Paradoxalement la seule cité grecque à établir un gouvernement d'assemblée en matière de politique étrangère est justement celle qui s'est distinguée par sa plus grande aliénation vis-à-vis des citoyens à savoir Sparte. Dans cette cité qui est donc régie selon les lois de Lycurgue, très souvent cité par Rousseau dans son Contrat Social, la politique étrangère est répartie entre plusieurs institutions à savoir les deux rois de Sparte et les 5 éphores élus pour un an par l'assemblée du peuple. En théorie, la politique étrangère est une prérogative royal mais du fait du caractère partagé du pouvoir royal (les deux rois viennent d'une maison distincte), et de la responsabilité judiciaire du monarque devant les assemblées (qui peut aller jusqu'à la condamnation à mort), les éphores s'approprient au fur et à mesure le privilège de mise en oeuvre de la politique étrangère.
Deux constats s'imposent : le premier c'est que dès l'Antiquité, la participation directe des citoyens au processus décisionnel en politique étrangère est exclue mais les citoyens ont la capacité de nommer la ou les personnes responsables de la mise en oeuvre de la politique étrangère (archonte polémarque/stratège/éphore).
Le second constat c'est que la spécialisation en politique étrangère apparaît donc très tôt et semble consister en un héritage aristocratique (au sens de « gouvernement des meilleurs ») bien que les mécanismes de contrôle ne soient pas absents (responsabilité judiciaire du stratège et du roi).
Mais dans tous les cas, l'opinion publique ne dispose d'aucun moyen institutionnel direct pour faire entendre sa voix dans le processus décisionnel alors que comme le souligne Rousseau, les citoyens seront toujours les premiers à subir les coûts de la guerre.
A la même époque Platon semble obéir au même principe aristocratique de compétence lorsqu'il cherche un « philosophe-roi » en la personne de Denys le Jeune de Syracuse. Dès les prémisses de la philosophie politique, le principe de prérogative s'affirme.
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