Phénomène mafieux et criminalisation de la politique
Date de publication :
12/11/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
8 pages
Sommaire :
Sommaire
- L'interpénétration entre politique et crime, des pratiques collusives polymorphes
- L'infiltration du crime dans le politique ou la neutralisation de l'Etat
- Les abus de pouvoir ou quand la politique se criminalise
- La mafia et l'État
- Emergence de la mafia, un processus dans une coexistence avec l'État
- L'Etat criminel contre Etat idéal
- Instrumentalisation et imposition des notions
- Une approche déstabilisante
- Instrumentalisation des discours sur l'objet « mafia
Résumé :
Mafia et politique, voilà deux concepts en théorie contradictoires, mais dans les pratiques tout comme dans les mentalités collectives, ces deux notions sont perçues comme étroitement liées, voire indissociables l'une de l'autre.
Si dans les ressorts officiels, elles s'inscrivent dans une logique de confrontation avec d'un côté une mafia qui tenterait de déstabiliser et de contrôler l'Etat, la démocratie, les institutions,... et de l'autre, un Etat qui multiplierait les mesures de lutte anti-mafieuse, dans les ressorts officieux il s'agit d'une étape supplémentaire dans « l'échelle du pire », ajoutant à l'immoralité du clientélisme et à l'illégalité de la corruption, une dimension criminelle, une dangerosité sociale, d'autant plus que les structures mafieuses se servent de la corruption et du clientélisme pour atteindre le politique et réaliser ses buts.
Or, le mot « mafia » est lourd d'évocations fantasmatiques dans l'opinion publique, renforcé en cela par son aspect secret, souterrain, invisible. En fait, partant d'un mot sicilien dont l'origine n'est pas établie, signifiant au XVIè s. « vaillance », « courage », « sûreté de soi » et « arrogance », il va désigner des unions secrètes, puis vite évoluer vers une association secrète de malfaiteurs, et si certains chercheurs n'emploient ce terme que pour caractériser la Cosa Nostra, la plupart ont choisi d'universaliser cette notion et de l'appliquer à de multiples organisations criminelles opérant aux quatre coins du monde.
Attractif et équivoque, le mot « mafia » souffre de l'absence d'une définition qui fasse consensus.
A ce propos, la France, qui est dépourvue de mafias indigènes, ne propose pas de définition de la grande criminalité organisée. Quant à celle de l'ONU, adoptée lors de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée à Palerme en décembre 2000, elle est très laconique : « un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves, pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel ». Mais c'est celle de l'UE qui est la plus précise en fournissant onze caractéristiques 1) collaboration entre plus de deux personnes, 2) des tâches spécifiques attribuées à chacune d'elles 3) sur une période de temps assez longue ou indéterminée, 4) avec une forme de contrôle ou de discipline, 5) suspectées d'avoir commis des infractions pénales graves, 6) agissant au niveau international, 7) recourant à la violence ou d'autres moyens d'intimidation, 8) utilisant des structures commerciales ou de type commercial, 9) se livrant au blanchiment de l'argent, 10) exerçant une influence sur les milieux politiques, les médias, l'administration publique, le pouvoir judiciaire ou l'économie, 11) agissant pour le profit et/ou le pouvoir.
Face à ces ambivalences, il est nécessaire, pour clarifier l'analyse, d'adopter une définition précise et opérationnelle de la criminalité organisée, quitte à ce qu'elle soit arbitraire et restrictive. Il s'agit d'une organisation structurée, utilisant des moyens d'intimidation et recourant à diverses formes de crimes ou délits, devant nouer des contacts et/ou pénétrer les institutions politiques du pays ou les moyens d'administration locale, avec pour finalité la maximisation des profits et ressources ainsi que l'aspiration au pouvoir.
L'approche et l'infiltration du milieu politique représentent la forme la plus achevée d'organisation des éléments criminels-mafieux, distinguant les mafias des autres catégories de criminalité et d'associations de malfaiteurs. (en Russie, la criminalité s'identifie à une mafia dans la mesure où les « gangsters » sont liés à des cercles politiques nationaux)
Surtout, cela nous conduit à nous interroger sur la manière dont la sphère criminelle et la sphère politique s'interpénètrent, et nous demander si l'on peut parler de « criminalisation » du politique.
Pour cela, on va évoquer les collusions politico-mafieuses à travers deux trajectoires différentes, avant de voir les relations entre crime organisé, Etat et démocratie, pour enfin s'intéresser aux questions polémiques découlant de ces liens.
Si dans les ressorts officiels, elles s'inscrivent dans une logique de confrontation avec d'un côté une mafia qui tenterait de déstabiliser et de contrôler l'Etat, la démocratie, les institutions,... et de l'autre, un Etat qui multiplierait les mesures de lutte anti-mafieuse, dans les ressorts officieux il s'agit d'une étape supplémentaire dans « l'échelle du pire », ajoutant à l'immoralité du clientélisme et à l'illégalité de la corruption, une dimension criminelle, une dangerosité sociale, d'autant plus que les structures mafieuses se servent de la corruption et du clientélisme pour atteindre le politique et réaliser ses buts.
Or, le mot « mafia » est lourd d'évocations fantasmatiques dans l'opinion publique, renforcé en cela par son aspect secret, souterrain, invisible. En fait, partant d'un mot sicilien dont l'origine n'est pas établie, signifiant au XVIè s. « vaillance », « courage », « sûreté de soi » et « arrogance », il va désigner des unions secrètes, puis vite évoluer vers une association secrète de malfaiteurs, et si certains chercheurs n'emploient ce terme que pour caractériser la Cosa Nostra, la plupart ont choisi d'universaliser cette notion et de l'appliquer à de multiples organisations criminelles opérant aux quatre coins du monde.
Attractif et équivoque, le mot « mafia » souffre de l'absence d'une définition qui fasse consensus.
A ce propos, la France, qui est dépourvue de mafias indigènes, ne propose pas de définition de la grande criminalité organisée. Quant à celle de l'ONU, adoptée lors de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée à Palerme en décembre 2000, elle est très laconique : « un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves, pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel ». Mais c'est celle de l'UE qui est la plus précise en fournissant onze caractéristiques 1) collaboration entre plus de deux personnes, 2) des tâches spécifiques attribuées à chacune d'elles 3) sur une période de temps assez longue ou indéterminée, 4) avec une forme de contrôle ou de discipline, 5) suspectées d'avoir commis des infractions pénales graves, 6) agissant au niveau international, 7) recourant à la violence ou d'autres moyens d'intimidation, 8) utilisant des structures commerciales ou de type commercial, 9) se livrant au blanchiment de l'argent, 10) exerçant une influence sur les milieux politiques, les médias, l'administration publique, le pouvoir judiciaire ou l'économie, 11) agissant pour le profit et/ou le pouvoir.
Face à ces ambivalences, il est nécessaire, pour clarifier l'analyse, d'adopter une définition précise et opérationnelle de la criminalité organisée, quitte à ce qu'elle soit arbitraire et restrictive. Il s'agit d'une organisation structurée, utilisant des moyens d'intimidation et recourant à diverses formes de crimes ou délits, devant nouer des contacts et/ou pénétrer les institutions politiques du pays ou les moyens d'administration locale, avec pour finalité la maximisation des profits et ressources ainsi que l'aspiration au pouvoir.
L'approche et l'infiltration du milieu politique représentent la forme la plus achevée d'organisation des éléments criminels-mafieux, distinguant les mafias des autres catégories de criminalité et d'associations de malfaiteurs. (en Russie, la criminalité s'identifie à une mafia dans la mesure où les « gangsters » sont liés à des cercles politiques nationaux)
Surtout, cela nous conduit à nous interroger sur la manière dont la sphère criminelle et la sphère politique s'interpénètrent, et nous demander si l'on peut parler de « criminalisation » du politique.
Pour cela, on va évoquer les collusions politico-mafieuses à travers deux trajectoires différentes, avant de voir les relations entre crime organisé, Etat et démocratie, pour enfin s'intéresser aux questions polémiques découlant de ces liens.
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