Pierre Manent : Cours familier de philosophie politique (2005)
Date de publication :
12/10/2006
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
5 pages
Sommaire :
Sommaire
- Un affaiblissement des Eglises
- L'Etat et la société doivent approuver explicitement tout ce que je suis
- Comment notre corps politique réussit-il à préserver sa cohésion en dépit de la multiplication des séparations ?
Résumé :
La démocratie est une organisation de séparations. Il y a au moins six séparations : division du travail, séparation des pouvoirs, séparation Eglise/Etat, séparation société civile/Etat, séparation représenté/représentant, séparation faits/valeurs ou science/vie. La liberté moderne est fondée sur une organisation des séparations.
Il y a une division qui est reconnue dans les sociétés prédémocratiques, c'est la division gouvernants/gouvernés. La liberté du citoyen grec se définit par le fait que les rôles de celui qui commande et de celui qui obéit ne sont pas déterminés par la naissance. Chaque citoyen est tantôt commandant, tantôt commandé. Les citoyens grecs se rassemblent sur l'agora. Le civisme ancien est le contraire de la séparation. Comment la liberté moderne en est-elle venue à reposer sur un système de séparations ?
Pour Montesquieu, dans son ouvrage l'Esprit des lois, il y a deux séparations : celle entre les représentés et les représentants, et celle entre les pouvoirs (exécutif et législatif).
Dans Le désenchantement du monde, publié en 1985, Marcel Gauchet considère que nous sommes sortis d'un monde où la religion était structurante. On a affaire à un affaiblissement des Eglises : diminution de la pratique religieuse, baisse des vocations, dépérissement de l'autorité, transformation du sens de la religion pour les adeptes eux-mêmes. Aux yeux des fidèles, les Eglises n'ont plus vraiment l'autorité pour déterminer les croyances, encore moins pour orienter les choix politiques ou régler les moeurs. Le croyant, dans sa vie, vise autre chose qu'une vérité objective universelle, une vérité à laquelle tous les hommes devraient croire. Il la choisit plutôt pour se choisir lui-même. Il ne cherche pas à convertir les autres. L'« apologétique » a pour ainsi dire disparu du discours religieux contemporain. Mais il n'admet guère que l'on argumente contre elle, il veut qu'on la respecte, car toute critique contre la religion devient une critique contre sa personne. La République représentait l'autonomie collective face à la religion. Maintenant que la religion est absorbée par et dans la démocratie, la République a perdu l'adversaire qui lui donnait du sens. L'individu démocratique a donc conquis son autonomie complète, mais peut-être stérile, car les questions les plus décisives, les plus intéressantes pour l'homme, celle de la vérité religieuse ou philosophique ont été écartées.
Il y a une division qui est reconnue dans les sociétés prédémocratiques, c'est la division gouvernants/gouvernés. La liberté du citoyen grec se définit par le fait que les rôles de celui qui commande et de celui qui obéit ne sont pas déterminés par la naissance. Chaque citoyen est tantôt commandant, tantôt commandé. Les citoyens grecs se rassemblent sur l'agora. Le civisme ancien est le contraire de la séparation. Comment la liberté moderne en est-elle venue à reposer sur un système de séparations ?
Pour Montesquieu, dans son ouvrage l'Esprit des lois, il y a deux séparations : celle entre les représentés et les représentants, et celle entre les pouvoirs (exécutif et législatif).
Dans Le désenchantement du monde, publié en 1985, Marcel Gauchet considère que nous sommes sortis d'un monde où la religion était structurante. On a affaire à un affaiblissement des Eglises : diminution de la pratique religieuse, baisse des vocations, dépérissement de l'autorité, transformation du sens de la religion pour les adeptes eux-mêmes. Aux yeux des fidèles, les Eglises n'ont plus vraiment l'autorité pour déterminer les croyances, encore moins pour orienter les choix politiques ou régler les moeurs. Le croyant, dans sa vie, vise autre chose qu'une vérité objective universelle, une vérité à laquelle tous les hommes devraient croire. Il la choisit plutôt pour se choisir lui-même. Il ne cherche pas à convertir les autres. L'« apologétique » a pour ainsi dire disparu du discours religieux contemporain. Mais il n'admet guère que l'on argumente contre elle, il veut qu'on la respecte, car toute critique contre la religion devient une critique contre sa personne. La République représentait l'autonomie collective face à la religion. Maintenant que la religion est absorbée par et dans la démocratie, la République a perdu l'adversaire qui lui donnait du sens. L'individu démocratique a donc conquis son autonomie complète, mais peut-être stérile, car les questions les plus décisives, les plus intéressantes pour l'homme, celle de la vérité religieuse ou philosophique ont été écartées.
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