La politique lyonnaise des transports sous l'Ancien Régime
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mémoire
publié le 25/07/2008
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niveau : avancé
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Résumé
« Lespace est lexpression de pratiques et de liaisons multiples, matérialisées par des flux dhommes, de marchandises, de capitaux ou dinformation. Les villes sont parties intégrantes de cet espace : elles en subissent les configurations et contribuent en même temps à le structurer. Avant lutilisation des moyens de transmission électrique, ces relations interurbaines supposent le cheminement effectif des choses et des hommes. On comprend que létude du réseau des transports intérieurs, par lequel il sopère, vienne vite à lordre du jour. »
Pourtant, si lhistoriographie de lépoque moderne sest intéressée aux réseaux de villes à la suite des études de Bernard Lepetit, les transports, véritables constituants de ces réseaux, pâtissent dune bibliographie maigre qui leur est consacrée. Cette carence des études sur les transports en France est due à plusieurs raisons : tout dabord la révolution dans les transports qua entraîné le développement du chemin de fer au XIXème siècle a en partie éclipsé les études centrées sur les voies de terre et les voies deau durant ce siècle, et rétrospectivement, durant les siècles précédents ; ensuite les données quantitatives manquent pour livrer un tableau exhaustif de létat des routes avant 1789 ; enfin il est difficile délaborer une synthèse à propos dun réseau routier très hétérogène durant lancien Régime, entre les routes entretenues qui partent de Paris vers les capitales régionales, et les routes souvent négligées, cahoteuses, qui relient les différentes parties de chaque province : « Lespace est éclaté en systèmes régionaux de circulation plus ou moins élaborés », au sein desquels une logique à léchelle nationale tarde à se manifester.
Car dans les réflexions sur les transports, les intérêts locaux priment souvent, et lon ne cherche alors pas à donner à une route une fonction plus importante que la simple liaison quelle établit entre deux bourgs environnants, pour le passage des hommes et des bêtes. Pourtant, la municipalité de Lyon est très tôt confrontée au problème des transports en raison de la place commerciale que la ville rhodanienne constitue, et qui réclame une circulation fluide et rapide des marchandises pour la prospérité de la cité. Car « Lyon est une ville triple au point de convergence des trois secteurs : méditerranéen, septentrional, français. Ville méditerranéenne, ville nordique, ville française par les horizons de son commerce, par les trafics dont elle se nourrit » , et cette position géographique la favorise très largement pour intégrer les différents courants déchanges qui parcourent la France durant lancien Régime, en raison de son appartenance simultanée à différents espaces économiques. Il est ainsi dautant plus nécessaire pour la ville de ne pas perdre cet atout et dentretenir une accessibilité aisée.
En effet, « De lespace économique de Lyon et de ses foires les routes sont larmature. Elles lui donnent sa cohésion et son unité et, pour tout dire en un mot, son existence. » Au XVIème siècle déjà, environ 1000 à 1500 tonnes de marchandises doivent être apportées à Lyon à chaque foire, et ceci quatre fois par an, mais la ville peut également sappuyer sur son histoire et sur son expérience pluriséculaire pour assurer un réseau de voies deau et de terre relativement dense : dès la période romaine, Lugdunum est dotée de routes par Agrippa vers la Narbonnaise, lAquitaine, lOcéan et le Rhin, et la ville commande le passage de la Saône.
Etudier les transports à Lyon sous lancien Régime, cest-à-dire du XVIème au XVIIIème siècle, permet ainsi denvisager comment la ville, place de commerce majeure au XVème siècle, voit peu à peu sa position contestée dans le domaine du négoce, et entre dans le XVIIIème siècle, siècle des théories sur la circulation des marchandises, et notamment celles de penseurs anglais tels quAdam Smith en Angleterre, qui postule que léchange est la clé de voûte du développement économique. Cest donc une période denjeux économiques, durant laquelle les transports évoluent aussi bien dans les mentalités que matériellement, avec lélaboration lente et progressive, parfois hasardeuse, dun réseau routier, « l'amorce du passage [ ] d'un ordre hiérarchique d'espaces coagulés autour des métropoles provinciales vers une carte nationale mieux réticulée avec réseaux et couloirs de circulation plus ouverts. »
A propos du concept de « route », Richard Gascon écrit :
« Appliqué au XVIème siècle, le mot « route » est trompeur. Il évoque limage de ces longs rubans déroulés à travers nos pays, solides sur leurs assises, fixes et précis dans leur tracé. Cest la route construite et administrée qui postule un état économique et politique à un degré avancé dévolution. Elle est le signe dun progrès qui, précisément, commence timidement à se dessiner au XVIème siècle et qui, pour un long temps encore, restera lent, coupé dinterruptions, de reculs. Les grands chemins étaient moins des routes bâties et entretenues que des itinéraires dont la viabilité inégale restait toujours, dans son ensemble, médiocre. Limportance des échanges, la fréquence des voyages, en faisaient plus que de simples pistes. De grandes lignes se dessinaient appuyées sur des points fixes : ponts, gués, passages obligatoires des péages ou de la législation douanière, lieux de transbordement entre voies de terre et voies deau. »
Ainsi des étapes sur tout trajet existent, quil est nécessaire de franchir, mais le reste de la trajectoire reste lâche, soumis aux préférences de chacun par la capillarité des routes tracées au fil du temps par lusage quotidien des voyageurs. Aussi le terme de réseau peut-il presque paraître anachronique au XVIème siècle tant ce concept nest pas encore pensé par les contemporains de cette période. Létat des chemins, au début de lancien Régime, oscille entre la piste marquée par le piétinement des bêtes et la route moderne, tandis que les voies navigables nassurent quun drainage linéaire de lespace, « forme la plus élémentaire des réseaux de transport » , ainsi ces trois siècles qui se succèdent voient une évolution déterminante de la question même des transports à travers la pensée que lon se fait du réseau, jusquau XVIIIème siècle durant laquelle démarre « La Révolution routière ». La municipalité lyonnaise et plus particulièrement le Consulat, acteurs de leur temps, et puisquils possèdent une partie du pouvoir décisionnel en matière de transports à Lyon, participent à lélaboration de ce réseau, à leur échelle, soumis aux revendications des bourgeois de la ville et aux intérêts économiques de celle-ci. Ce nest quavec la Révolution Française que le Consulat cède ses responsabilités en matière de transports, mais avant cela, les trois siècles de lancien Régime ne sont pas de trop pour la lente élaboration dun réseau routier autour de Lyon, aux enjeux aussi bien régionaux quinternationaux.
Ainsi, le Consulat lyonnais a-t-il eu une réelle cohérence et une vision globale dans sa politique des transports ? Y-a-t-il eu des particularités à propos de la ville de Lyon, en tant que grande place de commerce ? Quel impact la politique des transports menée a-t-elle eu sur léconomie lyonnaise ? Une échelle en particulier fut-elle favorisée ?
En premier lieu, il semble nécessaire de sattacher particulièrement à étudier la distribution des rôles et des fonctions qui a lieu au sein de la municipalité de Lyon. Qui possède le pouvoir décisionnel ? Pour cela, il est également important danalyser la composition sociale des membres des institutions municipales, et plus particulièrement du Consulat, qui domine la période par son influence. Ainsi il faut sattacher à voir si les membres du Consulat possèdent un intérêt particulier pour les transports, par leur métier ou leur position sociale, notamment en ce qui concerne les marchands ; ou si des groupes extérieurs mais directement intéressés par les transports peuvent également exercer une quelconque pression sur la municipalité. De plus, le rapport du Consulat vis-à-vis des transports est lié à la vision quil possède du rôle que les transports ont à jouer dans le développement et la prospérité de la ville en général, et du commerce en particulier, par la circulation des marchandises. Le Consulat laisse-t-il la responsabilité de la politique des transports aux agents du Roi ? Ou cherche-t-il lui-même à en assumer la charge ? Cette question mène alors directement au financement des routes, des ponts, car qui assume la responsabilité des transports lyonnais doit pouvoir en assumer les coûts. Il revient alors au Consulat de devoir chercher des sources de revenus à travers notamment les péages, les droits dentrée.
En second lieu, il faut sattarder sur les conséquences matérielles que laction du Consulat et de la politique lyonnaise des transports entraîne sur le terrain. Ainsi, sur un plan strictement physique, la ville de Lyon doit composer avec sa position géographique, avec les influences topographiques, climatiques, pour bâtir des routes, aménager des voies deau, et organiser les modes de transport à mesure que la technique et la rationalisation du réseau progressent. Ce sont donc la construction et lentretien des routes qui retiennent ici lattention, mais également les projets de route abandonnés, et la mise en perspective de lélaboration du réseau lyonnais au sein du royaume.
Enfin, en dernier lieu, une typologie simpose pour faire varier les échelles et voir les changements denjeux économiques et politiques que cela entraîne à chacune delles. Tout dabord à léchelle de la province, la question porte sur létat des routes et la possible négligence quon porte à leur entretien, leur préférant les routes nationales ; mais aussi sur les interactions qui se produisent entre la capitale régionale quest Lyon, le reste du Lyonnais, et les provinces environnantes : par exemple lapprovisionnement de la ville de Lyon par les campagnes alentour, mais également le rôle que joue Lyon pour son arrière-pays : possède-t-il un rôle-moteur pour léconomie par le trafic quil draine, ou au contraire vampirise-t-il ce trafic et handicape-t-il le reste de la région, par un effet-tunnel ? A une échelle moins fine, celle du royaume, lintérêt porte sur la place que cherche à occuper Lyon parmi les autres grandes villes : Marseille, Paris, Tours, etc. Relation de coopération, mais également relation de concurrence, de rivalité, Lyon perd peu à peu en influence au cours de lancien Régime et doit composer avec ce déclin. Et finalement, à léchelle européenne, Lyon a un rôle indéniable à jouer mais la confusion peut porter sur, justement, le type de rôle : Centre européen ? Carrefour européen ? Ou cul-de-sac ? Ces trois échelles permettent, à tour de rôle, desquisser la position de Lyon dans les différents réseaux quil occupe en partie.
Etat des sources :
En ce qui concerne la méthodologie employée pour la rédaction de ce mémoire, la première source dinformation reste avant tout les actes consulaires conservés aux archives municipales de Lyon, série BB, à partir de la cote 035, qui marque le début de lannée 1515, et ceci chronologiquement jusquà la cote 348, qui représente lannée 1789. Le contenu est avant tout politique et administratif, ce qui permet de cerner la pensée du Consulat à propos de la circulation des marchandises et des transports en général. Cette série abonde en textes sur les ponts, ces ouvrages étant intéressants car incarnant matériellement un support des transports, et constituant le prolongement des routes. Mais les députations sont également signalées, textes riches en enseignement car ils donnent loccasion dun argumentaire à propos des causes de ces déplacements, parfois en raison de conflits dintérêts à propos de linstauration dune nouvelle route ou de linstallation dun nouveau pont dans le royaume.
La série DD quant à elle contient entre autres différents projets de routes élaborés par des ingénieurs ainsi que la correspondance qui sy rapporte, riche denseignements pour déterminer le rôle que joue chaque instance dirigeante dans le domaine des transports ; mais également des textes sur les corvées, les chemins et les grandes routes ; ou sur les portes, barrières et chaînes de la ville.
De manière plus secondaire enfin, la série HH sattache plus particulièrement à lorganisation des foires, mais également à la bonne tenue des postes, des messageries ou encore des diligences.
Les archives nationales ont quant à elles fourni une partie de liconographie de ce mémoire, et particulièrement notamment la collection des atlas de Trudaine pour la généralité de Lyon, au XVIIIème siècle.
Enfin les travaux de plusieurs historiens ont été déterminants dans la rédaction du mémoire, et tout particulièrement ceux de Bernard Lepetit pour les concepts employés tout au long du développement, empruntés aux ouvrages Les Villes dans la France moderne (1740-1840) et Chemins de terre et voies deau. Réseaux de transport et organisation de lespace en France (1740-1840) ; ainsi que les travaux de Richard Gascon pour la focalisation sur la ville de Lyon et son étude sur le commerce lyonnais au XVIème siècle dans louvrage Grand Commerce et Vie urbaine au XVIe siècle. Lyon et ses marchands. Létude des transports a également donné lieu à un certain nombre douvrages sur lesquels ce mémoire sest appuyé, à linstar de La Route française au XVIIIème siècle. Son histoire. Sa fonction. Etude de géographie humaine dHenri Cavaillès, mais également au colloque sous la direction de Denis Woronoff en 1998 à propos de la Circulation des marchandises dans la France de l'ancien Régime. Tous les ouvrages qui ont nourri ce mémoire seraient trop nombreux à citer, mais ils ne manquent pas dêtre sollicités au cours du développement.
Ainsi, la première partie porte sur lintérêt porté par le Consulat pour les transports et son champ de compétence vis-à-vis de ceux-ci ; la seconde partie sintéresse aux aspects matériels des transports tels que les voies de terre, voie deau et moyens de transports ; tandis que la troisième et dernière partie dresse une typologie du réseau des transports lyonnais aux échelles régionale, nationale et européenne.
Pourtant, si lhistoriographie de lépoque moderne sest intéressée aux réseaux de villes à la suite des études de Bernard Lepetit, les transports, véritables constituants de ces réseaux, pâtissent dune bibliographie maigre qui leur est consacrée. Cette carence des études sur les transports en France est due à plusieurs raisons : tout dabord la révolution dans les transports qua entraîné le développement du chemin de fer au XIXème siècle a en partie éclipsé les études centrées sur les voies de terre et les voies deau durant ce siècle, et rétrospectivement, durant les siècles précédents ; ensuite les données quantitatives manquent pour livrer un tableau exhaustif de létat des routes avant 1789 ; enfin il est difficile délaborer une synthèse à propos dun réseau routier très hétérogène durant lancien Régime, entre les routes entretenues qui partent de Paris vers les capitales régionales, et les routes souvent négligées, cahoteuses, qui relient les différentes parties de chaque province : « Lespace est éclaté en systèmes régionaux de circulation plus ou moins élaborés », au sein desquels une logique à léchelle nationale tarde à se manifester.
Car dans les réflexions sur les transports, les intérêts locaux priment souvent, et lon ne cherche alors pas à donner à une route une fonction plus importante que la simple liaison quelle établit entre deux bourgs environnants, pour le passage des hommes et des bêtes. Pourtant, la municipalité de Lyon est très tôt confrontée au problème des transports en raison de la place commerciale que la ville rhodanienne constitue, et qui réclame une circulation fluide et rapide des marchandises pour la prospérité de la cité. Car « Lyon est une ville triple au point de convergence des trois secteurs : méditerranéen, septentrional, français. Ville méditerranéenne, ville nordique, ville française par les horizons de son commerce, par les trafics dont elle se nourrit » , et cette position géographique la favorise très largement pour intégrer les différents courants déchanges qui parcourent la France durant lancien Régime, en raison de son appartenance simultanée à différents espaces économiques. Il est ainsi dautant plus nécessaire pour la ville de ne pas perdre cet atout et dentretenir une accessibilité aisée.
En effet, « De lespace économique de Lyon et de ses foires les routes sont larmature. Elles lui donnent sa cohésion et son unité et, pour tout dire en un mot, son existence. » Au XVIème siècle déjà, environ 1000 à 1500 tonnes de marchandises doivent être apportées à Lyon à chaque foire, et ceci quatre fois par an, mais la ville peut également sappuyer sur son histoire et sur son expérience pluriséculaire pour assurer un réseau de voies deau et de terre relativement dense : dès la période romaine, Lugdunum est dotée de routes par Agrippa vers la Narbonnaise, lAquitaine, lOcéan et le Rhin, et la ville commande le passage de la Saône.
Etudier les transports à Lyon sous lancien Régime, cest-à-dire du XVIème au XVIIIème siècle, permet ainsi denvisager comment la ville, place de commerce majeure au XVème siècle, voit peu à peu sa position contestée dans le domaine du négoce, et entre dans le XVIIIème siècle, siècle des théories sur la circulation des marchandises, et notamment celles de penseurs anglais tels quAdam Smith en Angleterre, qui postule que léchange est la clé de voûte du développement économique. Cest donc une période denjeux économiques, durant laquelle les transports évoluent aussi bien dans les mentalités que matériellement, avec lélaboration lente et progressive, parfois hasardeuse, dun réseau routier, « l'amorce du passage [ ] d'un ordre hiérarchique d'espaces coagulés autour des métropoles provinciales vers une carte nationale mieux réticulée avec réseaux et couloirs de circulation plus ouverts. »
A propos du concept de « route », Richard Gascon écrit :
« Appliqué au XVIème siècle, le mot « route » est trompeur. Il évoque limage de ces longs rubans déroulés à travers nos pays, solides sur leurs assises, fixes et précis dans leur tracé. Cest la route construite et administrée qui postule un état économique et politique à un degré avancé dévolution. Elle est le signe dun progrès qui, précisément, commence timidement à se dessiner au XVIème siècle et qui, pour un long temps encore, restera lent, coupé dinterruptions, de reculs. Les grands chemins étaient moins des routes bâties et entretenues que des itinéraires dont la viabilité inégale restait toujours, dans son ensemble, médiocre. Limportance des échanges, la fréquence des voyages, en faisaient plus que de simples pistes. De grandes lignes se dessinaient appuyées sur des points fixes : ponts, gués, passages obligatoires des péages ou de la législation douanière, lieux de transbordement entre voies de terre et voies deau. »
Ainsi des étapes sur tout trajet existent, quil est nécessaire de franchir, mais le reste de la trajectoire reste lâche, soumis aux préférences de chacun par la capillarité des routes tracées au fil du temps par lusage quotidien des voyageurs. Aussi le terme de réseau peut-il presque paraître anachronique au XVIème siècle tant ce concept nest pas encore pensé par les contemporains de cette période. Létat des chemins, au début de lancien Régime, oscille entre la piste marquée par le piétinement des bêtes et la route moderne, tandis que les voies navigables nassurent quun drainage linéaire de lespace, « forme la plus élémentaire des réseaux de transport » , ainsi ces trois siècles qui se succèdent voient une évolution déterminante de la question même des transports à travers la pensée que lon se fait du réseau, jusquau XVIIIème siècle durant laquelle démarre « La Révolution routière ». La municipalité lyonnaise et plus particulièrement le Consulat, acteurs de leur temps, et puisquils possèdent une partie du pouvoir décisionnel en matière de transports à Lyon, participent à lélaboration de ce réseau, à leur échelle, soumis aux revendications des bourgeois de la ville et aux intérêts économiques de celle-ci. Ce nest quavec la Révolution Française que le Consulat cède ses responsabilités en matière de transports, mais avant cela, les trois siècles de lancien Régime ne sont pas de trop pour la lente élaboration dun réseau routier autour de Lyon, aux enjeux aussi bien régionaux quinternationaux.
Ainsi, le Consulat lyonnais a-t-il eu une réelle cohérence et une vision globale dans sa politique des transports ? Y-a-t-il eu des particularités à propos de la ville de Lyon, en tant que grande place de commerce ? Quel impact la politique des transports menée a-t-elle eu sur léconomie lyonnaise ? Une échelle en particulier fut-elle favorisée ?
En premier lieu, il semble nécessaire de sattacher particulièrement à étudier la distribution des rôles et des fonctions qui a lieu au sein de la municipalité de Lyon. Qui possède le pouvoir décisionnel ? Pour cela, il est également important danalyser la composition sociale des membres des institutions municipales, et plus particulièrement du Consulat, qui domine la période par son influence. Ainsi il faut sattacher à voir si les membres du Consulat possèdent un intérêt particulier pour les transports, par leur métier ou leur position sociale, notamment en ce qui concerne les marchands ; ou si des groupes extérieurs mais directement intéressés par les transports peuvent également exercer une quelconque pression sur la municipalité. De plus, le rapport du Consulat vis-à-vis des transports est lié à la vision quil possède du rôle que les transports ont à jouer dans le développement et la prospérité de la ville en général, et du commerce en particulier, par la circulation des marchandises. Le Consulat laisse-t-il la responsabilité de la politique des transports aux agents du Roi ? Ou cherche-t-il lui-même à en assumer la charge ? Cette question mène alors directement au financement des routes, des ponts, car qui assume la responsabilité des transports lyonnais doit pouvoir en assumer les coûts. Il revient alors au Consulat de devoir chercher des sources de revenus à travers notamment les péages, les droits dentrée.
En second lieu, il faut sattarder sur les conséquences matérielles que laction du Consulat et de la politique lyonnaise des transports entraîne sur le terrain. Ainsi, sur un plan strictement physique, la ville de Lyon doit composer avec sa position géographique, avec les influences topographiques, climatiques, pour bâtir des routes, aménager des voies deau, et organiser les modes de transport à mesure que la technique et la rationalisation du réseau progressent. Ce sont donc la construction et lentretien des routes qui retiennent ici lattention, mais également les projets de route abandonnés, et la mise en perspective de lélaboration du réseau lyonnais au sein du royaume.
Enfin, en dernier lieu, une typologie simpose pour faire varier les échelles et voir les changements denjeux économiques et politiques que cela entraîne à chacune delles. Tout dabord à léchelle de la province, la question porte sur létat des routes et la possible négligence quon porte à leur entretien, leur préférant les routes nationales ; mais aussi sur les interactions qui se produisent entre la capitale régionale quest Lyon, le reste du Lyonnais, et les provinces environnantes : par exemple lapprovisionnement de la ville de Lyon par les campagnes alentour, mais également le rôle que joue Lyon pour son arrière-pays : possède-t-il un rôle-moteur pour léconomie par le trafic quil draine, ou au contraire vampirise-t-il ce trafic et handicape-t-il le reste de la région, par un effet-tunnel ? A une échelle moins fine, celle du royaume, lintérêt porte sur la place que cherche à occuper Lyon parmi les autres grandes villes : Marseille, Paris, Tours, etc. Relation de coopération, mais également relation de concurrence, de rivalité, Lyon perd peu à peu en influence au cours de lancien Régime et doit composer avec ce déclin. Et finalement, à léchelle européenne, Lyon a un rôle indéniable à jouer mais la confusion peut porter sur, justement, le type de rôle : Centre européen ? Carrefour européen ? Ou cul-de-sac ? Ces trois échelles permettent, à tour de rôle, desquisser la position de Lyon dans les différents réseaux quil occupe en partie.
Etat des sources :
En ce qui concerne la méthodologie employée pour la rédaction de ce mémoire, la première source dinformation reste avant tout les actes consulaires conservés aux archives municipales de Lyon, série BB, à partir de la cote 035, qui marque le début de lannée 1515, et ceci chronologiquement jusquà la cote 348, qui représente lannée 1789. Le contenu est avant tout politique et administratif, ce qui permet de cerner la pensée du Consulat à propos de la circulation des marchandises et des transports en général. Cette série abonde en textes sur les ponts, ces ouvrages étant intéressants car incarnant matériellement un support des transports, et constituant le prolongement des routes. Mais les députations sont également signalées, textes riches en enseignement car ils donnent loccasion dun argumentaire à propos des causes de ces déplacements, parfois en raison de conflits dintérêts à propos de linstauration dune nouvelle route ou de linstallation dun nouveau pont dans le royaume.
La série DD quant à elle contient entre autres différents projets de routes élaborés par des ingénieurs ainsi que la correspondance qui sy rapporte, riche denseignements pour déterminer le rôle que joue chaque instance dirigeante dans le domaine des transports ; mais également des textes sur les corvées, les chemins et les grandes routes ; ou sur les portes, barrières et chaînes de la ville.
De manière plus secondaire enfin, la série HH sattache plus particulièrement à lorganisation des foires, mais également à la bonne tenue des postes, des messageries ou encore des diligences.
Les archives nationales ont quant à elles fourni une partie de liconographie de ce mémoire, et particulièrement notamment la collection des atlas de Trudaine pour la généralité de Lyon, au XVIIIème siècle.
Enfin les travaux de plusieurs historiens ont été déterminants dans la rédaction du mémoire, et tout particulièrement ceux de Bernard Lepetit pour les concepts employés tout au long du développement, empruntés aux ouvrages Les Villes dans la France moderne (1740-1840) et Chemins de terre et voies deau. Réseaux de transport et organisation de lespace en France (1740-1840) ; ainsi que les travaux de Richard Gascon pour la focalisation sur la ville de Lyon et son étude sur le commerce lyonnais au XVIème siècle dans louvrage Grand Commerce et Vie urbaine au XVIe siècle. Lyon et ses marchands. Létude des transports a également donné lieu à un certain nombre douvrages sur lesquels ce mémoire sest appuyé, à linstar de La Route française au XVIIIème siècle. Son histoire. Sa fonction. Etude de géographie humaine dHenri Cavaillès, mais également au colloque sous la direction de Denis Woronoff en 1998 à propos de la Circulation des marchandises dans la France de l'ancien Régime. Tous les ouvrages qui ont nourri ce mémoire seraient trop nombreux à citer, mais ils ne manquent pas dêtre sollicités au cours du développement.
Ainsi, la première partie porte sur lintérêt porté par le Consulat pour les transports et son champ de compétence vis-à-vis de ceux-ci ; la seconde partie sintéresse aux aspects matériels des transports tels que les voies de terre, voie deau et moyens de transports ; tandis que la troisième et dernière partie dresse une typologie du réseau des transports lyonnais aux échelles régionale, nationale et européenne.
Sommaire
- Le Consulat et les transports : conflits d'intérêts et champs de compétences
- Le Consulat et la politique communale lyonnaise
- La place du Consulat dans les transports lyonnais
- Les acteurs de la politique lyonnaise des transports extérieurs au Consulat
- Le coût des transports et son financement par le Consulat
- Voies de communication et moyens de transport à Lyon
- La géographie de l'espace lyonnais en rapport avec les transports
- Les transports par voie d'eau
- Les transports par voie de terre
- Le réseau de transports lyonnais à différentes échelles : une typologie
- Lyon et son arrière-pays
- Lyon au sein du royaume français
- La place de Lyon à l'échelle européenne
