Le principe dannualité est-il utile ?
9.95€
exposé
publié le 09/11/2008
avis client : non évalué
niveau : expert
consulté 0 fois
Résumé
La loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001 était dictée « par deux objectifs affichés, voire prophétisés : moderniser la gestion publique pour réformer lEtat et rénover le Parlement dans la procédure budgétaire. Il ne sagissait donc pas là dun projet iconoclaste, mais dune ambition héritée de vingt rois, de deux empires et de cinq républiques » comme la affirmé Didier Migaud, député, auteur de la proposition de la loi organique, membre de la Commission des Finances de lAssemblée Nationale.
Cette loi organique relative aux lois de finances, ou LOLF est considérée comme la « Constitution financière » de la France. Cette loi organique apparaît comme la charpente des finances publiques. En tant que constitution, celle-ci énonce lensemble des grands principes qui vont régir le droit budgétaire : le principe dannualité, de spécificité, dunité, duniversalité et de sincérité. Ces principes, notamment celui de lannualité, sont le fruit de lhistoire. Ce principe est considéré, les finances publiques au sens large, comme étant à lorigine de la démocratie moderne et de la naissance du parlementarisme.
En France, pays qui nous intéresse particulièrement, la coutume a conduit à la réunion des Etats Généraux. A partir de 1302, le roi Philippe le Bel fait appel à eux dès quil se trouve dans lobligation de créer des impôts supplémentaires, et particulièrement lourds, en raison dune guerre. La Guerre de Cent Ans a institutionnalisé cette habitude de réunir les Etats Généraux. En 1614, les Parlements affirment clairement leur volonté de faire librement voter limpôt par les représentants de la nation. Louis XIV, Louis XV puis Louis XVI écouteront leur demande tout en réaffirmant que cest le « Conseil royal des finances et doit répartir les fonds publics et doit vérifier les dépenses tous les ans au mois de janvier » . Pour montrer son pouvoir, le roi ne réunira plus les Etats Généraux entre 1660 et 1789, année où Louis XVI, face à la situation financière désastreuse de la France, sera obligé dy revenir.
La Révolution française va marquer les prémices dun grand tournant. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dans son article 14, va ériger le principe du consentement annuel à limpôt, duquel découle le principe dannualité budgétaire. Ce principe de lannualité sera repris par la Constituante de 1791, puis par les régimes successifs, notamment sous le règne de Napoléon . Le pouvoir de décision, en matière de finances publiques, passe alors du pouvoir exécutif au pouvoir législatif.
Malgré tout, il faudra attendre la Restauration pour que le principe dannualité soit effectif, et ce, avec la loi de finances du 26 mai 1817. Cette règle de lannualité ne sera que formulée expressément par les règlements généraux sur la comptabilité publique des 31 mai 1838 et 1862. Lordonnance de 1959 consacrera le principe dans ses articles 2 et 16.
Le principe dannualité sest fondé sur trois raisons. Une raison historique tout dabord. En effet, aux 18e et 19e siècles, lagriculture a constitué le centre de lactivité économique, activité soumise au rythme annuel sur lequel le cycle économique sest tout naturellement calqué. Une raison politique ensuite. Lautorisation et le contrôle parlementaire doivent seffectuer périodiquement et la période dun an apparut efficace. Une raison technique enfin. Le budget de lEtat étant réalisé sur des prévisions, il fallait une période raisonnable pour effectuer des prévisions précises. Lannualité apparaît alors fortement utile. De ce fait, la LOLF, qui est née de la volonté de donner un cadre plus légitime aux finances publiques, a, à son tour, réaffirmé dans son article 6 le principe dannualité budgétaire.
Malgré tout, malgré cette apparente utilité, lagriculture nest plus le centre dactivité économique de la France. Il convient alors de sinterroger sur son utilité actuelle. Si utile, selon le dictionnaire Larousse, est lusage « qui est ou peut être avantageux pour quelquun ou qui satisfait un besoin » , et que lannualité est « la règle en vertu de laquelle les budgets des organismes publics sont votés pour une période dune année qui, en France, coïncide avec lannée civile », se poserait alors la question de savoir si le vote du budget pour un an est avantageux et satisfait à un besoin.
Cest afin de mieux cerner le sujet et de voir en quoi le principe dannualité permet dassurer une bonne gestion des deniers publics, que nous verrons tout dabord que lannualité est nécessaire pour permettre lexercice dune meilleure intervention du Parlement (I) mais que malgré tout cette annualité peut être insuffisante pour assurer lefficacité des finances publiques (II).
Cette loi organique relative aux lois de finances, ou LOLF est considérée comme la « Constitution financière » de la France. Cette loi organique apparaît comme la charpente des finances publiques. En tant que constitution, celle-ci énonce lensemble des grands principes qui vont régir le droit budgétaire : le principe dannualité, de spécificité, dunité, duniversalité et de sincérité. Ces principes, notamment celui de lannualité, sont le fruit de lhistoire. Ce principe est considéré, les finances publiques au sens large, comme étant à lorigine de la démocratie moderne et de la naissance du parlementarisme.
En France, pays qui nous intéresse particulièrement, la coutume a conduit à la réunion des Etats Généraux. A partir de 1302, le roi Philippe le Bel fait appel à eux dès quil se trouve dans lobligation de créer des impôts supplémentaires, et particulièrement lourds, en raison dune guerre. La Guerre de Cent Ans a institutionnalisé cette habitude de réunir les Etats Généraux. En 1614, les Parlements affirment clairement leur volonté de faire librement voter limpôt par les représentants de la nation. Louis XIV, Louis XV puis Louis XVI écouteront leur demande tout en réaffirmant que cest le « Conseil royal des finances et doit répartir les fonds publics et doit vérifier les dépenses tous les ans au mois de janvier » . Pour montrer son pouvoir, le roi ne réunira plus les Etats Généraux entre 1660 et 1789, année où Louis XVI, face à la situation financière désastreuse de la France, sera obligé dy revenir.
La Révolution française va marquer les prémices dun grand tournant. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dans son article 14, va ériger le principe du consentement annuel à limpôt, duquel découle le principe dannualité budgétaire. Ce principe de lannualité sera repris par la Constituante de 1791, puis par les régimes successifs, notamment sous le règne de Napoléon . Le pouvoir de décision, en matière de finances publiques, passe alors du pouvoir exécutif au pouvoir législatif.
Malgré tout, il faudra attendre la Restauration pour que le principe dannualité soit effectif, et ce, avec la loi de finances du 26 mai 1817. Cette règle de lannualité ne sera que formulée expressément par les règlements généraux sur la comptabilité publique des 31 mai 1838 et 1862. Lordonnance de 1959 consacrera le principe dans ses articles 2 et 16.
Le principe dannualité sest fondé sur trois raisons. Une raison historique tout dabord. En effet, aux 18e et 19e siècles, lagriculture a constitué le centre de lactivité économique, activité soumise au rythme annuel sur lequel le cycle économique sest tout naturellement calqué. Une raison politique ensuite. Lautorisation et le contrôle parlementaire doivent seffectuer périodiquement et la période dun an apparut efficace. Une raison technique enfin. Le budget de lEtat étant réalisé sur des prévisions, il fallait une période raisonnable pour effectuer des prévisions précises. Lannualité apparaît alors fortement utile. De ce fait, la LOLF, qui est née de la volonté de donner un cadre plus légitime aux finances publiques, a, à son tour, réaffirmé dans son article 6 le principe dannualité budgétaire.
Malgré tout, malgré cette apparente utilité, lagriculture nest plus le centre dactivité économique de la France. Il convient alors de sinterroger sur son utilité actuelle. Si utile, selon le dictionnaire Larousse, est lusage « qui est ou peut être avantageux pour quelquun ou qui satisfait un besoin » , et que lannualité est « la règle en vertu de laquelle les budgets des organismes publics sont votés pour une période dune année qui, en France, coïncide avec lannée civile », se poserait alors la question de savoir si le vote du budget pour un an est avantageux et satisfait à un besoin.
Cest afin de mieux cerner le sujet et de voir en quoi le principe dannualité permet dassurer une bonne gestion des deniers publics, que nous verrons tout dabord que lannualité est nécessaire pour permettre lexercice dune meilleure intervention du Parlement (I) mais que malgré tout cette annualité peut être insuffisante pour assurer lefficacité des finances publiques (II).
Sommaire
- Une annualité nécessaire pour l'exercice d'une meilleure intervention du Parlement
- Une annualité pour une meilleure clarté
- Une annualité pour un meilleur contrôle parlementaire
- Une annualité insuffisante pour assurer l'efficacité des finances publiques
- L'atténuation nécessaire du principe d'annualité
- Vers l'affirmation progressive d'une pluriannualité
