« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » ?

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Sommaire

  1. Les penseurs du marxisme considèrent l'internationalisme de deux points de vue : comme un état de fait, et comme un but à atteindre pour les marxistes
  2. Le marxisme n'est nullement un système antinational, dans la mesure où l'action marxiste doit s'orienter vers un double mouvement ''international'' et ''infranational''
  3. Un certain nombre de courants, qu'ils soient d'origine marxiste ou non, rejettent la théorie de l'union internationale des prolétaires, reléguant cet aspect au second rang de leurs priorités politiques
  4. Des courants politiquement plus réformistes que les marxistes durs contestent également, à des degrés divers, le principe de l'union internationale des travailleurs, au moins comme objectif immédiat : c'est le cas de la social-démocratie comme du socialisme français
  5. Il convient de s'interroger sur la portée du ''Prolétaires de tous les pays, unissez-vous'' sur les ''prolétaires'', justement, c'est-à-dire à la fois sur les syndicats et sur les ''prolétaires'' en tant que tel

Résumé de l'exposé

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Cette phrase qui clôt le célèbre Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels de 1847 a eu, et a même aujourd’hui, une postérité assez inhabituelle, devenant, malgré ou peut-être grâce à ses ambiguïtés le mot d’ordre des mouvements socialistes et prolétaires de la deuxième moitié du XIX° siècle jusqu’à nos jours. Malgré ses ambiguïtés, car la signification réelle de cette phrase, au vu de la pensée de Marx, est bien plus complexe que ce que la compréhension immédiate veut nous le laisser croire ; il y a bien plus dans cette phrase qu’un simple appel à l’insurrection générale de tous les communistes, au mieux de tous les ouvriers, au-delà des cadres nationaux, en vue de faire la révolution à l’échelle internationale. Grâce à ses ambiguïtés, car des mouvements socialistes ou prolétaires aux théories et réalités très différentes ont pu se ranger derrière un tel mot d’ordre, en y mettant toutefois des significations parfois radicalement opposées. En effet, que doit-on, entre 1848 et 1914, comprendre par le terme de « prolétaires », défini par Marx lui-même comme la « classe des ouvriers modernes, qui ne vivent qu’en trouvant du travail, et qui n’en trouvent que si le travail accroît le capital » ? Une réalité sociale définie (les classes ouvrières, alors en essor mais encore peu implantées) ou un sentiment d’appartenance ? Où s’arrête la limite sociale du prolétariat, dans une Europe encore fortement rurale (aux simples ouvriers, ou également aux travailleurs agricoles) ? Quant à cette union des prolétaires de tous les pays, quelle forme doit-elle prendre, celle d’une fédération, d’une union supra- ou anti-nationale ? Comment véritablement la mettre en place, dans un monde où les disparités géographiques et sociales rendent improbables toutes unions entre les ouvriers américains, les serfs russes, les colonisés du monde entier … ?
Pourtant, malgré ces difficultés, c’est l’ensemble des mouvements et tendances aspirant à une transformation profonde des cadres sociaux (marxistes, socialistes, syndicats, prolétaires …) qui se positionnent par rapport à ce mot d’ordre, souvent pour, parfois contre, régulièrement avec des interprétations divergentes. Les marxistes tentent de s’imposer parmi les socialistes, puis de diffuser le mot d’ordre aux syndicats, et ce dans le but de rallier tous les prolétaires. Alors, dans quelle mesure cette phrase de Marx constitue-t-elle un véritable mot d’ordre, un ferment d’unité pour les mouvements aspirant à une transformation profonde des cadres sociaux entre 1848 et 1914 ? En réalité, ce mot d’ordre, et surtout l’interprétation simpliste qui en est faite, est discuté et contesté à tous les niveaux : le marxisme, en lui-même, rejette cette compréhension simpliste, par une réflexion internationaliste sans être antinationale ; les mouvements socialistes, plus largement, dans une période d’affirmation idéologique, contestent souvent fortement ce mot d’ordre, tandis que les mouvements prolétaires, si tant est qu’ils existent, sont également partagés à ce sujet.


[...] Celle de Jaurès, emblématique du socialisme français, rompt clairement avec le marxisme en ce qui concerne le fameux Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! en raison à la fois de la tradition patriote du socialisme français, et de sa contestation d’un certain nombre d’arguments marxistes. Pour Jaurès, l’État n’est pas une forme de la domination de la bourgeoisie, selon la théorie marxiste, mais un simple instrument neutre dans les mains de celle-ci, n’exprimant que le rapport des classes (L’Armée nouvelle, 1910). [...]


[...] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ? Il est difficile de considérer que l’objectif a été atteint, ni même qu’il a été véritablement souhaité par l’ensemble des mouvements de lutte sociale. Les marxistes, à l’adhésion ambiguë, n’ont pas convaincu l’ensemble des socialistes, pas plus que ceux-ci, divisés, n’ont entraîné dans leur mouvement les syndicats et l’ensemble des prolétaires. Les deux mois de juillet et août 1914 marquent véritablement l’échec du premier internationalisme marxiste, par le ralliement de la plupart des partis socialistes, des syndicats et des masses prolétaires à l’union sacrée et à la guerre. [...]


[...] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! doit donc se comprendre comme Prolétaires de tous les pays, préparez la révolution internationale ! Malgré cette pensée internationaliste, le marxisme n’est nullement un système antinational, dans la mesure où l’action marxiste doit s’orienter vers un double mouvement international et infranational. De fait, il ne faut pas réduire la pensée marxiste à une pensée internationaliste à tout prix, qui rejetterait de façon globale tout mouvement national ; le marxisme est profondément imprégné des idées du printemps des peuples de 1848, et donc absolument pas imperméable aux idées nationales. [...]


[...] Et ce malgré les législations très sévères contre la participation aux Internationales dans de nombreux pays, à la suite de la peur causée par la 1ère Internationale. Mais, au-delà des difficultés exogènes, l’Internationale syndicale rencontre également des difficultés internes. Ainsi, les trade-unions britanniques sont, au moins jusqu’en 1888, peu favorables voire hostiles à une Internationale syndicale, dans la mesure où, leur action étant beaucoup plus avancée que celle des syndicats des autres pays, ils seraient plutôt freinés et entravés par une telle union. [...]


[...] Mais des courants d’origine marxiste ou sous influence marxiste peuvent également remettre en cause le mot d’ordre de Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! C’est le cas de tous ceux qui, interprétant parfois le marxisme de façon simpliste, ne s’intéressent qu’à faire la révolution, dans l’immédiat, et ce sans se préoccuper des questions nationales ou internationales, comme les guesdistes (partisans de Jules Guesde ou de Paul Lafargue), en France. Mais c’est également le cas de ceux qui, voyant dans le marxisme un horizon politique possible, l’adaptent à leurs théories afin de l’appliquer dans leurs pays, comme le groupe Émancipation du Travail de Plekhanov, à partir de 1883. [...]

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A propos de l'auteur
Pauline P.
Étudiante
Niveau
Grand public
Etude suivie
sciences...
Ecole, université
Sciences Po...
A propos du doc
Date de publication
17/07/2007
Langue
français
Format
.doc
Type
exposé
Nombre de pages
6 pages
Niveau
grand public
Consulté
6 fois
Validé par
le comité Oboulo.com
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