Un questionnement peut-il passer à travers le champ de force du spectacle cinématographique ?
Date de publication :
05/02/2006
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
13 pages
Sommaire :
Sommaire
- Entre réaction et inertie, le cinéma peut-il être autre chose qu'un divertissement sans mémoire ?
- Quelques modalités de pénétration des idéoscopies
- L'absolu comme fixateur d'un questionnement
- Le film et son auteur : la lisibilité et l?honnêteté
Résumé :
A l'orée du XXè siècle, Wagner, qui mourut avant l'invention du cinéma projeté, appelait de ses veux un « spectacle total », apte à faire jaillir la grâce. Presque un siècle plus tard, le spectaculaire ayant envahit la société, nombreux sont ceux qui se demandent si, en inaugurant l'ère de l'immédiateté, il n'occulte pas totalement toute possibilité de mémoire et toute velléité critique. Le cinéma, à la fois appareil privilégié de cette prise de pouvoir et support de discours pouvant en rendre compte, est souvent voué aux gémonies par les dépositaires du savoir qui lui dénient la possibilité de pouvoir produire du sens et l'assigne à une fonction de pur divertissement, appuyant par là l'idéologie dominante et l'intérêt des marchands d'images. Si nous assignons au cinéma le rôle de faire passer un message, de créer une interrogation et d'en donner quelques perspectives de réponse (discours), nous devons tenir compte de son fonctionnement spécifique. De nos jours, la télévision, le « home cinéma », ayant tendance à supplanter le film proprement dit , nous n'aurons pas de préjugé quant au support de projection, nous entendrons par « cinéma » l'image en mouvement, aussi bien l'exposition dans les salles obscures que la projection vidéo. Cependant, sauf mention contraire, nous envisagerons le visionnage d'un film dans le cadre normal de consommation, in extenso.
Le cinéma se débat donc entre la volonté de médier un discours et le spectaculaire qui tendance à le fermer en faisant adhérer le spectateur de manière réactive. On peut arguer en premier lieu que du fait qu'il est dans le mouvement, l'oeil (et l'esprit) doit enchaîner ; aspect séquentiel. On peut toutefois nuancer ce propos pour la vidéo qui permet de faire des pauses, retour etc. En outre, il est réaliste, c'est à dire sans équivoque, il appelle une adhésion à la représentation, une projection diégétique, même dans une fiction objectivement truquée. Enfin nous ajouterons, au risque d'une banalité, qu'il fait appel à nos deux sens les plus développés, et qu'il a contribué à sur-développer, la vue et l'ouie (pour l'instant ) qu'il convoque simultanément, tendant à accentuer l'aspect « bruyant » qu'on lui reproche souvent. Qui, donc, veut transmettre un message par ce biais doit tenir compte que ce médium est émotionnel.
Cependant, on peut se demander si l'émotion a systématiquement la « vue courte », si les objets qui la convoquent doivent forcément apparaître comme « fermés » et auto-référentiels. Le cinéma, postulé comme émotionnel et spectaculaire, montrant des complexes d'images à la fois spéculaires et totem (unicité habituelle du sens et du référent) auxquels on adhère par réaction, peut-il ménager dans le mouvement une pause autorisant une posture critique ou tient-il systématiquement un discours unidimensionnel et dirigé ? Quand l'émotion nous destinerait à une posture de récepteur d'un discours de type « réponse » ou affirmation, pourrait-elle être suffisamment ouverte pour provoquer une question ou un jugement plutôt qu'un acquiescement ? Cette émotion peut-elle servir de déclencheur qui « redonnerait au processus intellectuel sa flemme et sa passion » et « plongerait le processus abstrait de la réflexion dans la ferveur de l'action pratique » comme le proposait Eisenstein ?
Le cinéma se débat donc entre la volonté de médier un discours et le spectaculaire qui tendance à le fermer en faisant adhérer le spectateur de manière réactive. On peut arguer en premier lieu que du fait qu'il est dans le mouvement, l'oeil (et l'esprit) doit enchaîner ; aspect séquentiel. On peut toutefois nuancer ce propos pour la vidéo qui permet de faire des pauses, retour etc. En outre, il est réaliste, c'est à dire sans équivoque, il appelle une adhésion à la représentation, une projection diégétique, même dans une fiction objectivement truquée. Enfin nous ajouterons, au risque d'une banalité, qu'il fait appel à nos deux sens les plus développés, et qu'il a contribué à sur-développer, la vue et l'ouie (pour l'instant ) qu'il convoque simultanément, tendant à accentuer l'aspect « bruyant » qu'on lui reproche souvent. Qui, donc, veut transmettre un message par ce biais doit tenir compte que ce médium est émotionnel.
Cependant, on peut se demander si l'émotion a systématiquement la « vue courte », si les objets qui la convoquent doivent forcément apparaître comme « fermés » et auto-référentiels. Le cinéma, postulé comme émotionnel et spectaculaire, montrant des complexes d'images à la fois spéculaires et totem (unicité habituelle du sens et du référent) auxquels on adhère par réaction, peut-il ménager dans le mouvement une pause autorisant une posture critique ou tient-il systématiquement un discours unidimensionnel et dirigé ? Quand l'émotion nous destinerait à une posture de récepteur d'un discours de type « réponse » ou affirmation, pourrait-elle être suffisamment ouverte pour provoquer une question ou un jugement plutôt qu'un acquiescement ? Cette émotion peut-elle servir de déclencheur qui « redonnerait au processus intellectuel sa flemme et sa passion » et « plongerait le processus abstrait de la réflexion dans la ferveur de l'action pratique » comme le proposait Eisenstein ?
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