R. Koselleck, "Le futur passé", 1990, Chapitre « Histoire des concepts et histoire sociale »
Date de publication :
19/09/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
7 pages
Sommaire :
Sommaire
- Les questions du mot, du concept, du langage, de l'histoire, de l'expérience et de son écriture, représentent des enjeux nodaux de l'histoire des concepts qu'il souhaite fonder
- Les modalités de la Begriffsgeschichte présentées dans le texte, le problème du concept comme créateur de tensions et objet de lutte, et les questions de temporalité légitimant l'histoire des concepts
- Les thèses de Koselleck : ses positions dans le champ intellectuel de l'histoire et de l'histoire des idées, le rapport à la philosophie et à l'herméneutique, la problématique du temps
- Les avancées profondes de la réflexion entre Koselleck, Gadamer, Skinner et Jaume sur le rapport entre l'auteur et son interprète et la question du performatif en histoire, du faire l'histoire
Résumé :
« Il faut se laisser irriter par des mots ». L'incise de koselleck, utilisée pour résumer la pensée stoïcienne, devrait se lire sous la forme d'une injonction. À la fois présupposé méthodologique de son propre travail et de l'herméneutique toute entière, cette injonction est aussi un indice pour lire le texte de koselleck lui-même. Le mot « irriter » contient à la fois l'idée de stimulation, rendre les sens ou l'intellect plus vif, mais aussi d'agacement, voire d'énervement. Quelque chose nous irrite, nous blesse, et l'on s'irrite de quelque chose ou de quelqu'un. « Se laisser irriter par des mots » suggère la passivité volontaire d'un corps soumis aux attaques piquantes, blessantes, excitantes, agaçantes des mots. Pas tous les mots, mais des mots, certains mots, certains concepts peut-être comme il le dira plus loin. Cette sensibilité aux mots pour demeurer à vif, faibles devant leurs attaques, cette attention portée au langage dont on verra les racines philosophiques et les enjeux méthodologiques se trouve donc mise en avant dès les premières lignes de ce chapitre, comme un mot d'ordre adressé au lecteur et à l'auteur lui-même.
« La force des mots, ajoute-t-il, sans l'usage desquels ce que nous faisons, ce que nous souffrons, serait à peine du domaine de l'expérience, et certainement pas communicable ». Sans la force des mots - le vocabulaire de la force, plus loin de la lutte, du combat, n'est pas anodin - pas de communication, mais surtout à peine l'expérience, à peine le vécu. Ce qui est arrivé, l'événement passé (l'expérience), ne s'est à peine passé s'il n'a pas été verbalisé. Mais l'événement, Ereignis ou Geschehen (qui possède la même racine que Geschichte, l'histoire), ne peut se passer à peine ; il arrive ou pas. koselleck pose là une réserve troublante en assumant à peine une tradition heideggérienne du langage comme expérience du monde loin d'une définition utilitaire (le langage sert à communiquer). De même la polysémie de l'expérience, à la fois connaissance des choses et expérience vécue (de l'expérience et des expériences) semble faire écho à la différence entre l'histoire et une histoire. Se laisser irriter par des mots trouve une application immédiate dans le texte de koselleck, qui se veut pourtant méthodique et univoque. Car ont été esquissés, par la simple irritation d'une incise et de quelques mots, les problématiques générales de koselleck. Les questions du mot, du concept, du langage, de l'histoire, de l'expérience et de son écriture, représentent des enjeux nodaux de l'histoire des concepts qu'il souhaite fonder.
(I.) Il sera donc nécessaire de comprendre les objectifs précis de koselleck dans ce texte, de comprendre son argumentation, la méthode et les définitions qu'il propose, ses buts scientifiques, politiques, voire polémiques, qu'il développe. Je développerai donc avant tout les modalités de la Begriffsgeschichte présentées dans le texte, puis le problème du concept comme créateur de tensions et objet de lutte, et enfin les questions de temporalité légitimant l'histoire des concepts. (II.) Il faudra, dans un second temps, mettre en relief et discuter les thèses de koselleck : tout d'abord comprendre ses positions dans le champ intellectuel de l'histoire et de l'histoire des idées, son rapport à la philosophie et à l'herméneutique. Puis insister sur problématique du temps, les problèmes d'une nouvelle temporalité devant être comparés, entre autre, aux concepts de Gadamer d'horizon et de distance temporelle. Enfin, comme le relief suppose aussi la perspective, la ligne de fuite, il conviendra de comprendre les avancées profondes de la réflexion entre koselleck, Gadamer, Skinner et Jaume sur le rapport entre l'auteur et son interprète et la question du performatif en histoire, du faire l'histoire.
« La force des mots, ajoute-t-il, sans l'usage desquels ce que nous faisons, ce que nous souffrons, serait à peine du domaine de l'expérience, et certainement pas communicable ». Sans la force des mots - le vocabulaire de la force, plus loin de la lutte, du combat, n'est pas anodin - pas de communication, mais surtout à peine l'expérience, à peine le vécu. Ce qui est arrivé, l'événement passé (l'expérience), ne s'est à peine passé s'il n'a pas été verbalisé. Mais l'événement, Ereignis ou Geschehen (qui possède la même racine que Geschichte, l'histoire), ne peut se passer à peine ; il arrive ou pas. koselleck pose là une réserve troublante en assumant à peine une tradition heideggérienne du langage comme expérience du monde loin d'une définition utilitaire (le langage sert à communiquer). De même la polysémie de l'expérience, à la fois connaissance des choses et expérience vécue (de l'expérience et des expériences) semble faire écho à la différence entre l'histoire et une histoire. Se laisser irriter par des mots trouve une application immédiate dans le texte de koselleck, qui se veut pourtant méthodique et univoque. Car ont été esquissés, par la simple irritation d'une incise et de quelques mots, les problématiques générales de koselleck. Les questions du mot, du concept, du langage, de l'histoire, de l'expérience et de son écriture, représentent des enjeux nodaux de l'histoire des concepts qu'il souhaite fonder.
(I.) Il sera donc nécessaire de comprendre les objectifs précis de koselleck dans ce texte, de comprendre son argumentation, la méthode et les définitions qu'il propose, ses buts scientifiques, politiques, voire polémiques, qu'il développe. Je développerai donc avant tout les modalités de la Begriffsgeschichte présentées dans le texte, puis le problème du concept comme créateur de tensions et objet de lutte, et enfin les questions de temporalité légitimant l'histoire des concepts. (II.) Il faudra, dans un second temps, mettre en relief et discuter les thèses de koselleck : tout d'abord comprendre ses positions dans le champ intellectuel de l'histoire et de l'histoire des idées, son rapport à la philosophie et à l'herméneutique. Puis insister sur problématique du temps, les problèmes d'une nouvelle temporalité devant être comparés, entre autre, aux concepts de Gadamer d'horizon et de distance temporelle. Enfin, comme le relief suppose aussi la perspective, la ligne de fuite, il conviendra de comprendre les avancées profondes de la réflexion entre koselleck, Gadamer, Skinner et Jaume sur le rapport entre l'auteur et son interprète et la question du performatif en histoire, du faire l'histoire.
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