Pour une réhabilitation de la parodie
Date de publication :
16/03/2007
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
8 pages
Sommaire :
Sommaire
- La difficulté principale d'un tel « exercice de style »
- Certains critiques contemporains ne pensent à la parodie qu'en termes de subterfuge et de médiocrité, malgré toute clarification de son sens
- Le caractère paradoxal de la parodie : à la fois critique négative d'une technique littéraire et création inspirée par un texte de référence
- Un rôle prépondérant à la parodie dans le passage de la tradition orale à la tradition écrite
- Intégrée d'abord dans un contexte social et une vision bakhtinienne du monde, la parodie l'est enfin dans un ensemble d'opérations textuelles précises
Résumé :
Encore aujourd'hui, la parodie reste pour certains une notion ambiguë, confuse, et souvent à connotation négative. La définition par analogie du Trésor de la langue française en rend compte :
« Imitation grossière qui ne restitue que certaines apparences. Synon., caricature. »
Elle est ici présentée comme une pratique maladroite et réductrice. Parfois elle passe pour être un produit, stérile, d'esprits incapables de créer par eux-mêmes. Seule lui est reconnue une piètre valeur ludique, bien loin d'être associée à un quelconque genre littéraire. Jean-Claude Carrière, dans son anthologie consacrée aux formes de l'humour au vingtième siècle, l'estime tel « un amusement de potaches, un divertissement d'atelier. » Nullement pris au sérieux, sans intérêt littéraire, ce n'est qu'un « genre impuissant, valable seulement pour le cabaret » pour Jean-Paul Sartre.
Ces jugements dépréciatifs sont peut-être liés au mépris que connut le Rire médiéval - considéré comme parole du Diable, au rejet que rencontrèrent les Comédies - perçues en tant que « dégradations » de la noble Tragédie, ou encore à la notion de propriété littéraire introduite en droit dès le dix-huitième siècle. Les parodies du théâtre de Victor Hugo, aux titres-calembours tel que Ruy-Brac, Maris, tu dors, Lucrèce D'orgeat, semblent procéder d'une attitude conservatrice, face à l'avant-gardisme et au romantisme naissant, comme le souligne Linda Hutcheon.
Elles ont pour but de critiquer le modèle et l'auteur, comme nombre d'ouvrages parodiques mineurs qui ont pour visée de nuire par le burlesque ou l'ironie ; Racine et Boileau parodièrent ainsi Le Cid dans Le Chapelain décoiffé.
Mais « ces quelques formes tardives du pastiche littéraire » sont aux yeux de Mikhaïl Bakhtine « indigentes, superficielles, sans grande importance historique ». N'élucidant pas la nature de la parodie, ces oeuvres, souvent oubliées, restent secondaires, bien qu'elles marquent toujours une opposition littéraire.
Même si on n'apprécie guère cette pratique oisive et agressive, on ne peut nier la nécessité d'un certain talent technique (quand un même sujet est transposé sous une autre forme) ou imaginatif (quand on reprend une même structure pour un sujet différent) pour chaque parodiste. En effet, plus les signes de reconnaissance sont discrets et fins, plus la parodie est réussie.
C'est pourquoi il est important de rappeler la difficulté principale d'un tel « exercice de style », qui semble souvent opaque lors d'une première lecture. Dès 1919, le formaliste russe Iouri Tynianov met à jour la question de la réception de l'oeuvre parodique :
« L'efficacité parodique engage la situation du texte comme lieu d'une connivence entre des sujets participant de la même culture. »
Tzvetan Todorov nous apprend que l'hypotexte -ou texte de référence- est indissociable du texte parodique car, dit-il, « on ne peut comprendre le texte sans tenir compte de sa signification double. »
« Imitation grossière qui ne restitue que certaines apparences. Synon., caricature. »
Elle est ici présentée comme une pratique maladroite et réductrice. Parfois elle passe pour être un produit, stérile, d'esprits incapables de créer par eux-mêmes. Seule lui est reconnue une piètre valeur ludique, bien loin d'être associée à un quelconque genre littéraire. Jean-Claude Carrière, dans son anthologie consacrée aux formes de l'humour au vingtième siècle, l'estime tel « un amusement de potaches, un divertissement d'atelier. » Nullement pris au sérieux, sans intérêt littéraire, ce n'est qu'un « genre impuissant, valable seulement pour le cabaret » pour Jean-Paul Sartre.
Ces jugements dépréciatifs sont peut-être liés au mépris que connut le Rire médiéval - considéré comme parole du Diable, au rejet que rencontrèrent les Comédies - perçues en tant que « dégradations » de la noble Tragédie, ou encore à la notion de propriété littéraire introduite en droit dès le dix-huitième siècle. Les parodies du théâtre de Victor Hugo, aux titres-calembours tel que Ruy-Brac, Maris, tu dors, Lucrèce D'orgeat, semblent procéder d'une attitude conservatrice, face à l'avant-gardisme et au romantisme naissant, comme le souligne Linda Hutcheon.
Elles ont pour but de critiquer le modèle et l'auteur, comme nombre d'ouvrages parodiques mineurs qui ont pour visée de nuire par le burlesque ou l'ironie ; Racine et Boileau parodièrent ainsi Le Cid dans Le Chapelain décoiffé.
Mais « ces quelques formes tardives du pastiche littéraire » sont aux yeux de Mikhaïl Bakhtine « indigentes, superficielles, sans grande importance historique ». N'élucidant pas la nature de la parodie, ces oeuvres, souvent oubliées, restent secondaires, bien qu'elles marquent toujours une opposition littéraire.
Même si on n'apprécie guère cette pratique oisive et agressive, on ne peut nier la nécessité d'un certain talent technique (quand un même sujet est transposé sous une autre forme) ou imaginatif (quand on reprend une même structure pour un sujet différent) pour chaque parodiste. En effet, plus les signes de reconnaissance sont discrets et fins, plus la parodie est réussie.
C'est pourquoi il est important de rappeler la difficulté principale d'un tel « exercice de style », qui semble souvent opaque lors d'une première lecture. Dès 1919, le formaliste russe Iouri Tynianov met à jour la question de la réception de l'oeuvre parodique :
« L'efficacité parodique engage la situation du texte comme lieu d'une connivence entre des sujets participant de la même culture. »
Tzvetan Todorov nous apprend que l'hypotexte -ou texte de référence- est indissociable du texte parodique car, dit-il, « on ne peut comprendre le texte sans tenir compte de sa signification double. »
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