La révocation ad nutum des dirigeants des SA et le principe du contradictoire
Date de publication :
05/06/2008
Langue :
Français
Format :
.doc
Nombre de pages :
9 pages
Sommaire :
Sommaire
- La faiblesse du principe du contradictoire face à la révocation ad nutum
- La procédure de révocation ad nutum
- Le respect du principe du contradictoire : l'unique nécessité de laisser s'exprimer le dirigeant
- La faible protection accordée au dirigeant révoqué par le juge
- Le faible contrôle du juge du respect du principe du contradictoire
- La tentative de compensation mise en place par les dirigeants dans leur intérêt
Résumé :
Cette règle, issue du principe de l'égalité des parties et du droit de la défense, est un principe d'ordre public autant au niveau interne qu'international qui conditionne étroitement le déroulement de la procédure. En effet, au contentieux, ce principe implique que chacune des parties puisse à tout moment avoir accès à l'ensemble des informations qui sont en possession de l'autre. Aux termes de l'article 15 du NCPC, chaque partie doit communiquer à l'autre les éléments de fait et de droit sur lesquels elle fonde sa demande. Cette disposition permet de s'assurer que le défendeur peut effectivement se défendre ; c'est seulement en préparant ses arguments qu'on peut se défendre. De plus, ce principe suppose que le défendeur bénéficie d'un délai pour préparer sa défense. Enfin, l'article 14 du NCPC prévoit que « nul ne peut être jugé sans avoir été entendu ou appelé ». Dès lors, il faut que la personne ait été touchée par l'assignation et que la condamnation lui soit notifiée. Ce principe doit être respecté dans toute procédure judiciaire, qu'elle soit civile ou pénale, et à tous les stades de cette procédure (instruction du dossier et phase de jugement). Le principe du contradictoire est à rapprocher des notions de droit de la défense, de loyauté et d'équité.
Ce principe ne trouve pas seulement à s'appliquer au contentieux civil et privé mais également en matière disciplinaire, administrative... Par exemple, en droit administratif, il faut obligatoirement notifier à l'administré toutes mesures défavorables ou dérogatoires, toutes sanctions, toutes mesures prises dans l'intérêt du service qui le concerne. L'administration devra également motiver sa décision et l'administré a le droit de présenter sa défense.
Certaines procédures n'ont, cependant, pas lieu contradictoirement :
- dans le cas où le juge prend une mesure d'administration judiciaire (ex: renvoi à une autre audience, ou une décision de jonction de procédures) ;
- dans le cas des procédures rendues dans les matières gracieuses puisque par nature le demandeur n'a pas d'adversaire. Cependant, comme dans les procédures contentieuses, le juge devra soumettre au demandeur le moyen qu'il entend soulever d'office ;
- dans le cas des procédures sur requête, tout au moins provisoirement, car la partie non appelée dispose d'un recours permettant de rétablir le contradictoire.
A partir de ces constatations, il est logique de penser que le principe du contradictoire s'applique dans des matières du droit telles que le droit du travail -pour les licenciements- ou le droit des sociétés -pour les révocations de gérants, d'associés...-. Cependant, ce n'est pas toujours le cas...
Prenons le cas des révocations ad nutum des dirigeants des SA. Aux termes de l'article L. 225-18 al. 2 du Code de Commerce, le grand principe concernant les administrateurs de SA à Conseil d'Administration est qu'ils peuvent être révoqués à tout moment par l'Assemblée générale des actionnaires et ce sans préavis, ni indemnité et sans qu'il soit nécessaire de donner un motif à cette révocation. A partir du moment où on sait que la révocation ne doit pas être notifiée au dirigeant alors on comprend que, dans sa nature même, le principe du contradictoire et de la révocation ad nutum sont difficilement conciliables. Or, ce principe est d'ordre public : il ne peut être réduit et toute disposition contraire est réputée non écrite (article L. 225-47 al. 3 du Code de Commerce).
La question qui se pose alors est de savoir si le principe du contradictoire doit céder devant l'urgence du besoin de révoquer le dirigeant non fautif.
Cette question intéresse la faiblesse du principe du contradictoire face à la révocation ad nutum des dirigeants des SA (I) et la faible protection du dirigeant révoqué par le juge (II).
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