Contre Sainte-Beuve, de Marcel Proust

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Sommaire

  1. Le Contre Sainte-Beuve apparaît comme un véritable réquisitoire contre une exclusivité de l'intelligence qui seule nous permettrait de juger
  2. Les réminiscences proustiennes sont bien souvent galvaudées dans la conversation courante : la fameuse madeleine est connue de tous mais sa portée est bien plus grande qu'un simple souvenir d'un goût d'enfance
  3. Sainte-Beuve considère comme dépassée toute 'uvre du passé
  4. Il semble que l'histoire littéraire donne raison à Proust plutôt qu'à Sainte-Beuve (à propos des auteurs évoqués, peut-être pas en général), et à travers lui à la sensation plutôt qu'à l'intelligence
  5. Proust ne dénigre pas totalement l'intelligence, il ne la voit pas entièrement inutile
  6. Pour Proust, une grande 'uvre est celle qui exprime un moi profond, c'est-à-dire que son auteur a écrit avec ses sentiments pour guider et non pas pour plaire aux autres ''moi mondains''
  7. Même si l'on doit considérer les vérités de l'intelligence comme ''moins précieuses'', la raison est certainement présente dans la composition d'une 'uvre ou dans sa critique
  8. L'artiste ne parle pas à la raison, cette affirmation permet de mieux comprendre l'écriture de Proust et notamment son utilisation de la métaphore

Résumé de la fiche de lecture

Le XIX° siècle apparaît comme une période d’autorité absolue de la science, et à travers elle de la raison. En effet, le grand mouvement philosophique de ce siècle, le positivisme, ne laisse aucune place à autre chose que la raison, c’est-à-dire que l’intelligence est première pour toute connaissance. « Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question ». Cette phrase d’Auguste Comte, chef de file du positivisme, résume tout à fait cette prépondérance de la raison dans la fondation des connaissances. Or, une critique de l’intelligence et de la raison va émerger à partir de la fin de ce siècle, critique de laquelle va naître un moment philosophique dont le problème central sera le problème de l’esprit. Cette critique de la rationalité scientifique peut être illustrée notamment par Bergson : En critiquant la science en ce qu’elle nous masquerait le temps réel de la vie, il montre que quelque chose échappe à la science. Et c’est précisément cette « chose » qui va conduire à la définition de ce qui va être nommé « esprit ». Ce problème philosophique, représenté également par Alain ou Brunschvicg, tente de définir la place de l’esprit dans les actes scientifiques, politiques ou artistiques par exemple. C’est d’ailleurs la question de la place de l’esprit dans l’art qui fait qu’il semble possible de dire que la critique de l’intelligence de Proust entre dans cette tentative de compréhension des actes de l’esprit.
Il peut paraître erroné d’évoquer Proust à propos d’un moment philosophique. Néanmoins, il est indéniable que son œuvre participe de ce moment, et notamment son Contre Sainte-Beuve. En effet, dans le Contre Sainte-Beuve, écrit de 1908 à 1910 (ce n’est donc pas une adhésion à un mouvement par la suite mais une véritable adhésion au moment 1900), Marcel Proust propose une critique de la méthode de l’écrivain et de la critique de Sainte-Beuve en général. Cet ouvrage, qui ne devait être au départ qu’un article pour le Figaro, représente réellement l’apport de Proust à la critique de la rationalité et de la science. En effet, la méthode de Sainte-Beuve est, pour Proust, révélatrice de l’erreur que l’on commet lorsque l’on juge par l’intelligence seulement. A travers sa critique de Sainte-Beuve, notamment en opposant son propre point de vue sur des écrivains que Sainte-Beuve dénigre ou ignore, Proust nous montre les limites de l’intelligence et applique à la littérature le problème majeur du moment 1900, le problème de l’esprit.

[...] Il est soulevé par Proust lui-même à la fin de la préface : cette infériorité de l’intelligence qu’il veut établir, c’est en l’occurrence l’intelligence elle-même qui doit l’établir. Car si l’intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c’est elle seule qui est capable de la décerner C’est ici le cœur du problème de l’esprit. Car, s’il est déraisonnable de nier toute part de sensible dans la connaissance, il l’est également de nier à la raison tout rôle. Il s’agit donc de discerner le rôle précis de la raison dans la formation de l’esprit esthétique. [...]


[...] En effet, contrairement à Sainte-Beuve, Proust considère que Baudelaire, Nerval, Balzac, ou Stendhal sont des grands écrivains. Certes, on peut noter que Proust a choisi des auteurs pour qui l’immatériel existe en quelques sortes ; Sainte-Beuve était donc peu enclin à les apprécier autant que Proust. Comment être touché par Voyage si l’on tente de comprendre ce poème rationnellement ? Ces exemples illustrent à merveille l’inadéquation de la méthode de Sainte- Beuve, l’occultation pleine et entière de ce que Proust appelle l’abîme qui sépare l’écrivain de l’homme du monde Ainsi, l’exemple de Baudelaire est tout à fait révélateur : Sainte-Beuve était un ami de Baudelaire et il appréciait ses qualités de cœur. [...]


[...] C’est ce qui fait dire à Proust qu’ un écrivain de génie aujourd’hui a tout à faire. Il n’est pas beaucoup plus avancé qu’Homère En effet, la littérature n’est pas une science. Les connaissances ne s’y additionnent pas car, en littérature, tout est dans l’individu. Or, la méthode de Sainte- Beuve consiste à s’intéresser à tout ce qui tourne autour de l’individu et non pas à l’auteur lui-même. Plus précisément, Sainte-Beuve croit atteindre le moi profond de l’auteur en prenant en compte, par exemple, ce que les amis de l’auteur disent de lui. [...]


[...] L’intelligence se révèle incapable de réveiller l’essence intime de nous-mêmes ce que Proust appelle notre moi profond Or, qu’est-ce que la littérature sinon une projection de soi, le dévoilement de ce moi profond ? C’est-à-dire que la littérature ne se fait pas par l’intelligence et par conséquent il n’est pas question de la juger rationnellement. Proust s’accorde à Sainte-Beuve sur les objectifs de la littérature, en l’occurrence qu’elle fait connaître l’homme. Mais leurs moyens divergent et Proust s’oppose donc sévèrement au jugement esthétique de Sainte-Beuve et en particulier à sa méthode qui aboutit, non pas au jugement d’une œuvre mais à un jugement individuel. [...]


[...] Dans le chapitre intitulé la méthode de Sainte- Beuve Proust conclut sur une pensée étonnante : Je me demande, par moments, si ce qu’il y a encore de mieux dans l’œuvre de Sainte-Beuve, ce ne sont pas ses vers En effet, ce qui plaît à Proust dans le travail littéraire personnel de Sainte-Beuve, c’est précisément qu’il n’est plus conduit par l’intelligence, et donc il cesse de mentir En fait, il semble que Sainte-Beuve n’ait compris que personnellement l’objectif littéraire, et pas chez les autres écrivains. [...]

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A propos de l'auteur
François S.
Etudiant
Niveau
Avancé
Etude suivie
sciences...
Ecole, université
IEP Lille
A propos du doc
Date de publication
30/03/2007
Langue
français
Format
.doc
Type
fiche de lecture
Nombre de pages
6 pages
Niveau
avancé
Consulté
10 fois
Validé par
le comité Oboulo.com
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