Victor Hugo, « Le mendiant », Les Contemplations (1856)
- La peinture du réel
- Une scène banale
- Le personnage du mendiant
- La transfiguration du réel
- La première étape : une comparaison
- La deuxième étape : une étape
- Le regard du poète
- Regard et sentiment
- Le poète voyant
« Le mendiant » est un poème tiré du recueil Les Contemplations, écrit par Victor Hugo, auteur romantique du XIXe siècle. Durant toute sa vie, Victor Hugo a pratiqué une charité active : distribution régulière d’une partie de ses revenus aux pauvres, organisation de repas hebdomadaires pour les enfants pauvres de Guernesey, secours aux prisonniers, etc.
Il n’est donc pas étonnant que l’auteur des Misérables intitule une pièce des Contemplations « Le mendiant ». Dans ce poème peuvent se lire successivement l’observation d’une réalité banale et une transfiguration du réel opérée par le regard du poète. Il convient d’appréhender ces trois axes d’analyse afin de comprendre en quoi le regard du poète opère la transfiguration d’une réalité prosaïque.
[...] La deuxième étape : une étape Mais c’est seulement au dernier vers qu’une métamorphose complète s’accomplit par le biais d’une nouvelle métaphore : Sa bure où je voyais des constellations L’opposition, aux deux extrémités du vers, entre la modeste robe du moine, d‘ailleurs indiquée ici par métonymie (la matière pour l’objet) et la majesté du ciel étoilé, d’une part, et la diérèse dans la dernière syllabe du poème constellati-ons se conjuguent pour créer l’impression de voir se détacher, une à une, sur la voûte céleste, les milliards d’étoiles qui l’illuminent. Entre la comparaison et la métaphore qui transfigure son manteau, s’accomplit la métamorphose du pauvre, préparée par l’ambiguïté du personnage, à la fois un miséreux et un homme de Dieu. Le mendiant est devenu un homme plein de prières Le vers 9 ne montrait que le geste : le vers 24 suggère maintenant que le mendiant détient déjà une parcelle de divinité. [...]
[...] Les indications de lieu et de temps servent à préciser les circonstances de l’action : le givre et le vent (vers grelottait de froid (vers 14) situent la scène en hiver ; le lieu de l’action est la maison du poète : il s’arrêta devant / Ma porte Le poète décrit ensuite les vêtements du pauvre, signes visibles de sa misère : un haillon désolé percé de mille trous et, détail plus sordide encore, tout mangé des vers Ce dénuement matériel est aggravé par les intempéries, car ce manteau d’où ruisselait la pluie ne protège évidemment plus contre le froid. b. Le personnage du mendiant Les personnages ne sont pas traités de la même façon. Jugeant inutile de faire son propre portrait, le poète se contente de noter, dans un style très prosaïque, les gestes d’accueil et les paroles destinées à inspirer la confiance. [...]
[...] Pour Victor Hugo, c’est par le sentiment que l’homme peut voir au-delà du réel. La réalité est transformée en vision par la vertu du sentiment. b. Le poète voyant D’abord, dans la réalité le poète voit des symboles. Il donne une valeur symbolique au geste du mendiant, qui tend humblement la main pour demander charité, il fait de lui un être proche de Dieu. De plus, le dialogue avec le poète se réduit rapidement à un monologue. Les paroles du poète deviennent machinales, puis font place au silence. [...]
[...] L’art consiste donc à passer de la réalité à la vision surnaturelle. Seule la sensibilité du poète rend ce passage possible Le regard du poète a. Regard et sentiment Chaque donnée du texte mêle réalisme et merveilleux : le dialogue, le paysage, le geste du mendiant, l’ouverture finale. La sympathie pour le mendiant ne suffit évidemment pas. C’est parce que le poète voit au-delà des apparences qu’il note une métamorphose que le commun des mortels ne remarquerait pas. Le poète est en quelque sorte un voyant. [...]
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